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Vous m'étonnez, benoîts

Publié le par L'ours

A y est, le gros vilain a été élu. Celui que l'on moquait, celui qui choquait, celui qui disait n'importe quoi, qui contredisait le mardi ce qu'il affirmait le lundi. Celui dont on disait qu'il ferait long feu. Le faux rêve américain, héritier dispendieux, mauvais citoyen qui s'était arrangé pour ne pas payer d'impôts, milliardaire à la gomme, raciste, sexiste, bateleur de foire audiovisuelle. Injurieux ; lui-même injure au bon goût, mais blanc et tenant un discours nationaliste. La grande gueule qui aurait eu sa place sur RMC ou dans les pages pisseuses de Valeurs actuelles, mais qui sait où placer ses critiques envers le système dont – il ne faut pas se masquer la réalité – il use et abuse.

Quel système ? Celui de faire des médias un instrument, de faire du pognon un levier pour se hisser au sommet tout en revêtant les habits du chevalier blanc, du Don Quichotte prêt à brandir son épée en plastoc contre les moulins à vent de la mondialisation et de Wall Street ? Et les commentateurs de s'étonner ! Pauvres poulets tellement sûrs d'eux-mêmes et de l'immuabilité de leur monde.

Comment le peuple américain, après les années Obama mais surtout celles des Bush et Clinton, voués à un libéralisme échevelé a-t-il pu élire cette contrefaçon d'homme d'état ?

N'avez-vous jamais songé qu'il serait possible de voter pour un Tapie, un Berlusconi, un Sarkozy, un Poutine, un ou une Le Pen, pourtant si différents idéologiquement les uns des autres ? Tous champions de la mise en médias. Tous grands manipulateurs de l'opinion ?

Nous ne sommes plus dans un vote raisonné, voire raisonnable, mais épidermique, mû par l'idée première, celle du dernier qui a parlé le plus fort, le plus haut et le plus violemment. Le vote de la rupture, celui du pied de nez, parce que le discours traditionnel est devenu lui-même inaudible par des décennies de mensonges, de petits et grands arrangements, de trahison idéologique et économique et de mépris de classe. Comment peut-on encore croire aux simagrées aimables des caciques de la politique promettant tout ce que les imbéciles veulent bien entendre. Jamais, vous pensez, cela n'arriverait chez nous. A d'autres ! Non seulement cela pourrait arriver, mais cela arrivera sans doute un jour, et vous n'y croyez pas.

Non, Trump n'est pas un homme du peuple, pas davantage que Marine Le Pen ou n'importe quel autre prétendant à l'élection présidentielle ne l'est. Et le bon peuple de se fier au maquillage. D'accorder du crédit à la parole décomplexée. Dès lors que la critique est sensée – particulièrement celle à l'encontre des élites qui profitent égoïstement du "système" – le vote réactionnaire est possible. Ce n'est pas parce que la critique est proférée par des salauds imbéciles qu'elle n'est pas valide, et ce n'est pas parce qu'elle est valide que les salauds imbéciles ont une bonne solution aux problèmes.

Le discours décomplexé du réactionnaire réclame la liberté de l'"immoralisme" celle par exemple de fustiger l'étranger, l'émigré clandestin ou non, le pauvre, la femme, l'homosexuel, le fonctionnaire, le journaliste, le chômeur, le trop grand, le trop gros, le trop petit, le trop maigre, le fumeur. A noter que d'un réac à l'autre, on finit par fustiger le mangeur de viande, le buveur de vin, le chasseur, l'aficionado, le conducteur de voiture, la femme qui veut des enfants, et un jour vous-même pour une raison que vous ne soupçonnez pas encore.

Vous ne croyiez pas au Brexit, vous ne croyiez pas au vote pour Trump, vous ne croyez toujours pas, pas réellement, à l'accession du Front National au pouvoir, et la stupeur, la stupide stupeur sera la même. Tardive et inutile.

 

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Carlita 09/11/2016 17:07

... et il sera trop tard !
Ceux qui n'ont pas encore compris que les sondages se foutent de nous sont des imbéciles ; j'ai souvent pensé que les sondages prêchent le faux pour faire basculer des voix.
Aujourd'hui, je me dis que chez nous, si Cyril Hanouna se présentait à la présidentielle prochaine, il récolterait des voix. A force de dire que les politiques sont nuls, chacun se croit capable de faire mieux, alors pourquoi pas un présentateur de télévision ? ou un animateur de foires commerciales ? ou un humoriste ? Coluche avait déjà sévi en son temps (aïe aïe aïe, je vais me faire des ennemis... !)

L'ours 08/03/2017 10:04

Coluche connaissait bien les hommes politiques. Il s'est présenté par goût de la moquerie, je ne dirais pas provocation qui me semble un mot un peu galvaudé en la matière. C'était un acte politique au sens où il faisait la démonstration qu'un clown particulier se présentait parmi d'autres clowns d'une autre nature. Il ne prétendait pas faire mieux, mais, son affiche slogan le disait, il invitait toute une sorte de gens qui n'intéressaient pas réellement les hommes et femmes politiques à leur faire un bras d'honneur. Merci pour ton commentaire Jipée auquel, comme il se doit je réponds bien tard.