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Hymne, drapeau, et tête de veau

Publié le par L'ours

Nous sommes arrivés pile à l'ouverture. Certes, "Le Bon goût" n'était pas un grand restaurant gastronomique multi-étoilé, une seule étoile brillait à la toque du chef, mais il nous promettait un bel instant gourmand, avec accent provençal, s'il vous plaît.
Il était dit que nous ne serions pas en reste pour la célébration de cette fête, nous avions revêtu nos polos estampillés "Au bon goût". Elsa, sa sœur et Delphine avaient teint leurs cheveux aux couleurs de l'établissement, vert bouteille et rouge piment, tandis que nous, mon beau-frère, un ami et moi-même montrions un visage finement maquillé reproduisant l'emblème chatoyant du restaurant : un canard juché sur un toast de foie gras sur fond d'écu rouge et vert. Les enfants agitaient leurs petits drapeaux, les canards sur leurs toasts semblaient surfer au rythme de leurs allers-retours. L'ambiance était très joyeuse. Quelques serveurs nous regardèrent interloqués puis vaquèrent amusés à leur tâche.
Cependant que la salle se peuplait, le chef apparut ainsi que le maître d'hôtel. Nous décidâmes d'entonner une Marseillaise. Nous étions debout, la main sur le cœur, dans un garde-à-vous certes peu réglementaire, mais d'une sincérité sans conteste, à chanter notre hymne national ; certaines mauvaises langues diront beugler. Si nous avons un peu regretté que ni le chef ni ses collaborateurs ne nous accompagnent, nous eûmes la satisfaction de voir d'autres clients se joindre à nous.

Qu'elle était belle cette Marseillaise, glorifiant la franche gastronomie, la viticulture et le terroir français, le service, l'accueil, le raffinement ; les larmes nous montaient aux yeux. Les enfants, eux, ne pleuraient pas, qui n'avaient pas encore appris la fierté d'appartenir à une phratrie, mais nous imitaient consciencieusement, joyeux et impressionnés. Et les cris jaillirent, la dernière note de l'hymne à peine sortie de nos gorges.

Apéro, amuse-bouche délicats, entrée exquise, nous étions comblés et heureux. Le bon goût portait bien son nom. La tête de veau arriva. Nous explosâmes de joie. La liesse était à son comble, car nous n'étions pas les seuls à hurler notre bonheur, à toutes les tables ce n'était qu'applaudissements et cris de ferveur, un rugissement d'allégresse. Une ola se forma, puis nous nous rassîmes et dégustâmes.
Au dessert, nous n'en pouvions plus et regrettions déjà que la fête se terminât, certes brillamment, avec les profiteroles à la graisse de rognon grâce auxquelles nous touchions presque à l'orgasme.
En sortant du Bon goût, repus, nous avons décidé de faire une petite promenade digestive à travers la ville. C'est là que nous les avons vus. Débraillés et confus. Tapageurs et incongrus. De jeunes braillards sortaient du "Tajine de Cimiez", un restaurant à couscous. Ils exhibaient des drapeaux jaune et vert, avec de petits rameaux d'olivier aux minuscules fruits noirs entourant un citron confit. Ces sauvageons nous gâchèrent la fête.
Heureusement, mon beau-frère nous remit du baume au cœur. Pet-au-casque, c'est son surnom, qui a quelque autorité, mettrait bientôt un terme aux débordements de ces hordes fanatisées et cosmopolites.

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