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Sacrée soirée

Publié le par L'ours

La belle soirée que voilà. La télé, quelquefois, sait nous offrir de réels moments de grâce. Quel spectacle ! Et tout cela grâce à des pros. Comme on sait bien, chez nous, monter la mayonnaise. Tout d'abord, entretenir le suspense. N'avoir rien à dire, mais le répéter à l'envi. Des chiffres sur l'abstention, de la discutaille qui ne nuit pas à la prise de l'apéro dominical. Il ne faut pas désespérer les cacahuètes. Et puis comme on n'attend plus le jour J, on guette l'heure H. Avec décompte des minutes, des secondes ; le peuple est haletant.

20 heures. Boum ! Le résultat tant attendu :

Le Pen (on le savait) – Macron (on s'en doutait). Et des estimations. Attention, pas des sondages ! Les sondages n'avaient pas bonne presse ces derniers temps, qui s'étaient trompés – et nous aussi par voie de conséquence – tant de fois. Alors, Brice d'office, Teinturier de patronyme, nous le redit, il s'agit d'estimations à la sortie des urnes dans des villes modèles, pas des sondages aléatoires. Il peut s'estimer heureux. Et donc nous.

Comme vous le devinez, puisque la perspicacité n'est pas la moindre de vos qualités, et ça c'est important pour moi d'avoir des lecteurs perspicaces, et beaux, et intelligents (j'ai des stocks de vaseline depuis 2002, autant en faire profiter), nous regardions l'ORTF.

– Hein ? France 2 ? Ah ! Oui. Si vous voulez.

Passés l'annonce des résultats et le rappel du 21 avril 2002 (date historique du boom économique chez les marchands de vaseline) le service public a pu donner la mesure de sa grandeur et de son sérieux, avec tableau interactif et analyse des réseaux sociaux. Magnifique.

Questions aux gagnants Collomb, Fillipot, et aux perdants déconfits, la mine plus que grise. On sent poindre le règlement de comptes chez les Républicains™ et la recherche de GPS au PS. Il va y avoir explication de texte, on aimerait se faire petite souris. On a pu également apprécier le petit échange entre Copé et Bayrou. – C'est grâce à nous que tu es là ! – Oui, mais c'est toi qui m'a téléphoné pour négocier ton soutien. Se rendent-ils compte que ce genre de tractations où les convictions passent au second plan ont lassé les Français ?

Puis, la soirée semblait se résumer en un seul exercice : faire avouer aux questionnés à qui ils réserveraient leur suffrage pour le second tour. Plus exactement leur faire expliquer pourquoi ils n'exprimaient pas ex abrupto leur soutien sans faille à Emmanuel Macron.

Mais priorité à l'image, ressassait Léa Salamé.

A Hénin-Beaumont, salle Mitterrand, notez l'ironie du sort, on dansait chez Marine Le Pen. Une jolie brune – brune, forcément – moulée dans une robe couleur bleu marine, ultra courte semble bien s'amuser en dansant lascivement un rock mou avec un jeune godelureau. Ça promet. Puis une autre danseuse. Blonde, cette fois. Couleur plus ou moins naturelle. Tendance cougar à mèche pendouillant d'un côté, coupée ras de l'autre. On est moderne au Front. Elle aussi ondule du corps auprès d'un pas trop vieux. Pas encore l'âge de l'arthrose, faut profiter. On frotte. Elle a quelque chose de sale, cette façon de danser. Et tout le monde le sait, c'est bon quand c'est sale. On se demande si ça ne va pas se poursuivre en partouze. Enfin pour en terminer sur le registre danse, on a pu voir Madame mère et la sœur de Marine Le Pen bras dessus bras dessous avec d'autres proches réinventer un genre de bourrée bretonne. Hanter-dro über alles.

Reprise des témoignages de fans. C'est passionnant d'entendre ces gens qui n'ont pas grand-chose à dire. Et Léa persiste à vouloir faire dire que Mélenchon soutiendra finalement Macron pour faire barrage à Le Pen sous peine de passer pour un sale collabo. On sent qu'elle tient un truc. Chez "les insoumis", on tergiverse, il faut attendre les chiffres réels, pas s'arrêter aux estimations, la dernière fois, il y avait deux points de marge d'erreur…
Il faut les comprendre, il n'est guère aisé d'entrer dans les deux boutiques Macron et Le Pen.

Puis c'est l'apothéose. Priorité à l'image.

Du Macron à la sortie de son QG. Il brandit ses bras, fait le V de la victoire, il serre des paluches, claque la bise à des fans. C'est long et c'est bon. Puis du Macron. Arrivé au Parc des expositions. Il fend la foule. Lève les bras, fait le V de la victoire. Serre des paluches, claque la bise… C'est très long. Probable que ça doit être très bon, en vertu de l'adage. Ovation, drapeaux tricolores, foule en liesse. Il parvient à l'estrade avec son épouse. Il fait son Kennedy. Ah ! On est loin de Fillon et de son attachée parlementaire-gentle-woman-farmer. Le héros du jour va parler. Très pro, très stand-up. Il lève les bras, fait le V de la victoire… Il n'a pas de crampe. Après force clins d'œil à certains de son auditoire non identifiés – a-t-il appris cela au théâtre ? – le discours débute. Merci à tous et à Maman. Le public scande "Brigitte, Brigitte", puis, "on a gagné, on a gagné". N'oublie pas de cligner de l'œil durant les ovations. Très très longue séquence. Très très bonne, donc.

"C'est un président de la République que l'on voit ce soir" dit en substance Léa Salamé.

Plus tard, à l'issue du discours, du Macron, encore. Le Messie va manger. En voiture, cette fois. Dans les rues de Paris. Pas très loin, certes, mais en voiture. Un grand cortège de gros véhicules du genre fourgon, avec motards qui clignotent en contrebas. Visiblement, celui qui filme, le fait aussi d'un fourgon. Formidable ORTF. On se rappelle Sarkozy élu se rendant à la Closerie des Lilas. Emmanuel Macron, lui se rend dans une brasserie bien connue du quartier Montparnasse ? La Coupole ? Non pas. Les méchantes langues iraient dire que c'est là qu'il a rencontré Brigitte. Non. La Rotonde.

Sur le plateau, Poutou, interrompu pour laisser "place à l'image" s'en prend au porte-parole d'EM. Celui-ci a le calme du manager modern style. Il encaisse sans se démonter, à quoi servirait de s'énerver quand on a le pouvoir. Pauvre chti coco mon Poutou. Le voilà le changement de société. On laisse vitupérer, on n'en pense pas moins, on ne se justifie pas, de toute façon on fera comme on l'a décidé. Désarmant. On méprise, on ne le dit pas. L'autre n'existe tout simplement pas plus qu'un ectoplasme. Suffit d'attendre et de passer à autre chose. D'ailleurs Léa Salamé morigène Poutou qui jetait ses derniers feux puisqu'on ne le reverra plus, pour les "insultes" proférées à l'encontre des soutiens disparates de Macron.

Enfin, on apprend que Sens commun ne se prononçait pas en faveur de l'un ou de l'autre, mais que Christine Boutin appellerait à voter Le Pen si cette dernière s'engageait sur certains points… Ah ! A quoi ça tient, la miséricorde chrétienne.

Bilan de la soirée, il semblerait que l'ORTF ait d'ores et déjà choisi son champion pour le second tour, comme beaucoup d'entre nous d'ailleurs. Mais comme le disait de Gaulle à Yvonne :  « Je n'ai pas besoin qu'on me tienne la bite pour pisser droit ».

— Hein ? De Gaulle n'a pas dit ça ? Vous êtes sûr ?

Mais bon,  Léa Salamé ministre de la Culture et de la Communication, ça aurait de la gueule, non ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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