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De l'audace !

Publié le par L'ours

Un jour où l'autre, il faut de toute façon y passer. En général, c'est le premier. Le Premier de l'an. Les plus avisés consacrent à la tradition dès le dernier coup de minuit sonné, pas encore totalement submergés par les vapeurs alcooliques ou autres, avec cet inénarrable dose d'hypocrisie consistant à utiliser des mots pour émettre des sentiments inexistants. « Bonne année, bonne santé », souvent signifie, « Fais comme tu peux, mais surtout pas chier » zeugma étrange peut-être, mais zeugma. La figure est à la mode au Masque et à la plume, et finalement ce n'est pas une si mauvaise mauvaise habitude, ça nous change des anaphores.

Foin de digression ! Il convient donc de présenter ses vœux aux autres. Pour autant qu'on en ait quelque chose à faire, des autres, et là, l'hypocrisie fait figure de pré-requis pour parler le langage des vendeurs d'informatique et des conseillers de Pôle emploi. Parce qu'à longueur de journée, on le constate, les autres, c'est la plaie. Le souci étant que chacun de nous appartient à cette catégorie de personnes. Paradoxe, impossible quadrature du cercle, appelez ça comme vous voudrez. Je suis un autre et toi aussi.

Le président a présenté ses vœux. Je l'ai sans doute écouté, du moins entendu, et pas moyen de me rappeler ce qu'il a pu me souhaiter. Ah si, de l'audace. Etait-ce un vœu à mon endroit ? Sais pas, mais je vais le prendre comme tel, et bien que je ne sois pas un adepte du tennis, même de table, mais que la politesse et moi, ça ne fait pas deux, je lui renvoie illico la même baballe.

De l'audace, mon président, de l'audace ! Et bonne année.

A bien regarder alentour, quoi c'est qu'on voit, pour parler comme notre belle jeunesse avide de beau langage ? On voit les autres ! Et quoi c'est qu'y veulent les autres (toujours dans le registre pré et post pubère) ? Le beurre, l'argent du beurre et le cul de la crémière. Si en sus elle pouvait dire merci, la crémière, ce ne serait pas du superflu, on n'est pas des chiens.

Les médecins ne veulent pas habiter dans les coins reculés du territoire, par ailleurs pluvieux, un peu nauséabonds, remplis de gens à accent, tellement éloignés du moindre cabinet médical qu'il est devenu coûteux de les visiter. La consultation est devenue la panacée provinciale. Coûteux aussi le tiers payant avec la paperasse à remplir, que c'est pas un boulot pour lequel on a fait tant d'études, rendez-vous compte, il faut ren-ta-bi-li-ser. Aidez nos médecins, mon président, ils dépriment. Regroupez-les à Paris et sur la Côte d'Azur, on se débrouillera pour aller les voir. En autocar.

Coûteux aussi le compte pénibilité en faveur des zozos qui travaillent pour l'entreprise (sacro-sainte entreprise, n'y touchez pas, rouges vandales). Le temps qu'il faudrait y vouer alors que ça ne rapporte rien ! Charges lourdes, milieux malsains, toxicité des produits, travail de nuit... Des mots, tout ça, s'il fallait y adjoindre des calculs, on ne s'en sortirait pas. Perte de temps égale perte d'argent. Et la pénibilité de nos chefs d'entreprise, qui y songe ?

Déjà le coût du salarié ! Et toutes ces cotisations à verser, euphémisme bien pensant pour éviter de dire charges. On ne se rend pas assez compte que payer un gugusse pour son travail est en soi un sacrifice pour le patron, pardon, l'entrepreneur, l'homme toujours avisé mais hélas malheureux encostardé qui ne fait que prendre des risques, sue sang et eau, épongeant son front soucieux du lever au coucher et même souvent au-delà pour le bien porter de l'entreprise. Pensez-vous que cette angoisse et ces réflexions ne comptent pas pour du travail nocturne ?

De surcroît, est-ce une vie saine, je vous le demande, de fréquenter ces ouvriers peu soignés, plus ou moins porteurs de miasmes accumulés dans leurs gourbis ? Et que dire des sempiternels déjeuners d'affaires dans des restaurants aux mets d'une richesse telle qu'ils constituent un véritable poison pour le foie, d'autant que l'on est contraint de les arroser abondamment de breuvages millésimés. Parlez-en à vos députés et vos sénateurs, mon président, ils sont soumis au même régime. Eh bien, le compte pénibilité, nos chevaliers d'industrie ne le réclament même pas. Ils subissent à longueur de temps la raillerie, à qui on reproche les salaires exorbitants et les retraites indécentes ! Pure diffamation, ils se font payer en stock options ! Dans la conjoncture actuelle, si on y voit une sinécure ! Quel salarié oserait prendre un tel risque, avec la Bourse qui va qui vient ! Songez à nos entrepreneurs, mon président, de l'audace, ne les contraignez pas à embaucher sous prétexte de contrepartie à votre crédit d'impôt.

N'écoutez pas les jérémiades de ces chômeurs faméliques, jeunes désœuvrés avant même d'avoir pu goûter les joies du salariat ou prévieillards dont la date de la mise une retraite hypothétique s'éloigne d'eux comme un mirage d'oasis créé par la chaleur au milieu du désert. D'ailleurs, on ne les entend pas, ils ne sont qu'un chiffre, un point sur une courbe, une abstraction. Ils ne se regroupent pas, ne forment ni lobby ni parti, si tant est qu'ils subissent la vie, ils restent muets et invisibles. Mèches sans étincelle, ils ne représentent aucun danger pour les autres.

Peut-être que ce dont ils manquent le plus, c'est d'audace.

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