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Les chroniques d'un ours, pacifiste mais qui ne perd pas l'occasion de grogner et de filer un coup de griffes ou de crocs quand on menace sa tanière. A noter que les chansons sont répertoriées auprès de la SACEM, certaines sont déjà pourvues d'une mélodie, et quiconque souhaitera en ajouter à son propre répertoire peut me contacter, je me ferai un plaisir de lui fredonner la chose.
Sommaire  Sommaire des chansons

 
Mercredi 12 décembre 2007
Le choc. Violent, impitoyable.
Hier soir au journal télévisé de France 2, le choc a eu lieu en direct. Le guide de la révolution libyenne face au guide de l'information du service public audiovisuel français. Ce dernier, David Pujadas, Pupu, pour les intimes, arborait un puissant brushing. Le coup de peigne meurtrier, pas un épi n'avait été épargné et n'osait soulever une pointe pour observer l'adversaire. Tout restait parfaitement en ordre, sage, discipliné, comme à l'ordinaire, comme le discours et le langage habituels. Bref, l'autonomie du cheveu sur le crâne de Pupu... Y a pas mèche. Sous le cheveu, le crâne. Sous le crâne, Pupu. Dans Pupu, la France. Face à la France : Mouammar.
Mouammar, comme on dirait "mon amour", avec une pointe d'accent oriental. Et Mouammar apparut au mieux de sa forme. Venu - pensait-on - se refaire une virginité morale, il avait demandé à rester deux semaines sur la terre de Pupu, Nick the First et sa chouette bande de conseillers et diplomates lui en avaient accordé une seule, ce qui déjà agace nombre de députés de tous horizons. Le vent tempêtueux soufflait, et s'engouffrant dans quelques caboches, on entendait "droits de l'homme, droits de l'homme".
"Que le désert libyen préserve le bédouin de ces funestes mirages, de ces auditives hallucinations", se surprit à prier le guide de la révolution.
Avec sa belle gueule de faux jeton, Mouammar avait - sans doute pour honorer ses hôtes et témoigner de son grand amour pour la liberté individuelle - laissé ses poils s'organiser à leur guise pour assister aux réunions officielles.
Duel capillaire au journal télévisé de France 2. Steevy Boulay a blémi. Frank Provost et Jean-Louis David ont l'espace d'un instant entrevu une opportunité de consolider leur stature internationale. En plus de coiffer, se dirent-ils, ne devrait-on proposer également un service dédié à la moustache et à la barbe?
La vie au grand air, dans une tente, même spacieuse, ne permet pas toujours ces petits soins que l'on se prodigue, en général le matin, bien des sans-abri vous le diront, et le rasage de Mouammar laissait à désirer. Mais quelle importance, il ne s'adressait qu'au peuple français et ses dirigeants.
Et Mouammar nous apprit qu'il n'avait pas entendu le vent tempêtueux. Que personne, empereur ou manant, ne lui avait sussuré "droits de l'homme". Comme s'il venait faire farce à Nick. Et comme les plaisanteries les plus longues semblent être les meilleures chez le fils du désert, il poursuit : "En Libye, nous ne connaissons pas les droits de l'homme. Les Libyens n'élisent pas leur dirigeant, les Libyens se dirigent eux-mêmes".
Rien ne bouge sous le casque de cheveux de Pupu. Pas d'étonnement. S'ils se dirigent tous seuls, pourquoi les Libyens ont-ils un dirigeant ? Pupu n'a pas posé la question, il ne le saura pas. Nous non plus.
Puis notre honorable visiteur ne tarde à ajouter (en substance) : "En revanche, ici et là, je remarque que chez vous, les immigrés sont bien mal traités. Ça n'est pas digne d'un pays comme la France".
Les Libyens seront sans doute ravis de voir leur dirigeant (quel luxe, se doter pendant plus de quarante ans d'un dirigeant coûteux et inutile, simplement pour le prestige que cela représente à l'étranger) invité à faire quelques emplettes, donner la leçon à l'une des plus grandes démocraties, autoproclamée pays des droits de l'homme, et à ces primaires que nous sommes, incapables de se diriger eux-mêmes, esclaves au point d'élire nos dirigeants.
Se foutrait-il de notre gueule ?
Nick the First va commencer, avec cette première humiliation, à sentir le goût du fruit libyen. Les traitres, chez nous, sont des petits bras, il n'a pas l'habitude du très haut niveau.
 
par François publié dans : Les Carnets de l'Ours
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Mardi 11 décembre 2007
"Les conditions de prise en charge des troubles psychiatriques dans les prisons françaises sont à différents égards contraires à la dignité humaine", estime, dans un rapport publié à Strasbourg, le Comité européen de prévention de la torture (CPT) composé d'experts du Conseil de l'Europe.

Placement et maintien en quartier disciplinaire ou d'isolement de malades souffrant de décompensation psychotique, intimité bafouée (nudité devant témoins) même lors d'examens médicaux intimes, entraves aux chevilles et menottage systématique au montant du lit, liens conservés pour tout déplacement y compris aux douches et aux toilettes, pour les détenus "soignés" au Centre hospitalier de la centrale de Moulins-Yzeure (Allier), le constat est sensiblement identique à la maison d'arrêt de Fresnes (Val de Marne) ; voila ce qui constitue le quotidien des détenus-patients et des personnels médical et pénitentiaire, chez nous, au pays des droits à parader de l'homme Khadafi.
"Tous les interlocuteurs rencontrés par la délégation, tant dans les ministères compétents (Justice, Santé) que sur le plan local, les personnels de santé et de direction dans les établissements visités, ont admis l'état dramatique dans lequel se trouve la psychiatrie pénitentiaire en France", insiste le CPT.
Vu le profit que l'on pourra tirer d'une quelconque amélioration de cette situation qui nous honore et nous rapproche davantage de notre nouvel ami Libyen, la question, on n'en doute pas un instant, sera bientôt réglée.




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Source : Reuters

par François publié dans : Les Carnets de l'Ours
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Lundi 10 décembre 2007
Ah que j'aime mon pays. Particulièrement aujourd'hui, où, journée des droits de l'Homme, nous recevons un grand homme de paix et de respect des droits fondamentaux humains.
Mieux qu'un grand homme, le colonel Khadafi devrait même constituer un exemple - exotique, certes - pour notre belle jeunesse oisive des cités de banlieue. Ne devrait-elle s'inspirer de notre nouvel ami redevenu fréquentable ?
Ne dirige-t-il pas son territoire d'une main de fer ? N'emploie-t-il pas toutes les ressources possibles pour rendre son peuple heureux : enlèvements déguisés, racket, financement et armement de groupes terroristes, quel candidat à la lutte armée et clandestine ne s'est-il pas entraîné dans un camp du désert lybien ?
L'homme est puissant dans sa région. Et riche. Et nécessiteux des coûteux produits que nous fabriquons.
Au terme de la réception du dictateur lybien, nous saurons combien valaient nos chers principes de "pays des droits de l'homme".  Quelle rigolade.
Alors, à gauche comme à droite, on s'indigne, on dénonce la "réalpolitik". Kouchner encaisse, s'énerve à l'occasion. Il proclame que signer des contrats avec un dictateur n'est pas incompatible avec les droits de l'homme, et qu'on aurait vite fait de perdre et les droits de l'homme et les contrats, en ne recevant pas celui qui a cédé devant l'efficace et secret charme de Cécilia. Car on nous le dit, on nous le répète, on ne cesse de nous le répéter : "nous avons libéré les infirmières bulgares, Khadafi a accepté de libérer les infirmières bulgares grâce à la diplomatie française", on ne va pas mettre en cause la diplomatie française qui a délivré les infirmières bulgares..."

Rama Yade rue dans les brancards. Elle est bel et bien belle et bonne, cette jeune femme ! Elle ne rencontrera pas Mouamar Khadafi. Elle n'y était de toutes façons pas conviée.

Après le voyage commercial de Nick the First en Chine et son bisou mouillé à Poutine pour le féliciter de son plébiscite, ô combien révélateur de la liberté dont jouit son peuple, notre beau pays des droits de l'Homme va-t-il enfin se décider à recevoir avec les honneurs qui leurs sont dûs les dirigeants de la Corée du Nord, du Zimbabwé, du Myanmar (Birmanie), de la République démocratique du Congo, pour ne citer que ceux-là.
Pourquoi s'arrêter en si bon chemin lorsqu'il est question du rayonnement de notre nation.

Gloire à la France qui comprend si bien les peuples opprimés.

par François publié dans : Les Carnets de l'Ours
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Mercredi 5 décembre 2007
Vous, les pauvres, avec vos mines de cafard, vous faites honte à votre pays!
Vos taudis, vos loques, vos allures faméliques et vos tristes dégaines, donnent une mauvaise image du l'embellie économique chinoise. Vous êtes priés d'aller étendre vos sales dépouilles encore vivantes sur des grabats moins visibles dans des quartiers que ne fréquentera pas le touriste sportif ce qui vous éloignera de vos lieux de travail,  vous contraignant à davantage de transport, vous rendra la vie plus difficile et aggravera votre pauvreté. Mais le prestige national vaut bien quelques sacrifices, non?

Le Centre sur les droits au logement et les expulsions (COHRE) a dénoncé ce jour, par la voix de son directeur adjoint Jean du Plessis, l'expulsion de 13 000 personnes par mois pour l'organisation en 2008 des Jeux Olympiques de Pékin. Ce qui devrait représenter depuis le début de l'organisation de ces jeux, un total d'un million et demi de personnes délogées, pas nécéssairement indemnisées.

Depuis qu'on le claironne, que les JO représentent une tribune ouverte pour la démocratie et une avancée pour l'humanisme, que le sport véhicule des valeurs humaines fondamentales, et vous n'êtes pas encore convaincu?
par François publié dans : Les Carnets de l'Ours
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Vendredi 30 novembre 2007
J'avais parlé de ce photographe qui avait saisi le monde ouvrier à travers le subjectif de son reflex.
A l'heure où certains veulent se débarrasser de mai 68, tout en organisant un "Grenelle" de l'environnement – on a la logique qu'on peut – on (France) m'informe que Jean-Claude Seine a mis en ligne quelques clichés de ce doux moment, cher au souvenir des gardes mobiles.

Mai 68

L'imagination au pouvoir !
par François publié dans : Les Carnets de l'Ours
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Vendredi 30 novembre 2007
Le chiffre du jour : 19 millions.
Le chiffre inutile, devrais-je dire. 19 000 000. Dix-neuf millions.
C'est le nombre de téléspectateurs présumés devant leut petit écran pour entendre le répétitif laïus de Nick the First.
A un moment, il s'est mis en boucle sur son sujet favori, j'ai cru être tombé dans une faille spatio temporelle. Il finit par devenir inquiétant.
Donc, au journal de France Inter, on nous annonce que nous étions dix-neuf millions devant notre télé branchée sur TF1 ou France 2. Arlette et PPDA et Nick the 1st, assis comme un VRP dans un fauteuil club après une rude journée de labeur, mais qui peut encore conclure une affaire avec un compagnon de bar.
Faut-il qu'on l'aime notre premier monsieur de France, pour être dix-neuf millions suspendus à son souffle.
Mais...

A-t-on compté ceux qui couchaient les enfants?
A-t-on compté ceux qui dînaient dos au poste, occupés à parler d'autre chose?
A-t-on compté ceux qui s'étaient engueulés, encore tout intérieurement à leur dispute, mâchant silencieusement leur frustration, leur tristesse et leur ressentiment?
A-t-on compté ceux qui terminaient l'apéro ignorant l'écran machinal pour véhiculer les derniers ragots du cercle des amis, s'échanger les petites nouvelles?
A-t-on compté ceux qui n'avaient partagé l'apéro qu'avec eux-même, en avait abusé et s'étaient endormis?
A-t-on compté ceux qui de retour d'une journée harassante se sont pendus au lustre ou tiré une balle dans la tête?
A-t-on compté ceux qui ont investi le canapé pour y faire des galipettes, malgré la télé?
A-t-on compté ceux qui n'attendaient que la suite du programme?
A-t-on compté ceux qui ont eu une crise cardiaque?
A-t-on compté ceux qui étaient au téléphone?
A-t-on compté ceux qui écrivaient une lettre anonyme?
A-t-on compté ceux qui relisaient perplexes la lettre anonyme reçue le matin même?
A-t-on compté ceux qui, dans l'ombre bouleversée par la fade clarté d'une télé chaotique, ourdissaient un cynique complot?*
A-t-on compté ceux qui comptaient le nombre de salariés qu'ils devraient licencier le lendemain?
A-t-on compté ceux qui, l'esprit ailleurs, nourrissaient de grands espoirs?
A-t-on compté ceux qui se nourrissaient d'illusions?

Ah bah oui, ceux-là, ils ont été comptés ! Dix-neuf millions. Moins les précédents.









(*) Je sais, ça ne veut rien dire, mais cette débauche d'adjectifs me faisait envie. On peut d'ailleurs s'amuser à les interchanger, ça ne change grand chose. Les adjectifs, c'est comme les chamallows, c'est bourratif, mais quelque fois on en boufferait jusqu'à étouffement. 
par François publié dans : Les Carnets de l'Ours
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Jeudi 29 novembre 2007
Moins de tribunaux égal moins de justiciables. La raison est simple, tous n'ont pas les moyens ou la vitalité pour se déplacer jusqu'au tribunal. Pour les petits délinquants, les comparutions immédiates et les peines planchers suffisent.
Moins de tribunaux des prudhommes égal moins de plaignants. Joli cadeau aux entrepreneurs indélicats qui verront encore moins de plaintes aboutir de la part d'un ancien avocat d'affaires.
L'Etat engage moins de frais et les entreprises aussi. C'est une mesure gagnant-gagnant, non ?
Et même, on va peut-être exporter le nouveau modèle français en Chine, vu le caractère expéditif de notre belle justice.
par François publié dans : Les Carnets de l'Ours
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Mercredi 28 novembre 2007
Toi aussi, homme, tu vas pouvoir rejouer la scène fameuse du film "Le Cœur des hommes" - le premier, pourvu que tu remplisses plusieurs conditions :
- il faudra te rendre dimanche à Vancouver dans la magnifique Colombie britannique ;
- tu devras te faire accompagner de trois amis ;
- tu devras être méchant.

Et regardant ce groupe de filles déambuler sur la scène, tu diras mi perplexe, mi désabusé :
"Putain, elles ont morflé, les Spice Girls !"
Ça fera rire tes copains. Ce qui à notre époque n'est pas négligeable.

Parce que les Spice girls reviennent en force pour une tournée mondiale au nom mûrement réfléchi : "le retour des Spice Girls".
La totalité des places pour le concert de Londres a, paraît-il, été vendue en 38 secondes.

Comme quoi, les filles épicées n'ont rien perdu de leur piquant.
A moins que les hommes qui ont du cœur se soient donné rendez-vous pour voir si elles ont morflé tant que ça.
par François publié dans : Les Carnets de l'Ours
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Mardi 27 novembre 2007
Ces gens des cités, il suffit qu'on tue un peu leurs gosses pour qu'un quartier s'embrase! Le peuple n'est pas raisonnable.

Certains voudraient que l'on parle d'un banal accident de la circulation, avec d'un côté des jeunes inconscients sur une mini-moto (dont on a mis en exergue la dangerosité), sans casque, grillant une priorité, bref, de jeunes inconscients dans leur tort, et de l'autre côté une voiture de police roulant normalement avec une cargaison de fonctionnaires caquetant paisiblement dans la tranquillité du soir.
Mini-moto mais choc maximal à en juger l'état dans lequel il a laissé la fragile voiture.
D'autres voient dans cette collision qui a coûté la vie aux deux adolescents une inconsciente agression de la part des policiers.

La population s'échauffe. Quelle population ?
Honnêtes habitants des cités ou cailleras flairant l'opportunité de mettre le feu au quartier ? Sincère émotion ou désir d'en découdre en exploitant un "fait divers" pour en faire un prétexte ?

Le simple fait de se poser la question démontre la méconnaissance que l'on a des cités et de leur population et l'ampleur du fossé entre les citoyens. Gens des cités, gens des villes, gens des campagnes : on s'ignore superbement. Rien ne circule. On ne se comprend pas et on ne veut pas se comprendre. Au siècle de la communication, les circuits sont bouchés.

On parle d'agression pure et simple de leur part à l'encontre des jeunes mini-motards. On parle de non assistance aux blessés. On parle de menaces faites à d'autres : "on va te filer un coup de pare-chocs".
Les autorités dédouanent rapidement les policiers des accusations qui leur sont faites. On témoigne d'une réaction immédiate et violente à l'encontre des policiers tentant de venir au secours des jeunes accidentés. De l'impossibilité d'agir due à l'agression de la population rapidement réunie sur les lieux.

Mensonges ? Mauvaise foi ? Injustice ? Personne n'est en mesure de faire confiance ou même simplement porter du crédit, qui à la police, au pouvoir, qui à la population des cités.

Bilan, le quartier brûle. Voitures, commerces, écoles.
Clichy, de nouveau. Pourtant, des actions devaient être entreprises pour que cela ne se reproduise pas.
Hors cité, les gens ne comprennent pas bien le rapport entre le chagrin mêlé d'indignation et la destruction des biens collectifs et privés. Hors quartier, les gens n'ont pas envie qu'on explique ce genre d'émeutes par la situation sociale des quartiers, encore moins qu'on les excuse.
Phrase d'élection : "nous aussi on a été pauvres – comprendre dans les années cinquante-soixante – on ne mettait pas le feu aux voitures, encore moins aux écoles, les écoles c'est sacré".
Hors quartier, on ne voit pas le mépris permanent fait aux résidents, l'abandon des cités. Hors quartier, on entend depuis des décennies que des mesures ont été prises pour insérer, aider, socialiser la population des cités, par les gouvernements qui se sont succédé. Et la situation empire. Comment expliquer que rien ne marche sinon en mettant en cause ladite population ?
Tout comme on met en cause le chômeur : s'il ne trouve pas de travail, c'est parce qu'il ne cherche pas, ou se surestime.
Qu'il accepte son sort sans se plaindre.
Tout comme on met en cause le malade : s'il a un cancer du poumon, c'est parce qu'il a fumé. Il était prévenu. Qu'il accepte son sort sans se plaindre.

Et hors cité, les gens des quartiers trouvent des défenseurs. Plus dangereux encore que ceux qui les mettent en cause. Ceux-là, veulent voir du beau, là où il n'y a que médiocrité, aboutissement quand il n'y a qu'ébauche, voix quand on n'entend que balbutiements ou vociférations. Ceux-là estiment que la morale est liberticide et qu'un reproche équivaut à une injure. Ceux-là, enfin, voient des fascistes partout et font facilement abstraction du bien commun ou d'autrui, acceptant tout par crainte d'être considéré comme raciste.

Voilà le sale ferment d'un conflit social majeur à venir qui se conclura dans le sang pourvu qu'il se généralise.
Du mépris, de la mauvaise foi, de l'oppression, de mauvaises raisons, de mauvais arguments, de la peur...

Mais gageons qu'avant cela, un couillon nous proposera officiellement la tenue d'un "Grenelle" des quartiers pour rétablir la paix sociale. (Comme nous autres, Français, brillons par notre capacité à imaginer, à conceptualiser, par notre inépuisable faculté d'innovation, nous trouvons 1100 réponses à "Grenelle des quartiers" dans Google).
Grenelle, c'est la panacée, solution par nature universelle, à tout problème insoluble.



par François publié dans : Les Carnets de l'Ours
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Lundi 26 novembre 2007
L'autre jour, à la télévision, à l'occasion de je ne sais plus quelle course transatlantique, j'ai eu cette vision d'horreur: une gigantesque vache rouge affrontait la houle. C'était la voile et la coque d'un catamaran qui promenait le mufle hilare de ce bestiau de pâte molle et insipide. La terre ferme ne lui suffisant plus, la vache s'en allait rire aussi sous les embruns. Marsouins et dauphins ne sont pas prêts de s'en remettre, de cette invasion bovine en milieu aquatique. Que connaissent-ils de la vulgarité de l'argent ? De cet aveuglement qui condamne le beau et le grandiose à arborer un logo, de ce manque de discernement qui ose accoler du Verdi, du Mozart, du Chostakovitch à des protège-slip, des boîtes de pâtée pour chat ou des assurances-vie. Salisseurs de vent.

Les vieux de la vieille, qui allaient au stade, Bollaert, Léon Bollé (Le Mans), Gerland, sont aujourd'hui d'autres marsouins et des dauphins. Ils n'auront plus dorénavant que la nostalgie d'un temps où les sponsors et les marques ne possèdaient pas tout à fait tout, et où le nom du stade pouvait à lui seul constituer une légende. Geoffroy-Guichard, le chaudron, l'enfer vert. Même quand on n'aime pas le foot, ça a de la gueule.

Le Mans est la capitale française des compagnies d'assurance, l'équipe de football du Mans évoluera dans un stade au nom d'une de ces sociétés philanthropiques.
Et l'on entendra bientôt dire :
"Samedi, on est allé à MMA, on a pris une branlée. Les joueurs manquaient d'assurance".
par François publié dans : Les Carnets de l'Ours
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