Quand un système est jugé mauvais, il faut en changer ou le supprimer, claironnent les zélateurs de l'abandon de la carte scolaire.
Donc, arguant de la liberté dont tout citoyen peut jouir, y compris d'aller faire étudier son enfant là où le parent le désire, le pouvoir en place a décidé de supprimer à terme la carte scolaire,
celle-là même qui permettait la mixité sociale. La mixité sociale, actuellement, ressemble à une mayonnaise qui ne prend pas. On aura tôt fait d'en rejeter la cause sur le système éducatif. Idem si
des aspects de la situation décrite plus loin semblent déjà actuels. Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage.
Quelles conséquences possibles, à terme plus ou moins long, recèle ce changement de cap ?
Les élèves seront admis dans tel établissement estimé meilleur que les autres, par sélection, parce que les capacités d'accueil seront limitées. Comme les places seront rares, elles seront chères,
loi de l'offre et de la demande oblige, et la sélection d'autant plus rude.
Les meilleurs se retrouveront avec les meilleurs, les médiocres (ceux qui atteignent la moyenne) cohabiteront avec les mauvais, les nuls, les paresseux, les idiots, et les futurs ministres de
l'égalité des chances.
En conséquence de la conséquence, la médiocrité s'étendra, s'enkystera, s'organisera. La loi du plus fort rêgnera. Les crétins costauds et agressifs domineront les faibles abrutis. Devant la
recrudescence de violence on trouvera que la solution réside dans la répression, le flicage et les caméras de surveillance. Evidemment, les différences sociales se trouveront d'autant plus visibles
et effectives. Le premier vivier de la délinquance sera constitué des émigrés et fils d'émigrés.
Ici, il est seulement question de sélection par les résultats.
On peut également imaginer un autre mode de sélection. Celle par l'argent.
Comme par exemple, un enseignement réservé aux enfants des parents qui auront pu payer des frais d'inscription élevés, si, par hasard, on devait réformer l'Education nationale, en instituant une
telle mesure. L'abandon de la carte scolaire permet cette tentation.
Il ouvre également la boîte de Pandore où sommeille la corruption. Quel brave fonctionnaire, directeur d'établissement, recteur ou autre, pourrait jurer la main sur le coeur qu'aucun de ses
homologues ne faiblirait pas, face à l'insistance d'un parent aisé lui tendant une enveloppe rebondie, ou d'un notable promettant l'attribution d'un privilège ou qui évoque la menace d'une
sanction.
Conséquence de la conséquence : une troisième caste de futurs adultes verra le jour. Celle des imbéciles et voyous aisés. C'est dans ce creuset qu'on dénichera nos futurs dirigeants.
Mais quelle importance, direz-vous, vous pensez que votre enfant fera partie de ces privilégiés qui iront étudier dans un "bon" lycée. De même que mes filles, bien entendu, comme tout le monde, je
veux le meilleur pour elles.
Voilà ce qu'il en est, de jouer sur la corde sensible et les penchants naturels de l'Homme.
L'abandon de la carte scolaire va de pair avec celui de l'espace collectif, du bien commun et de l'intérêt public.
A force d'aller à l'encontre de la notion de société, on finira par vivre tout seul derrière son ordinateur. Enfin, ceux qui seront allés à l'école pour apprendre à lire et à comprendre. Les autres
accèderont à la télévision et à la console de jeux.
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