On nous l'annonçait avec force espérance, il y aurait à la télévision, un débat politique avec des vraies gens (sic) de toute évidence, nous serions plutôt habitués à voir nos politiciens interrogés par des gens virtuels... Des faux jetons, peut-être, mais d'authentiques personnes, tout de même. On aurait donc dû se méfier dès l'annonce d'une telle émission.
La chose se déroulait sur TF1, la chaîne dans laquelle l'élégance porte le prénom de Nikkos je lui attribue deux "k" pour la conformité phonétique l'humour celui d'Arthur et la délicatesse les noms de Pernaud, Bataille, Fontaine, Cauet, Courbet et De Chavanne.
Un "panel" de cent personnes, cent citoyens sans qualification particulière, devait poser les questions des "vraies gens au ministre de l'Intérieur. Pardon, au candidat de l'UMP à la Présidence de notre République.
Le bon peuple pourrait enfin s'exprimer sans se faire trahir par cette meute de chiens de connivence que représentent "les" journalistes. Le bon peuple en direct, face au candidat. Quoi de plus démocratique ? N'est-ce pas là l'essence d'une campagne "participative"?
La soirée se devait d'être arbitrée par une pointure, un homme qui fait autorité en matière de déontologie, et clause inscrite dans le cahier des charges de la chaîne qui plaît aux foules. Ce fut Patrick Poivre d'Arvor, onctueux, séduisant comme un yaourt, qui eut la lourde tâche de mener l'interrogatoire. Regroupant les questions ayant trait au même thème, attribuant de sa voix doucereuse la parole à tel interlocuteur, priant tel autre de ne pas relancer la discussion après que le ministre pardon, le candidat en eut terminé de son pensum, et invitant, un rien insistant, les "vraies gens" à poser des questions qui les concernent dans leur vie de tous les jours.
C'est ainsi que les braves gens, vraies en diable, ont évoqué leurs problèmes personnels, problèmes de lunettes peu ou mal remboursées, de retraites insuffisantes au point d'en paraître caricaturales, de soucis quotidiens, individuellement graves.
Le candidat, bien renseigné, répondait à tout, trouvait une solution à chacun. Se proposait d'équilibrer les retraites indécentes en supprimant, les régimes spéciaux qu'en sera-t-il de la retraite du Maire de Neuilly, du Député, du Président du conseil général des Hauts-de Seine, du plusieurs fois ministre, du président de l'UMP, etc.?
Quelques agressions vite déminées par notre sussurant journaliste présentateur, à propos des discriminations à l'encontre des homosexuels, quelques phrases patriotiquement définitives concernant les vraies gens pas tout à fait français d'un point de vue culturel, et le tour le mauvais tour était joué. On savait que les vraies gens se foutaient comme de l'an quarante d'un quelconque projet de société, impliquant collectivement les Français, le peuple n'est plus qu'un ramassis d'individus cherchant à sauver sa propre peau, à trouver une solution à ses petits tracas. Ceux qui en doutaient encore s'en trouveraient décalés et leur alternative n'est autre que de penser la société sur ce mode.
Hier soir, le programme de Sarkozy pour la France était très clair : "Chacun pour soi et votez pour moi".
Et TF1 a mis une bonne petite claque à l'intérêt pour la politique que pourraient éprouver des cerveaux à rendre disponibles.
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