Quelques réflexions sur la communication visuelle de nos chers candidats.
Première livraison : Ségolène Royal.
Et vous, qu'en pensez-vous ?
La typographie fait immédiatement penser à la Une du Nouvel Observateur. La candidate sourit, presque trop, ou de façon trop mécanique, un sourire un peu carnassier. Un sourire à la limite de la crispation. A la limite, seulement. Un peu extatique. On se demande pourquoi, parce que les gens alentour n'ont pas l'air de rigoler. On ne sait si elle regarde quelqu'un en particulier, son regard porte loin. Vers l'Elysée, ou bien alors son regard est-il flou ?
D'ailleurs, au premier comme à l'arrière-plan, tout est flou. Pas de profondeur de champ. On se concentre sur elle. On aura tôt fait de dire que Ségolène est dans le flou. M'est avis qu'on peut dire autre chose
Derrière elle, un flash, probablement, crée un halo, une tâche blanche. L'éclair mange une partie de la chevelure de Ségolène Royal. Est-ce l'auréole de la Madone des sondages ? On aura tôt fait de dire qu'il y a des zones mal définies autour de Ségolène. C'est sûr !
En dessous est écrit Parti socialiste. Un petit parti, un gros socialiste. Ségolène serait davantage une femme socialiste qu'une femme d'appareil ?
Au-dessus : le slogan. Ségolène Royal – en rose – pour que ça change fort !
Etonnant cette association du verbe et de l'adjectif. On s'attendrait à pour que ça change fortement ou à pour un changement fort, mais les communicants de la candidate ont choisi cette bizarrerie syntaxique. Cette seconde possibilité excluait le ça. Le ça, c'est l'objet du désir.
Ceux qui ont pondu ce slogan ont intégré quelques notions de psychanalyse ! Ce petit mot fait écho au blog de Ségolène Royal, Désir d'avenir – dont le nom, entre nous, est un enfoncement de porte ouverte. Qui, à part le dépressif en phase terminale, souhaite ne pas avoir d'avenir ?
Par ailleurs, ça est lui aussi, flou. Suffisamment pour que le destinataire du slogan imagine ce qu'il veut (toujours l'objet du désir). Avec cette précision : que l'objet de ton désir change fort.
On a coutume de dire ça va mal ou rien ne va, ça recouvre la situation censée nous apporter le plus de confort ou bien-être possible. L'affiche ne dit pas pour que tout change ou pour que ça aille bien. Autrement dit, le destinataire – vous, moi – est un être qui connaît son désir (je veux changer ça, pas tout changer) mais s'en trouve frustré.
Alors, pourquoi ce fort, puisqu'on pourrait tout aussi bien espérer que ça change tout simplement ? Pourquoi introduire cette rudesse dans la volonté de changement. Pour faire plus révolutionnaire ? Tss. Tss. Elle ne veut pas tout changer, la dame, voilà qui serait radical, elle veut changer fort. Comme Karchozy veut rompre tranquille ? Peut-être peut-on noter là une similitude dans la volonté de rupture avec les préjugés et l'image des candidats. L'homme supposé fort se veut tranquille, la femme déclarée délicate se veut forte, pourquoi pas, mais fort renvoie également à l'aboutissement du désir (puisqu'on était dedans, si j'ose dire). L'acte se doit d'être fort, ainsi que le plaisir qu'on y prend.
Et d'ailleurs, ce sourire le prouve.
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