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Surfing Joe est aux commandes

Publié le par François

Connaissez-vous Surfing Joe ? Non, certainement pas, et quand je dis certainement, c'est parce que j'en suis certain. Sans-l'ombre-d'un-doutement pas, que vous le connaissez, devrais-je même écrire. Du moins, pas sous ce nom-là. Normal, je viens de l'inventer.
Surfing Joe aime l'Amérique. Il aime les victimes. Et il aime le faire dire. C'est pour cette raison qu'il suit l'actualité de près. Pour toi, cher citoyen. Pour te donner le sentiment qu'il s'occupe bien de toi, que tes affaires sont les siennes, et réciproquement. Tu commences à entrevoir de qui que c'est dont il est question? Tu as du flair, toi.
Surfing Joe est un type formidable et son équipe n'est rien moins qu'épatante. Pour tenter d'exister dans l'ombre du petit chêne, les arbrisseaux de moindre acabit doivent pousser à sa manière. Et sa manière, il la tient d'une chanson qu'il fredonne tous les matins en se rasant et pas qu'en se rasant :

Parlez-moi d'moi, y a que ça qui m'intéresse
Parlez-moi de moi, y a que ça qui me donne l'émoi


Surfing Joe a de grandes oreilles. Une de chaque côté de sa tête. Il s'en sert pour écouter la radio et regarder la télé.
Je sais, ce dernier point tient de la performance, mais Surfing Joe a de la ressource. Il était avocat. En bon bavard, il ne fait qu'écouter si ce qu'il a dit a bien été répété.
Surfing Joe a bien compris que les autres gens ne différaient pas de lui. Pas sur ce registre, du moins. Alors, il s'intéresse à ce dont on parle. Du coup, on s'intéressera à lui. Ce grossier s'invite dans la conversation, c'est le coucou de l'info.

L'Europe fait des pieds et des mains pour secourir des otages menacés d'être exécutés. Surfing Joe apparaît en fin de parcours pour rafler la médaille.
Un pédophile agresse un enfant, Surfing Joe reçoit les parents, puis dégaine une loi.
Un clébard mal élevé croque une fillette, l'équipe de Surfing Joe considère qu'il faut une réglementation plus sévère.
Surfing Joe s'attelle à la tâche si elle a fait l'objet du sommaire du jité, le soir à TF1 ou France 2 et qu'on en a entendu parler à Europe 1.
Si tu as un problème, citoyen, débrouille-toi pour faire la une du jour, Surfing Joe pointera son museau et dira ce qu'il faut faire pour le régler. Si ton problème t'a bien amoché, il viendr même te serrer la main devant la France émerveillée de tant de sollicitude.
Mais attention, faut que ça saigne.
Eh bien oui, on n'a rien sans rien, faut y mettre du tien! Que ça émeuve la mèmère et le cadre moyen. Que le bourgeois ait des sueurs froides et l'ouvrier des envies de meurtre. Faut que les yeux s'écarquillent à l'annonce de la solution, sinon, ça servirait à quoi que le Résident de la Raie publique, son premier maître d'hôtel et toute la cambuse, ils se décarcassent ?
Faut que le sujet file des hémorroïdes à la populace, qu'on s'indigne, qu'on grelotte de rage ou de terreur - ou du moins qu'on frémisse du fignedé à la simple évocation de la chose inadmissible.
Attends, camarade, on ne fait pas le numéro, s'il n'y a pas de spectacle. Show must go on, mais si la salle est pleine. Et si la salle aime le granguignol, on ne va pas lui refiler de la tendre bluette ou du Brecht.
Si tu n'es que chômeur, tu ne feras pas une demi-ligne dans un gratuit cantonal. Pas une virgule à la radio.

Alors, les agents délégués des sous-fifres des assistants des larbins de Surfing Joe te répondront: "Quoi? Tu es encore au chômage? Mais vous êtes de moins en moins nombreux. Faudrait peut-être se lever plus tôt pour trouver du boulot... Du travail, encore faut-il en vouloir pour en trouver un... Les chiffres baissent, et toi, tu stagnes. Es-tu sûr de faire tout ce qu'il faut?"  
Avec tout ce qui se passe de grave dans le monde, t'as pas honte d'avoir un bête souci d'emploi? Citoyen, tu n'es pas sérieux. Allez, allume ton poste, et fais comme moi. Je suis dans l'attente. L'expectative extatique, j'halète d'impatience gourmande.
Que va faire Surfing Joe? Une loi sur la limitation de la capacité des congélateurs ?

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