Jamais je n'ai acheté un disque de Claude François. Je n'aimais, ni n'aime davantage aujourd'hui, ce nabot sautillant à la voix nasillarde et pourvoyeur de sentiments de supermarché qui suscitait
les cris suraigus de pomponnettes à peine pubères à qui on faisait croire qu'elles pourraient tenir auprès de leur merle frénétique, le premier rôle dans une pièce romantique où l'amour fou
qu'elles ne connaissaient que par ouï dire n'était qu'une baudruche parsemées de paillettes. Il importait que les culottes soient détrempées pour donner au héros le lustre du séducteur.
Il n'empêche que je connais, sinon par cœur – mon malheureux organe ne le supporterait pas – bon nombre de ses chansons, matraqués que nous avons été par les radios et les émissions de télé
façonnées par Guy Lux (et consorts) des productions excrémentielles de ces nullissimes yé-yé et autres avatars de la chanson de variété pour jeunes et mèmères mélancolico-ménagères.
A l'époque de Claude François, j'aimais Jacques Brel. En 1978, à peine avait-on enterré Cloclo, son téléphone qui pleure et son jouet extraordinaire, que Maître Jacques revenait des Iles Marquise
pour mourir à Paris. Le premier n'a pas vu le printemps, le second est parti à l'automne.
A l'époque de la commémoration de Claude François, j'aime toujours Jacques Brel. Et toujours pas Cloclo.
Je redoute le moment où Johnny Halliday va passer l'arme à gauche (c''est bien la seule chose qu'il aura mise à gauche !*), car après les dégoulinades d'usage, à chaud, on aura droit à l'hommage
répété, d'année en année au début, puis tous les cinq ans, les dix ans, etc. Avec Drucker, Bern, Cauet et les autres. Avec des artistes bruyants dont le plan de communication recommandera de
brailler les inepties de l'idole des jeunes, avec les amis "historiques" du chanteur, avec les femmes successives du chanteur, avec les enfants (voire les petits enfants) du chanteur, avec
les sosies du chanteur.
Que ça va être pénible !
S'il te plait, Johnny ne meurs pas.
(*) Avec un peu de pognon tout de même.
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