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Ecouter et regarder les extrêmes droites

Publié le par L'ours

Quiconque se dit républicain devrait se réveiller. Ne pas dormir les yeux grand ouverts. Et d'abord, pourquoi semblons-nous sommeiller les yeux grand ouverts ? Nous sommes dans la situation du randonneur se trouvant dans une ornière, au bout d'un chemin qui de rétrécissement en resserrement s'est estompé. Quelle que soit la direction dans laquelle il regarde, le randonneur ne voit plus qu'un embrouillamini de ronces et de branchages lui barrant l'horizon, y compris celle dont il vient. Nul guide, nulle boussole ne sont plus en mesure de lui indiquer vers où porter ses pas. Il est paumé. Reste encore une voie escarpée, éminemment dangereuse, dont il ne sait si elle est correctement balisée. Il sait le gouffre, il sait les possibles éboulis. S'y engager comporte bien des risques. Faut-il attendre pour trouver une nouvelle piste jusqu'alors invisible ? Faut-il tenter de tracer un layon à travers les ronciers qui déboucherait sur une voie praticable ? Faut-il avancer, les quinquets bordés d'œillères sur ce sentier abrupt, au mépris du danger et sans grande connaissance de ce que sera la prochaine halte.

La nullité de l'action politique des gouvernements présent et passés, comprenant l'absence de résultats, l'excès et la fausseté de la communication et la certitude de plus en plus ancrée que le personnel politique n'a qu'une seule préoccupation, son intérêt propre, donne le vertige aux citoyens. Ils se tournent plus nombreux – mais il convient toutefois de relativiser les chiffres – vers l'extrême droite. Une extrême droite qui se nie en paroles (Marine Le Pen avait affirmé qu'elle attaquerait en justice ceux qui la rangeaient à cette place), une extrême droite dont les arguments paraissent plus socialistes que ceux du PS, hormis sa détestation de l'émigration, plus altermondialistes que ceux des Verts, loin de la droite traditionnelle en matière économique. Il est dès lors difficile de penser que la culottée reçue par EELV, l'UMP et le PS aux élections européennes n'est due qu'à la tentation nationaliste d'un quart de la population.

L'Europe horripile : son exécutif que l'on ne perçoit que contraignant, son Parlement dont on ignore les travaux, dont on oublie le nom de ceux que l'on y a envoyés tout en doutant qu'ils y siègent seulement, ses règles d'unanimité à 28, sa présidence du Conseil invisible, inaudible, au nom pratiquement imprononçable (Herman Van Rompuy), sa diplomate en chef (baronne Catherine Ashton of Upholland – rien à voir avec le pays des OVNIS), la faiblesse pour ne pas dire la complicité de la Commission face aux lobbys, ses disparités sociales, ses traités signés aux forceps, etc., j'en oublie ?

Le gouvernement socialiste, Hollande en tête, exaspère tout autant que l'opposition. Les premiers donnent chaque jour des preuves d'inconséquence, d'amateurisme et de désunion, les seconds au passif sévère s'abîment dans les affaires, dans le déchaînement des rivalités et dans l'absence de solutions. Ajoutons à cela les affaires dans lesquelles certains des premiers s'engluent, le déchaînement de leurs rivalités et leur absence de solutions ainsi que la désunion des seconds et leur inconséquence. Doit-on surenchérir avec la vanité de chacun, la compétition permanente et la mauvaise foi de tous ? Car à l'UMP tout est prétexte à la guerilla antigouvernementale, tandis que la gauche renégate réforme à la va-vite et navigue à la godille, voulant transformer une société qui en terme de majorité n'en demandait pas tant et permettant à l'opposition la plus extrême de se faire entendre et de donner libre cours à sa logorrhée réactionnaire empreinte de racisme et de sexisme. Son credo : défendre la famille qui en réalité n'est nullement menacée, en appelle à la patrie et bien entendu prétend se réapproprier le travail volé par les émigrés ou les Juifs.

Le FN, qui a subi un ravalement de façade de la part de Marine Le Pen, est la partie la plus présentable de ce populisme d'un autre temps. D'autres, moins visibles, attendent et essaiment petit à petit. On n'en est pas encore à la révolution nationale que prônait naguère Marine Le Pen alors qu'elle commençait à se faire connaître, mais je gage en le déplorant que ces mots de révolution nationale réapparaîtront.
C'est maintenant que les républicains doivent se réveiller. Maintenant que le FN peut s'enorgueillir d'une victoire aux Européennes, transformant 25% de suffrages en plébiscite et s'auto-attribuant le titre de premier parti de France, il va falloir être vigilants. Maintenant que le Président de la République, bousculé jusque dans ses terres, redevient Monsieur 3% (un sondage OpinionWay commandé par le Figaro indique que 3% seulement des sondés souhaitent le voir se présenter en 2017 ) il va falloir être intransigeants.

Ecouter et regarder les extrêmes droites.

Celle que l'on voit. Déjà, dans les municipalités gagnées par le FN, des associations de notoriété opposées à l'extrême droite se voient privées des subventions qui leur étaient jusqu'alors attribuées. Déjà, les journalistes accusés de complicité avec l'UMPS selon la terminologie mariniste se voient menacés par le directeur de cabinet de la blonde brune. « On va vous marcher dessus, déclare-t-il. De toute façon, les Français vous détestent. Notre plan média, c’est de vous attaquer à mort. La presse nous est défavorable, pourquoi continuer à collaborer avec elle ? ». Qui n'est pas avec le FN est condamné par le FN, semble-t-il.
Celle que l'on ne voit pas également. Ces mouvements indépendants du FN qui se répandent entre autre sur Internet, comme celui d'Alain Soral, Egalité et réconciliation, ou Riposte Laïque, Troisième Voie (dissoute en 2013) de Serge Ayoub, alias Batskin grande figure historique du mouvement skinhead. Ces "nationalistes révolutionnaires français" se rêvent en SA de demain. D'autres encore : le Groupe union défense (GUD), Jeunesses nationalistes, le Réseau identités, le Bloc identitaire au sinistre sanglier. Dans toute cette nébuleuse il en est qui attendent leur moment.

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