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Il y a des gens, tout de même, on se demande

Publié le par L'ours

Il y a des gens, tout de même, on se demande ! Des gens dont on se demande ce qu'ils font là où ils sont. Ils posent leur gros cul dans le siège, et tout part en sucette. Des nuisibles. Des collecteurs de nuages qui vous empêchent de sentir le soleil vous chauffer la peau. Des lourdauds maladroits qui déséquilibrent la pile de livres ou d'assiettes que vous vous étiez promis d'aller ranger à l'endroit approprié pas plus tard que tout à l'heure, mais aussi des malfaisants, égotistes, bornés, égoïstes, sans états d'âme, décomplexés en diable et hélas, puissants. Très.

Exemple d'individu dont on se demande pourquoi la fatalité l'a planté dans le décor où vous vous épanouissiez : M. B., marchand de papier pour rouler les joints et les cigarettes. Oui, les joints ! Personne ne roule jamais de cigarette de format "king size". M. B. est aussi patron de tout un tas de choses disparates. M. B. est partout. Dans tous les domaines et partout dans le monde. M. B. est un gros poisson.

Parmi les occupations de M. B., il y a les médias, et en particulier, la télévision. Il a acheté tout un groupe, avec plusieurs chaînes. Et ça fait parler ! Ça a bouleversé tous les médias. Et en premier lieu au sein de la chaîne phare ; des désaccords de contenu, de stratégie motivent et occasionnent des départs plus ou moins contraints. D'abonnés aussi. Mais M. B. a une tête de Breton, et la chose est connue, le Breton (tout comme la Bretonne) ne s'en laisse pas conter, voilà sa grandeur, voilà son génie. D'ailleurs, souvent, le Breton est rétif aux récriminations de la Bretonne.  Mais foin de digressions. M. B. a le commandement en lui. Depuis tout petit, quand M. B. décide, la chose est entendue. Et on n'embête pas les amis ou les fidèles clients avec des reportages qui pourraient nuire à la grande image de probité qu'ils affichent. Que vaut un reportage de 52 minutes devant des années d'amitié ou d'intérêt mutuel ? Des ennuis. De toutes les manières, ça vaut des ennuis, autant choisir les moins coûteux.

Et encore un problème surgit. Pour l'une de ses chaînes, M. B. a recruté un cheval boiteux, un animateur de radio et de télé, journaliste, producteur d'émissions. Celui-ci a de gros soucis. Raillé depuis ses débuts à la télé où il animait une émission que beaucoup rangeaient dans le registre télé-poubelle, ses soucis deviennent judiciaires, sa moralité est durement mise en cause. Bref, il est peu aimé par toute une catégorie de personnel de la chaîne où il devait officier, des journalistes qui n'en veulent pas comme collègues ruent dans les brancards. Craindraient-ils une contamination morale, une assimilation malheureuse de la part du public ?

Ni une ni deux, M. B. brandit à ces vilains camarades ce que tout journaliste connaît par cœur : la clause de conscience. Eux dont des malveillants disent qu'ils n'en ont aucune ! Avec la clause de cession, la clause de conscience est ce que le journaliste connaît le mieux, parce que ces deux dispositifs entrent dans le statut qui permet la liberté du journaliste. Liberté de partir en conservant ses droits et ses indemnités de licenciement comme lors d'un licenciement économique, lorsque l'entreprise est cédée à un autre groupe ou change d'actionnaire principal, dans le cas de la clause de cession. L'équivalent existe, la clause de conscience, lorsque le journaliste estime que la ligne éditoriale de son média a changé ou en cas de changement du statut juridique de son employeur. Donc, M. B. fait savoir à ses troupes récalcitrantes qu'ils peuvent disposer et que par la grâce de la clause de conscience, la porte de la comptabilité est ouverte. Au revoir, merci et bisous.

Dans la grande grande majorité des cas, la clause de conscience s'invoque. C'est-à-dire que la démarche est inverse. Pas content du ravalement de façade que son patron devenu (ou découvert) voyou ou que la rédaction passée de droite à gauche ou inversement lui inflige, le journaliste démissionne en invoquant la fameuse clause de conscience. « En conscience, je ne puis plus travailler dans ces conditions nouvelles. » Il n'y a rien à y redire. Adieu, de rien et bisous. Non, pas bisous.

M. B. ne manque pas d'air. Il a l'autorité humiliante. La rigidité accotée au mépris. D'un dispositif du Code du travail destiné à protéger un salarié, M. B. en fait un argument, pis, une injonction.

Je ne sais ce qu'en penseront les abonnés, après tout, eux aussi sont des clients dont il faudrait s'assurer la fidélité. A moins qu'on n'imagine pas qu'ils puissent eux aussi invoquer leur propre clause de conscience.

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