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Lettre aux Français ou "Faut-il boire le jour d'une élection présidentielle ?"

Publié le par François

Mes chers concitoyens,
Je vous le dit tout net, vous êtes indécrottables. Vous devez boire. Probablement. A n'en pas douter. Et trop.
Vous vouliez du changement, à savoir, rompre avec le chiraquisme. C'est fait.
On vous mentait, on vous volait, pensiez-vous, du moins c'est ce que vous aviez exprimé juste avant le deuxième tour de l'élection présidentielle de 2002, lorsque le spectre de l'arrivée du Front National vous semblait – à juste titre – un affront national.
Il fallait coûte que coûte réélire un homme, sympathique au demeurant,  que vous disiez menteur et voleur.
Bilan de la chose, vous avez eu droit à du Raffarin, onctueux et abscons et à du Villepin tellement en phase avec le peuple qu'on s'apprêtait à lui présenter les écrouelles afin qu'il les guérisse, avec en sus, du Sarkozy à l'économie et à l'Intérieur en père tape-dur.
Cinq ans plus tard, de nouveau devant le choix de votre dirigeant, vous avez cru en la bonne parole volontariste de ce dernier, qui réduirait la dette – votre dette, c'est vrai que vous êtes assez dispendieux – qui réformerait la lenteur, la lourdeur et l'inefficacité de l'administration, qui vous promettait monts et merveilles, réduction du chômage, hausse du pouvoir d'achat, sécurité dans la rue, réhaussement de l'éducation, cohérence du système de santé, qui vous concoctait une politique familiale grâce à laquelle vos déjà nombreux enfants pourraient naître et grandir dans la dignité. Si ça se trouve, vous en avez même profité pour copuler comme des animaux, vous disant que tout irait bientôt mieux.
Au soir de l'élection, vous avez joui. Vous avez joui, veuillé-je dire, du spectacle offert, par voie cathodique à la basse extraction que vous êtes, du triomphe du clinquant, de l'argent facilement dépensé avec les amis fidèles dans un restaurant tape à l'œil, puis aux vacances au fil de l'eau sur yacht de luxe, en lieu et place d'une retraite annoncée comme quasi-monacale.
Oui, mes chers concitoyens, le luxe, vous y avez droit. Vous avez droit de le déguster sur petit écran, de constater son existence grâce à la radio commentant les quinze milliards de paquet fiscal.
Vous avez droit à la transparence d'un salaire élyséen qui lutte âprement contre l'inflation. Vous méritez cette fierté éprouvée devant le ministre prenant l'avion pour boire des coups avec Sa somptuosité.
Vous méritez cet autre ministre – issue de la diversité, ce n'est pas du flan – qui hisse sur ses frêles épaules, le rayonnement de la haute couture française.
En contrepartie de ce spectacle magnifique, vous fournirez un modeste effort, en rognant légèrement sur vos allocations sociales d'assistés, vous accepterez le digne emploi, quitte à laisser de côté 30% de votre ancien salaire, que vous avez malencontreusement sacrifié au profit d'une sinécure oisive financée par l'Assedic.
On promettait un RSA aux érémistes ? Ne sont-ils déjà habitués à une certaine rigueur propice à la réflexion, à l'instar des moines pratiquant l'ascèse ? Changer brutalement de train de vie risquerait de leur porter un grave préjudice tnt physique que psychologique, et cela serait inacceptable.
Vos tribunaux, ceux par lesquels vous espériez faire rendre gorge à l'employeur indélicat ou à la petite frappe seront certes plus clairsemés, mais pourquoi aussi, êtes-vous si pointilleux ? L'argent, ça va, ça vient, On en gagne, on en perd, il circule, c'est sa fonction.
Vos écoles manquent d'enseignants ? Vous êtes-vous demandé si vos enfants ne seraient pas plus épanouis dans la vie active ?
Vos hôpitaux, à quelques exceptions près, sont déliquescents ? Avez-vous déjà franchi la porte d'un hôpital ? On n'y voit que des malades, c'est très déprimant, il est préférable de ne pas y aller ; et la sagesse populaire l'affirme : "Mieux vaut être riche et en bonne santé, que pauvre et malade".
Les prix des produits de première nécessité augmentent ? Vous n'êtes pas les plus mal lotis, parlez-en autour de vous, au Sénégal, en Egypte, je n'aurai pas l'outrecuidance de dresser la liste pitoyable des affamés qui claquent du bec de par le monde. Et songez également que les colporteurs de denrées doivent bien vivre, aussi. Vous ne voudriez tout de même pas grever le budget d'une caissière de supermarché.
Alors, je vous le dis, mes chers Français, ne vous impatientez pas. Bientôt les Jeux Olympiques !
Et continuez de boire.

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