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Les ferments d'une révolution

Publié le par François

Ça va finir par bien faire. Le mécontentement gagne. A force de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, on s'aperçoit qu'on n'y voit goutte. Où est l'interrupteur qu'on allume ?
Un référendum sur le projet de constitution européenne auquel le bon peuple a répondu niet, à interprèter texto par "non, on ne veut pas de cette Europe-là" se traduit dans nos médias par "l'échec du référendum", preuve que les jeux étaient décidés avant la donne, hélas, le résultat escompté n'a pas été à la hauteur et le vil peuple a transformé le carré d'as en paire de sept. Il convient donc de passer outre.
La hausse exponentielle de la dette publique est traduite par nos dirigeants par "les agents de votre service public coûtent trop chers, vos dépenses de santé sont trop élevées, votre système éducatif grève le budget de l'état, vos tribunaux nous coûtent les yeux de la tête...", mais jamais par "nous gérons mal l'argent public, nous nous octroyons une part trop grasse de l'argent qui rentre, nous vivons au-dessus de vos moyens".
Une élection, certes d'élus locaux, vire au fiasco du parti gouvernemental, la débâcle est analysée comme une invitation à continuer, à ne pas changer de route, à accélérer.
Imaginez-vous le passager d'une voiture signalant vigoureusement au conducteur qu'il se dirige droit dans le mur auquel ce dernier répondrait "ah oui, c'est juste, je vais donc appuyer sur le champignon, c'est bien ce que vous me suggérez".
Ceux qui se trouvent en position dominante, que l'on nomme (qui se nomment ?) élite n'en font qu'à leur tête, n'écoutent pas le peuple, n'entendent que brouhaha et bouillie pour chiens et chats dans les récriminations que leur fait le peuple, tant, il est vrai, que la celui-ci est multiple, foule bigarrée et anonyme. Et invisible. Ils ne le voient pas davantage qu'ils l'entendent, pas habitués qu'ils sont à baisser les yeux.
Qu'il travaille le peuple. Et qu'il paye. A nous, les gens bien installés, de gérer pas à pas sa râlerie au fil des polémiques, savamment isolées les unes des autres. La recette est vieille comme le monde : "diviser pour régner". Diviser, non pas un mouvement, mais les sujets de discorde.
Saupoudrer les feux qui couvent de petites mesures, de petits reculs ponctuels et continuer de rendre responsables les mécontents d'une situation qu'ils subissent.
"Je serai le président du pouvoir d'achat", avait seriné Nick the first, un vrai merle à la mélodie enchanteresse. Il n'avait pas précisé à quel détenteur du pouvoir d'achat il faisait allusion. Et il a affiché ses goûts, ses aspirations au clinquant, au doré, au luxe criard, ceux d'un vrai marle. Jamais un Garde des Sceaux n'avait été stigmatisé pour ses dépenses somptuaires, frais de représentation inouïs, affichés en France et ailleurs, où sa mission ne l'appelle pas spécifiquement.
Quant au pouvoir d'achat, le nôtre, il n'augmente pas. L'explication est tellement simple qu'on s'étonne encore qu'il faille la répéter, nous ne travaillons pas assez. Les dirigeants des entreprises du CAC 40 dont les bénéfices grossissent telles des tumeurs incongrues doivent sans doute délaisser le golf, la chasse et les balades en yacht, tant ils travaillent. De l'aube au crépuscule du soir, à l'évidence. Probablement trente-cinq heures par jour.
C'est aussi que l'argent travaille. Les pauvres ne font pas travailler leur argent, ils ne sont pas raisonnables, non plus.
Le pouvoir d'achat n'augmente pas, certes, mais le prix des denrées, oui. Et pas qu'en France. Les pauvres des pays pauvres se mettent à ruer dans les brancards. Le riz, le maïs, le blé, aliments de base deviennent de moins accessibles aux populations. Le monde a faim. Les riches actionnaires des entreprises mastodontes et leurs laquais bien nourris ont-ils l'ouïe suffisamment sensible au grondement du tonnerre ? Ou sont-ils présomptueux au point de croire qu'ils  sont protégés contre les intempéries de toute sorte ?
Les pauvres des pays pauvres se mettent à ruer dans les brancards. Qu'attendent ceux des pays riches ?
Une pénurie !
Une bonne vieille pénurie causée par un cataclysme climatique, écologique ou sanitaire, qui ne saurait se faire attendre trop longtemps au rythme où s'enchaînent les actions en faveur de la sauvegarde de la planète.
Il est usuel de prétendre que l'on récolte ce que l'on sème. Nous avons là les ferments d'une révolution.

Bonne nouvelle, il en faut, le prix du caviar grimpe moins vite que celui des nouilles.

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