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Rien n'est simple, tout se complique

Publié le par L'ours

Ce titre, une combinaison de titres d'ouvrages du doux Sempé, n'aura jamais été aussi actuel.
Ah ! Relire les livres de Sempé, voilà une activité salutaire par les temps qui courent. Pour le moral. On y voit de petites gens, avec des préoccupations de petites gens, des alarmes bénignes. La dame lit Ici-Paris qui annonce la séparation du prince et de la princesse et la petite dame verse une larme. Volci le peuple. Jamais hargneux, même si quelquefois les pacifistes bleus se castagnent avec les pacifistes rouges, même si à l'angle d'une rue, une foule suit des porteurs de pancartes où figure le visage d'un candidat va rencontrer une autre foule qui manifeste avec la tête dudit candidat au bout d'une pique. Relire Sempé, ce n'est pas la nostalgie d'un temps révolu, c'est se confronter à soi-même. Il faut se rappeler qui l'on est. Il faut se rappeler ce qu'est le peuple auquel on appartient. Et que la chose plaise ou non, on y appartient.

Bref, rien n'est simple, tout se complique. L'élection à venir va opposer Marine Le Pen à Emmanuel Macron. On a tous le souvenir de ce moment où à contrecœur les gens de gauche ont dû voter en faveur de Jacques Chirac. On a encore en mémoire la gigantesque manifestation d'opposition au FN. Chirac avait recueilli plus de 85% des suffrages. Tous se persuadaient qu'il infléchirait sa politique, qu'il laisserait une large place aux opinions de ceux qui l'avaient massivement élu. Il n'en a rien été. Se sentant trahis, beaucoup s'étaient juré ne plus jamais revivre cette situation. Nous vivons actuellement les conséquences de cet entêtement politique, l'aveuglement ou la vanité de ce président (et de son parti) que l'on promettait au tribunal. Là encore…

Se souvenir de ce qu'est le Front National. Avec l'arrivée de nouveaux visages, venus d'horizons divers dont certains plutôt classés à gauche (Philippot, Collard) Marine Le Pen a eu le talent de ripoliner le parti de son papa. En quelques années la dédiabolisation, grâce à des arguments parlant aux classes laborieuses, accusant fallacieusement un ennemi extérieur – l'Europe, les émigrés – d'être la source de nos problèmes, elle a su se rallier ceux que le libéralisme excédait et ceux qu'insupportaient ces figures des partis traditionnels, apparaissant toujours plus corrompues et indifférentes à la population.

Le Front National est néanmoins toujours synonyme d'intolérance. Intolérance avouée d'ailleurs, envers les immigrés, les européistes, mais aussi envers les corps constitués, les associations humanitaires ou culturelles qui ne le soutiennent pas. Synonyme également de brutalité à travers certains de ses partisans bien qu'exclus du parti, comme les identitaires, certains régionalistes, certains mouvements comme le GUD ou le DPS son service d'ordre.

Bien que visage relativement nouveau dans le paysage politique, l'ancien ministre de l'Economie Emmanuel Macron incarne à la fois aux yeux de beaucoup, le libéralisme et la continuation de la politique détestée : privilèges, injustice, inégalité de traitement entre citoyens, communautarisme de classe sociale, etc.

La conjugaison de cette déception de l'après 2002 et du ravalement de façade du FN amène aujourd'hui pas mal de gens à mettre sur le même pied d'égalité les deux finalistes de l'élection présidentielle comme étant les deux mêmes ennemis fondamentaux en logique de quoi ils s'abstiendront ou voteront blanc ou nul. Il en est même d'autres qui ayant voté Mélenchon au premier tour se disent prêts à voter en faveur du FN au second.

Argument de fin stratège : Marine Le Pen au pouvoir, par un manque d'élus aux législatives, elle serait empêchée de gouverner ; d'autres espèrent que se produise un troisième tour social dans la rue. Combien de ces brillants esprits sont-ils prêts à la confrontation physique avec les forces aujourd'hui légales et celles qui ne le sont pas encore ? Ne nourrissent-ils pas qu'un fantasme de résistance que les gauchistes invétérés savent si bien exprimer à l'abri de leur écran et qui dans la réalité s'évanouirait comme une fumée ? Sont-ils si confiants envers l'opposition absolue des députés de droite nouvellement élus en juin ? Pensent-ils réellement que le Medef, la CPME, le FNSEA supporteront durablement un troisième tour social dans la rue ?

La lutte pour davantage de justice sociale, pour davantage de culture et d'éducation, davantage de respect de l'homme et de l'environnement serait moins efficace face à Macron que face à Le Pen ? Les arguments tenus pour un scénario ne vaudraient pas pour l'autre ?

Une VIe République ne s'édifierait donc qu'à l'issue d'une révolution ? Rappelez-moi le nom de la révolution qui ne s'est pas terminée dans un bain de sang et par une dictature ? Mais peut-être est-ce un véritable désir de dictature qui bouillonne dans quelques crânes.

 

 

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