L'autre jour, à la télévision, à l'occasion de je ne sais plus quelle course transatlantique, j'ai eu cette vision d'horreur: une gigantesque vache rouge affrontait la houle. C'était la voile et la
coque d'un catamaran qui promenait le mufle hilare de ce bestiau de pâte molle et insipide. La terre ferme ne lui suffisant plus, la vache s'en allait rire aussi sous les embruns. Marsouins et
dauphins ne sont pas prêts de s'en remettre, de cette invasion bovine en milieu aquatique. Que connaissent-ils de la vulgarité de l'argent ? De cet aveuglement qui condamne le beau et le grandiose
à arborer un logo, de ce manque de discernement qui ose accoler du Verdi, du Mozart, du Chostakovitch à des protège-slip, des boîtes de pâtée pour chat ou des assurances-vie. Salisseurs de
vent.
Les vieux de la vieille, qui allaient au stade, Bollaert, Léon Bollé (Le Mans), Gerland, sont aujourd'hui d'autres marsouins et des dauphins. Ils n'auront plus dorénavant que la nostalgie d'un
temps où les sponsors et les marques ne possèdaient pas tout à fait tout, et où le nom du stade pouvait à lui seul constituer une légende. Geoffroy-Guichard, le chaudron, l'enfer vert. Même quand
on n'aime pas le foot, ça a de la gueule.
Le Mans est la capitale française des compagnies d'assurance, l'équipe de football du Mans évoluera dans un stade au nom d'une de ces sociétés philanthropiques.
Et l'on entendra bientôt dire :
"Samedi, on est allé à MMA, on a pris une branlée. Les joueurs manquaient d'assurance".
Commentaires