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T'as fait ton devoir de mémoire ?

Publié le par François

Les mères de famille vont devoir ajouter une phrase rituelle à leur memento lexical à destination de l'élevage des petits boulets. Aux "Dis bonjour", "Embrasse Mamie, mais non, elle ne pique pas", "Tu t'es lavé les mains ?", "Tu as brossé tes dents ?", "T'as rangé ta chambre ?" "Tu as appris tes leçons ?", il va falloir seriner à l'écolier paresseux :  "Tu as fait ton devoir de mémoire ?" 
Autrement dit :  "As-tu honoré la mémoire du petit Juif mort sur la croix pour racheter tes péchés", euh, non, "As-tu honoré la mémoire du petit Juif mort dans un camp d'extermination par la haine, la folie et l'intérêt, ou tout simplement l'indifférence des hommes, pas tous les hommes, mais beaucoup ?" En tous cas, plus qu'on ne le dit, histoire de s'exonérer d'une culpabilité transgénérationnelle – c'est bien connu, les salauds, c'est les autres et s'autoamnistier ne coûte pas cher.

L'élève paresseux, enfin, que l'on dit paresseux, mais qui, simplement, n'est pas convaincu que ce qu'on tente de lui apprendre à l'école présente un intérêt méritant autant de contraintes, de remontrances, de conflits, de frustration de nuages et de petits oiseaux, bref, l'enfant paresseux souffle. Un long "pffff" s'échappe de ses lèvres tandis que son courage se dégonfle. En son for intérieur, il se dit "il fait chier, ce Juif". Ainsi naît l'antisémitisme.

Nick the First, empereur bien aimé de tous les Français de souche plus ou moins hongroise et de quelques autres, a eu l'idée de faire parrainer un enfant juif victime de la Shoah par les élèves du cours moyen deuxième couche (CM2), avec pour mission de faire revivre sa mémoire. S'ensuit, bien sûr une polémique tous azimuts. Traumatisera, traumatisera pas nos chères petites têtes vides, pleines de Star'ac, de pub TV, de football et de PlayStation ?  Emergence d'une mémoire mortifère du passé. Porte d'entrée pour toutes les surenchères communautaristes... C'est le jeu politique, tout ce que dit, fait ou pense Nick the First, est sujet à caution, livré à l'examen du bon peuple que l'on prétend souverain.

Il n'empêche. L'idée paraît bonne, quand il s'agit de faire porter le fardeau de l'Histoire par d'autres et que ça peut flatter une communauté qui – imagine-t-on – n'aspire qu'à plebisciter celui qui pense à elle. Mais la ficelle est grosse, sinon grossière. Faudrait voir à pas prendre Nathan pour une buse.
Un mauvais esprit, et il n'en manque pas, verrait là une sorte de clientélisme bon teint. Qui peut se permettre d'aller contre un tel argument qu'il faut entretenir le souvenir pour que l'Histoire ne bégaie pas ? Alors que les bons pasteurs de l'Education nationale n'en font pas moins à travers leurs cours, par des visites de classes au mémorial de la Shoah, qui propose toute une gamme d'activités pour enfants de tout âge. Et c'est en 2008 qu'on songerait à entretenir le "devoir de mémoire" dans le ciboulot des gosses.

Ainsi, Maxime représentera Isaac, Mohammed se chargera du souvenir de Moshe et Idriss celui d'Elirone. Et Nicolas aura à se remémorer "les Justes", ceux qui au péril de leur vie et de leur famille ont, pour rien, accueilli et protégé des Juifs durant l'Occupation. Pour rien. Pour n'en tirer aucun profit ni aucune gloire. Enfin presque pour rien, juste par humanité.

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