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L'imagination au pouvoir (1)

Publié le par L'ours

Vous souvenez-vous de ce graffiti qui ornait les murs en 1968, « l'imagination au pouvoir » ? Une revendication en forme de slogan, un slogan en forme de projet. Quel bel avenir il nous promettait, comme le lendemain matin chanterait, et le suivant, insouciant, car toujours jeune et donc sans cesse renouvelé, régénéré, plutôt, puisque l'imagination ne connaît pas de limites.

C'était hier, et nous sommes aujourd'hui dans ce monde réalisé. L'imagination est au pouvoir, mais nous n'en sommes que spectateurs et comme pour tout spectacle qui se respecte, nous en payons la place.

Nous n'avons ni pouvoir, ni imagination, du moins ils ne correspondent pas au rêve que s'en faisait le spectateur du mur graffité. Dans notre langage, par exemple, siège de la pensée, on n'invente rien, on recycle. Face aux mouvements sociaux de 68, le gouvernement Pompidou et les syndicats, ouvriers et patronaux organisent ce qu'on a appelé les accords de Grenelle, (le ministère du Travail était situé rue de Grenelle à Paris). En 2007, le gouvernement Fillon, sous la présidence Sarkozy, s'intéresse à l'environnement et au développement durable. Idée de génie, comment appelle-t-on le bazar ? Grenelle de l'Environnement. De ce jour, on a remis le "Grenelle" à toutes les sauces : Grenelle de l'emploi (Sarkozy), Grenelle de la sécurité (Valls), auparavant, dans les années 80, on avait cuisiné la santé, les retraites à la sauce Grenelle. Un chercheur a recensé environ 150 "Grenelle" depuis 1968. (Grenelle, Histoire politique d'un mot, Denis Barbet, Presse Universitaire de Rennes, 2010).

La classe politique adore utiliser les lieux communs, et surfer sur les modes, ses membres sans doute convaincus de la nécessité de nous livrer des images d'Epinal, comme on en donnait aux paysans incultes et aux enfants sages, pour que nous adhérions à leur vacuité. De là à dire qu'ils aiment à enfoncer des portes ouvertes… Et chacun de se copier, se répéter et enchérir sur la banalité. Combien de candidats "anti-système" vont-ils se présenter à la prochaine élection ? Combien d'entre eux nous serineront que la France est le "mauvais élève" en telle et telle matière ? Quel sera le prochain à s'indigner des "boules puantes" lancées contre lui lorsque l'on découvrira telle ou telle entorse à la loi ou à la moralité. Faut-il vraiment s'adresser à nous en nous infantilisant pour élire le nouveau "père de la Nation" ?

 

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