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Les chroniques d'un ours, pacifiste mais qui ne perd pas l'occasion de grogner et de filer un coup de griffes ou de crocs quand on menace sa tanière. A noter que les chansons sont répertoriées auprès de la SACEM, certaines sont déjà pourvues d'une mélodie, et quiconque souhaitera en ajouter à son propre répertoire peut me contacter, je me ferai un plaisir de lui fredonner la chose.
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Mardi 27 novembre 2007
Ces gens des cités, il suffit qu'on tue un peu leurs gosses pour qu'un quartier s'embrase! Le peuple n'est pas raisonnable.

Certains voudraient que l'on parle d'un banal accident de la circulation, avec d'un côté des jeunes inconscients sur une mini-moto (dont on a mis en exergue la dangerosité), sans casque, grillant une priorité, bref, de jeunes inconscients dans leur tort, et de l'autre côté une voiture de police roulant normalement avec une cargaison de fonctionnaires caquetant paisiblement dans la tranquillité du soir.
Mini-moto mais choc maximal à en juger l'état dans lequel il a laissé la fragile voiture.
D'autres voient dans cette collision qui a coûté la vie aux deux adolescents une inconsciente agression de la part des policiers.

La population s'échauffe. Quelle population ?
Honnêtes habitants des cités ou cailleras flairant l'opportunité de mettre le feu au quartier ? Sincère émotion ou désir d'en découdre en exploitant un "fait divers" pour en faire un prétexte ?

Le simple fait de se poser la question démontre la méconnaissance que l'on a des cités et de leur population et l'ampleur du fossé entre les citoyens. Gens des cités, gens des villes, gens des campagnes : on s'ignore superbement. Rien ne circule. On ne se comprend pas et on ne veut pas se comprendre. Au siècle de la communication, les circuits sont bouchés.

On parle d'agression pure et simple de leur part à l'encontre des jeunes mini-motards. On parle de non assistance aux blessés. On parle de menaces faites à d'autres : "on va te filer un coup de pare-chocs".
Les autorités dédouanent rapidement les policiers des accusations qui leur sont faites. On témoigne d'une réaction immédiate et violente à l'encontre des policiers tentant de venir au secours des jeunes accidentés. De l'impossibilité d'agir due à l'agression de la population rapidement réunie sur les lieux.

Mensonges ? Mauvaise foi ? Injustice ? Personne n'est en mesure de faire confiance ou même simplement porter du crédit, qui à la police, au pouvoir, qui à la population des cités.

Bilan, le quartier brûle. Voitures, commerces, écoles.
Clichy, de nouveau. Pourtant, des actions devaient être entreprises pour que cela ne se reproduise pas.
Hors cité, les gens ne comprennent pas bien le rapport entre le chagrin mêlé d'indignation et la destruction des biens collectifs et privés. Hors quartier, les gens n'ont pas envie qu'on explique ce genre d'émeutes par la situation sociale des quartiers, encore moins qu'on les excuse.
Phrase d'élection : "nous aussi on a été pauvres – comprendre dans les années cinquante-soixante – on ne mettait pas le feu aux voitures, encore moins aux écoles, les écoles c'est sacré".
Hors quartier, on ne voit pas le mépris permanent fait aux résidents, l'abandon des cités. Hors quartier, on entend depuis des décennies que des mesures ont été prises pour insérer, aider, socialiser la population des cités, par les gouvernements qui se sont succédé. Et la situation empire. Comment expliquer que rien ne marche sinon en mettant en cause ladite population ?
Tout comme on met en cause le chômeur : s'il ne trouve pas de travail, c'est parce qu'il ne cherche pas, ou se surestime.
Qu'il accepte son sort sans se plaindre.
Tout comme on met en cause le malade : s'il a un cancer du poumon, c'est parce qu'il a fumé. Il était prévenu. Qu'il accepte son sort sans se plaindre.

Et hors cité, les gens des quartiers trouvent des défenseurs. Plus dangereux encore que ceux qui les mettent en cause. Ceux-là, veulent voir du beau, là où il n'y a que médiocrité, aboutissement quand il n'y a qu'ébauche, voix quand on n'entend que balbutiements ou vociférations. Ceux-là estiment que la morale est liberticide et qu'un reproche équivaut à une injure. Ceux-là, enfin, voient des fascistes partout et font facilement abstraction du bien commun ou d'autrui, acceptant tout par crainte d'être considéré comme raciste.

Voilà le sale ferment d'un conflit social majeur à venir qui se conclura dans le sang pourvu qu'il se généralise.
Du mépris, de la mauvaise foi, de l'oppression, de mauvaises raisons, de mauvais arguments, de la peur...

Mais gageons qu'avant cela, un couillon nous proposera officiellement la tenue d'un "Grenelle" des quartiers pour rétablir la paix sociale. (Comme nous autres, Français, brillons par notre capacité à imaginer, à conceptualiser, par notre inépuisable faculté d'innovation, nous trouvons 1100 réponses à "Grenelle des quartiers" dans Google).
Grenelle, c'est la panacée, solution par nature universelle, à tout problème insoluble.



par François publié dans : Les Carnets de l'Ours
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