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Grass snake eaters

Publié le par L'ours

N'ayons pas peur des mots, les Anglais sont des cons, qui nous appellent, nous autres Français, des bouffeurs de grenouilles. Certes, nous sommes nombreux à apprécier ce mets de choix, savoureux et joli, tendre et musclé, empreint d'un érotisme mignon, quel plaisir de déguster ces petites gambettes bien galbées, attendrissantes, parsemées (au dernier moment) d'ail et de persil qui nous font songer à des danseuses miniatures. Nos amis anglo-saxons auraient mieux fait de nous traiter de grass snakes eaters. Faut-il traduire ? Grass snakes, surtout. Couleuvres.

Pratiquement un an, jour pour jour, que je n'avais pas répandu ma prose d'atrabilaire dépressif. Un peu d'inutilité supplémentaire ne fera sans doute pas grand dommage à notre société décrépite et illusoire. Il est temps de vider un peu mon sac, j'ai les endosses douloureuses ; à défaut de vider mon chargeur. Comme le chantait Renaud, "où c'est qu'j'ai mis mon flingue ?" C'est qu'il y aurait matière à le dégainer, tant la lassitude de se faire enfler se fait aiguë. A un petit nerveux fort en gueule, qui nous avait fourgué une droite décomplexée avec le talent d'un marchand de voitures d'occasion, succède un petit gros pusillanime qui réinvente la gauche décomplexée. A croire que le socialisme est soluble dans la bourgeoisie. Déjà l'affaire Cahuzac avait irrité. Avec les révélations de Mediapart sur les possibles conflits d'intérêt d'Aquilino Morelle (conseiller du chef de l'Etat), sur son patrimoine chaussant et sa prédilection pour le spectacle d'un cireur de souliers à ses pieds. Les Berluti luisent tellement mieux sous les ors de la République, la coupe semble pleine. Roland Dumas a fait des émules. Et ce grand socialiste de Pascal Lamy aussi, faut-il croire, qui affirmait il y a peu qu'"un petit boulot c'était mieux que pas de boulot du tout". Et j'entends en écho la voix de Pierre Gattaz (et de papa, le sien qui avait occupé les mêmes fonctions à l'époque où Medef s'appelait CNPF) demandant l'instauration d'un demi-Smic (appelé généralement salaire minimum) pour les jeunes. Comment traduire dans un souci de logique ce que serait un salaire correspondant à la moitié d'un salaire minimum. Voilà une équation qui doit angoisser plus d'un mathématicien.

Mais que vient faire la logique dans la politique ? C'est de notre faute aussi, avec nos petits cerveaux, de veaux, habitués à essayer de raisonner logiquement. On ne sait pas entendre, on ne sait pas lire. "Je n'ai qu'un seul ennemi : la finance", claironnait Hollande, candidat aminci à un peuple de gauche exaspéré, horripilé, hérissé par un Sarkozy qui avait fait preuve d'une incompétence dissimulée par des effets de manches, des éclats de voix et des roulements de mécaniques. Incompétence à résoudre les problèmes de ses concitoyens, veuillé-je dire, pour ce qui était de préserver sa caste. On ne sait pas lire. "Ensemble, tout est possible" ne signifiait pas que tous arriveraient à se sortir de la crise, ce n'était pas non plus la paraphrase de "impossible n'est pas français". Il fallait entendre l'ensemble, selon sa définition mathématique : "collection de nombres, d’éléments partageant des caractéristiques ou des propriétés communes". Il se faisait élire par tous les Français, mais s'adressait à ceux de son ensemble. "Je n'ai qu'un seul ennemi : la finance", claironnait donc Hollande. L'expression devait être tronquée, ou nous avons mal entendu, il fallait comprendre la finance des gens de peu. "Le changement c'est maintenant"… Eh bien oui, encore une fois, nous n'entravons rien à la langue politique. Le changement de tête, ça voulait dire, rien de plus. Imbéciles que nous sommes, c'est vrai que nous ne venons pas de ces grandes écoles qui vous apprennent à dire le contraire de ce que l'on pense tout en laissant penser que l'on dit ce que ceux qui écoutent pensent. Vous suivez ou vous êtes vraiment stupides ? Ne grognez pas, ne démentez pas, je sais que vous avez relu l'antépénultième phrase.

Le socialisme soluble dans la bourgeoisie, ça serait un pis aller, finalement, ce ne serait pas neuf, si hélas ce n'était pas l'inverse. Qu'un socialiste ait la volonté de s'enrichir, après tout, il n'y a pas là de quoi fouetter un chat si son enrichissement se fait au même rythme que celui de ceux qu'il est censé représenter et défendre. Mais le socialisme actuel donne l'impression de constituer une marque, un produit d'appel, et la vanité n'a pas de couleur politique. On est socialiste comme on est Burger King quand la droite est Mac Do. Et quand je dis "qu'on", je ne parle pas de l'électeur. Quoique... Une étiquette PS, à l'ENA, ça doit valoir une étiquette UMP. Question de choix, comme la seconde langue vivante au collège. Il faut juste apprendre le vocabulaire, la grammaire et l'art de la conjugaison, et après, roulez, jeunesse. Roulez.

Nous sommes, nous dit-on, dans le pétrin. D'urgence, il faut se serrer la ceinture. Geler ceci, reporter cela, je parle de prestations sociales. En revanche on continue de distribuer, certes moins grassement que lors du précédent quinquennat, d'exubérantes primes à cinq chiffres à des conseillers ministériels déjà fortement rémunérés (cinq chiffres aussi, mensuellement). Probablement en récompense des excellents conseils prodigués qui nous permettent de nous trouver dans cette paradisiaque situation. Quant aux emmerdeurs, comme les handicapés ou les chômeurs de longue durée (non allocataires de quoi que ce soit), j'oublie probablement d'autres catégories entrant dans cette espèce, que ne se font-ils conseillers ? Pas de risque de scandale ou de "couac" avec cette engeance, on ne parle jamais d'eux.

En tout cas, avec cette gauche, la transition énergétique est en bonne voie (j'adore cette notion de transition énergétique). Des solutions se profilent. Il faut utiliser les morts. Stéphane Hessel, Jean Jaurès, par exemple, qui à force de se retourner dans leur tombe doivent forcément pouvoir fournir de l'énergie, suffit de bien manufacturer un moulin adaptable.

Allez Kenavo et à mardi. Ou à l'année prochaine. Bande de grass snakes eaters.

Grass snake eaters
Image empruntée au site jardindelasauvagine2.blogspot.com

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