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Une affaire de surmoi

Publié le par L'ours

On va encore dire que je suis passéiste ou décliniste ou que sais-je, mais notre époque est vraiment une époque particulièrement exécrable. Certes, ça ne date pas d'hier, et on peut attribuer la responsabilité du capharnaüm social dans lequel nous pataugeons à plusieurs événements déclenchants qui pourtant paraissaient prometteurs d'un monde meilleur.

Mai 1968, la chute du mur de Berlin et l'informatique pour tous.

Mai 68 - une révolution des esprits qui a mal tourné

Mai 68 a permis quantité d'améliorations sociales et fit naître les prémisses de la libération sexuelle, de la prise en compte de la parole de la jeunesse, de la rupture avec une vision paternaliste de la société. Sont également nés de ce mouvement disparate les jeunes loups de la communication, sans foi ni loi, dévolus à leurs seuls intérêts. Ils sont aujourd'hui devenus chefs de meutes. On a libéré la parole sans se soucier du bien commun. On écrivait sur les murs : « il est interdit d'interdire », ce qui était beau, et de fait, ils ne s'interdisent rien.

La chute d'un mur, l'érection d'une muraille

1990. Le mur de Berlin est tombé depuis 1 mois. L'euphorie est générale. La dictature prétendument prolétarienne à la sauce rouge ultra piquante a rendu l'âme. Le rideau de fer portait déjà depuis quelques années les stigmates de la rouille. Fin de l'histoire. Hegel qui avait été démenti par Marx se voyait vengé par Fukuyama. Désormais, le libéralisme régnerait, nierait la lutte des classes et accoucherait d'un homme réalisé.

Inégalitaire, mais individualisé, le monde meilleur. Oublieux de Montaigne, pour qui science sans conscience n'est que ruine de l'âme, les jeunes loups du capitalisme se sont transmutés en bêtes féroces, laissant leurs instincts de prédateurs les dominer. Leurs aïeux n'étaient déjà des anges, faute d'adversaires suffisamment puissants, il leur a poussé des ailes. Puisqu'ils sont les vainqueurs, puisque le rapport de force est inégal, pourquoi ne pas l'accroître ? Pourquoi ne pas soumettre le citoyen et le transformer en client ? En l'infantilisant, en lui proposant une profusion de produits, créant au fil des jours des besoins, des pansements imaginaires pour ses plaies réelles.

Puisque les dirigeants de multinationales et des grandes entreprises publiques ou privées détiennent les clés de l'économie, on serait en droit de se demander pourquoi ils ne se retrouvent pas à la tête de l'Etat, censé réguler l'économie du pays. La réponse et simple. Ils ne veulent pas. Ils ne veulent pas qu'on leur confie le pouvoir, étant donné qu'il l'ont déjà, mais sans en avoir les inconvénients, dictant leurs desiderata à grands coups de chantage au chômage et de lobbying auprès de nos élus qui pour la plupart se laissent facilement convaincre quand ils ne le sont pas déjà par nature. Et en membres du même monde, on se coopte, on se nomme, on s'épaule. Le moi a beau jeu dans l'entre-soi.

La lutte des classes a laissé la place à un jeu de Monopoly dans lequel les concurrents appartiennent au même milieu et d'où est exclue la quasi-totalité des citoyens. A ceux-ci, on fournit une vitrine, perversion de la démocratie de jadis, un miroir aux alouettes permettant leur soumission volontaire. Le surmoi des dominants s'est effacé devant un individualisme qui va s'accentuant. Une muraille s'est dressée entre les pouvoirs et les citoyens.

Quant à ceux qui parviennent, par le jeu de la démocratie, aux faubourgs du pouvoir, ils doivent faire allégeance au système, à savoir ne pas menacer le pouvoir économique, entretenir un taux de chômage suffisamment haut pour effrayer ceux qui travaillent et faire accepter des conditions de travail de plus en plus rudes à ceux qui parviennent à l'emploi ou y retournent après une période de chômage de plus en plus longue. L'équation est simple : plus la demande est grande, plus l'offre se fait à coût moindre.

La dématérialisation de la psyché

Entre ces deux dates, 1968 et 1990, l'informatique s'est démocratisée. Elle a investi les milieux professionnels, décimant certains métiers, puis les foyers, jusqu'à aujourd'hui où elle s'est emparée des moyens de communication. L'échange entre personnes ne pouvait aux yeux des pouvoirs économique et politique demeurer libre. Liberté ne sous-entend pas absence de surmoi, cette autocensure de chacun interdisant la négation pure et simple de l'autre au seul bénéfice de soi-même. Les détenteurs du pouvoir économique tendent à s'en soustraire, recherchant l'absolu contrôle des salariés. Les détenteurs du pouvoir politique ou ceux qui y aspirent s'en abstiennent chaque jour un peu plus, particulièrement depuis les années 2000 où s'est révélé en France le concept de droite décomplexée. Mouvement d'ailleurs justifié et amplifié par l'émergence depuis les années 70 d'une gauche moralisatrice et celle de différents communautarismes, qu'ils soient régionalistes, religieux ou sociétaux. La libération de parole des uns et des autres, si on pouvait s'en féliciter a renforcé l'individualisme et la segmentation de la société, et motivé et exacerbé les antagonismes farouches et le durcissement de cette parole. La poussée des fondamentalismes religieux et de l'extrême droite dans les couches basses et moyennes de la société en est probablement la conséquence.

Aujourd'hui, le sens commun, le bien public tendent à devenir des gros mots, nous sommes à l'heure du selfie intellectuel.

Mais que font les psychanalystes !

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Jeanne-Pascale 07/05/2015 15:22

Ils se regardent le nombril !