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En avoir ou pas

Publié le par François

S'il faut le préciser, je dirai que je suis agnostique. Je ne sais pas si un dieu existe, si un esprit, une entité "supérieure" a créé ce monde avec l'univers qui va bien autour et des monceaux d'infiniment petit répartis comme il faut à l'intérieur. Je ne le sais pas et je m'en tape. Après tout, j'ignore environ six milliards d'individus qui me le rendent bien, personne n'en fait un drame, je ne ferai pas l'exception pour un vieux barbu – qu'on dit (*) – infoutu d'empêcher que des sulfites viennent s'immiscer dans mon pinard. Mes préoccupations ne vont pas si haut. Quand bien même il y aurait eu, un être fondateur au démarrage du grand tout, rien n'indique davantage qu'il y a toujours. Et quand bien même, il y aurait toujours, rien n'indique que nous, animaux à poils courts ou longs, à plumes ou à écailles, à papattes ou à jambes, à ailes, à nageoires ou à cils vibratiles, intéressions le vieux bougre au point qu'il faille joindre les extrémités antérieures, se mettre le cul en l'air en s'esquintant les genoux, se cacher sous un chapeau, masquer sa face, ses cheveux, son corps ou enfiler des sandales ridicules en chantant des mélopées propres à insulter Euterpe et Erato. 
Pour couper court aux interminables conversations, je préfère afficher un athéisme rédhibitoire, passant pour un un indécrottable mécréant. Bref, dieu et moi, on ne mange pas à la même table et personne ne s'en plaint. Je le laisse bien douillettement installé dans l'imagination des croyants, tant que ces derniers ne viennent pas tenter de me persuader que prenant une autre route que la leur, je suis non pas dans l'erreur, mais dans la faute, je laisse psalmodier dans le huis-clos. Mon athéisme ne va pas jusqu'au militantisme.
Plus encore qu'agnostique, je suis anticlérical. D'un anticléricalisme  humaniste, social ; c'est-à-dire qui s'en prend au pouvoir de l'homme d'église, qui ne reconnaît pas de supériorité du prélat sur le fidèle et encore moins sur l'ensemble des hommes, d'un anticléricalisme qui replace la religion et la croyance dans l'intime et les tient loin des affaires publiques. Quand l'homme parle au nom de dieu, c'est toujours l'homme qui parle. Quand paraît le prélat, la religion devient un autre mot pour dire politique.
Sa Sainteté le pape, SS Benoît Seize (pourquoi les papes ont-ils donc tous des noms de chiffres ?) vient-il à Lourdes pour célébrer les hallucinations d'une jeune innocente – ce qui soit dit en passant nous coûte bonbon à nous autres contribuables mécréants, gentiment silencieux, respectueux de tous les termes de notre laïcité – que la France lui déroule le tapis rouge. Notre petit empereur lui offre sur un plateau d'argent le discours qui tue, lui faisant entrevoir un retour au bercail de la France qui s'est naguère affranchie du pouvoir du Vatican, qualifiant de folie une société sans dieu, appelant de ses vœux une laïcité positive, ce qui revient à considérer que la laïcité actuellement en vigueur n'est pas positive. Pas assez positive ? Ça fait pourtant un moment qu'on ne fusille plus les prêtres, dans ce pays.
L'Eglise ne reçoit pas assez de financement pour son petit commerce ? La prise en charge des coûts de rénovation de certains lieux de culte n'est pas suffisamment grande ? L'Eglise souhaiterait peut-être intervenir davantage dans nos affaires, dans notre diplomatie, dans nos isoloirs électoraux ?
C'est qu'il vendrait notre âme républicaine, le roitelet, en caressant la bigote dans le sens du poil.
Faut-il rappeler que la France n'est PAS la fille aînée de l'Eglise. Nous ne sommes plus au temps de Clovis, de Charlemagne, et des cardinaux premiers ministres. Nous ne sommes plus non plus à l'époque de Pie XII, pape qui a dû règner dans une Europe où fascisme et nazisme arboraient derrière un matérialisme forcené, le faux nez de l'attachement au christianisme et où il fallait par diplomatie positive ne pas trop regimber et regarder ailleurs, vers le bolchévisme, par exemple.
La laïcité préserve les croyants de tous poils et les met sur un pied d'égalité, tant sur le plan des droits que celui des devoirs, et n'est pas négation des religions ou interdiction des cultes. Elle n'a pas à être qualifiée de positive ou négative. Si l'exhortation de Benoît XVI à ses ouailles de porter la croix en tant que symbole de leur foi et non en tant que bijou, est applaudie par les chrétiens et Nick the first en premier lieu, il faudra concevoir, tolérer que des voiles musulmans et autres signes extérieurs de religiosité fleurissent partout. Et pourquoi pas des muezzin qui viendraient nous seriner, sono à fond, la convocation à la prière cinq fois par jour, depuis très tôt le matin à assez tard le soir.
Merci bien. Baisse le volume ! A quand les vaches sacrées déambulant rue du Faubourg Saint-Honoré ? Et des sacrifices de poulets dans le rythme du candomblé ?
A moins que laïcité positive ne concerne que la seule religion chrétienne, dans sa forme traditionnelle et dans sa forme nouvelle, à la sauce américaine avec ses prédicateurs qui se produisent de plus en plus souvent dans les banlieues. Et Américain, c'est moderne ! La rupture vaut bien une messe.



(*) Vieux barbu, image d'Epinal, mais qui prouve que dieu n'est pas un beau gosse, un éphèbe doté d'une immuable finesse de trait, ou une femme plantureuse, ou un scarabée à la coque dorée, ou une vipère à la peau moirée. En vérité, je vous le dit, j'ai vu dieu. C'est un chou. Je me le suis farci et je l'ai mangé avec un Chanturgues, un petit vin auvergnat qui ne paye pas de mine.

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