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Pierre Dac, reviens, ils te plagient

Publié le par L'ours

Parler pour ne rien dire, et ne rien dire pour parler…

C'était le début d'un aphorisme de Pierre Dac, grand maître de l'absurde et grand résistant à l'abomination, celle des nazis, fascistes et consorts.

A quoi jouent les Républicains© ? Rattrapé par son passé, du moins soupçonné par la Justice d'avoir fait bénéficier son épouse et ses enfants d'emplois fort bien rémunérés de bon argent public, chose légale si ces emplois ne sont fictifs, François Fillon organise une conférence de presse vendredi. Les journalistes, les Français, ceux de son camp, mais aussi les autres, se perdent en conjectures. S'il jetait l'éponge, qui donc monterait sur le ring ? Juppé, Baroin ?

Depuis les révélations du Canard, beaucoup jugent sa position intenable et de se demander s'il va renoncer à se présenter à l'élection présidentielle. D'autant qu'il l'a affirmé, s'il est mis en examen, il se retirerait de la course, cohérent avec ce qu'il déclarait naguère, du ton sévère de l'homme à la vertu irréfragable, à propos d'autres affaires, d'autres mises en examen qui ne le concernaient pas. En toute logique, puisqu'une juge lui signifiait sa prochaine mise en examen on s'attendait à son retrait. Midi, l'heure venue de la conférence de presse, chacun attend. L'homme paraît près d'une heure plus tard. Le suspense est à son comble.

Il fallait faire oublier les anciennes interviews de sa galloise épouse, châtelaine tranquille, mère de famille attentionnée, provinciale en diable, éloignée en tout point de la chose politique et en particulier de la carrière politique de son mari. Il fallait accuser la presse, la Justice de visées complotistes, de pensées meurtrières. C'était presque du Molière :

« Ah ! Seigneur Anselme, vous me voyez le plus infortuné de tous les hommes ; et voici bien du trouble et du désordre au contrat que vous venez faire ! On m’assassine dans le bien, on m’assassine dans l’honneur ; et voilà un traître, un scélérat, qui a violé tous les droits les plus saints ;… »

On voulait l'assassiner, lui, et aussi l'élection présidentielle, rien de moins. Mais…
Il ne se retirait pas. Statu quo. Entre l'annonce de la conférence de presse, le matin, et la fin de celle-ci : rien de neuf. Aucun changement, l'homme bafoué n'avait rien de plus à dire. Ne rien dire pour parler.

Certes, il avait appelé le peuple à manifester son soutien dans la rue le dimanche suivant, tel le général de Gaulle fin mai 68. Outre une légère différence d'appréciation du nombre de manifestants, fortement "endrapeautés", entre les organisateurs et la police (les premiers en comptaient 200000 les seconds 40000), jugeant l'opération une incontestable réussite, il tança ses nombreux compagnons engagés dans la désaffection, les invitant à un fort catholique "examen de conscience", histoire sans doute de leur rappeler que c'était eux qui avaient commis une faute.

T'as voulu voir Juppé et puis t'as vu Fillon.

Lundi, Alain Juppé, que beaucoup à droite auraient volontiers plébiscité, donne une conférence de presse. On s'attend à une déclaration fracassante. Un schisme, un coup d'Etat, une prise de la Bastille. On se dit qu'il va franchir le Rubicon. Qu'il va revêtir les beaux habits du recours, lui qui disait ne plus vouloir concourir, mais qui y songeait tout de même. Foin de tout cela. Il n'ira pas. Il se venge dans un discours amer et ravageur, mais ne dit rien d'autre que ce qu'il avait déjà dit. Parler pour ne rien dire.

De cette période électorale, les Républicains© auront au moins fait parler d'eux. On n'entend rien des programmes de leurs adversaires. Exit Hamon, Mélenchon, Macron. Encore davantage les autres candidats, condamnés au silence. Nous parvient encore la voix de Le Pen, ce qui n'est guère rassurant quant à la santé de notre démocratie. C'est à se demander à quoi jouent les Républicains©.

Rappelons-nous l'aphorisme de Pierre Dac dans son intégralité, histoire d'en tirer une leçon à travers un sourire :

« Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs et rigoureux de tous ceux qui feraient bien de la fermer avant de l'ouvrir ». 

 

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