Bien. Les Amerloques ont élu Mister Obama, ci-devant métis, couleur café au lait. Miam. Tout comme Rama Yade, on en mangerait. Et nous, que fait-on ? En France, qu'elle est le pays des ceci-cela,
qu'elle a mis un terme à l'esclavage, hormis peut-être dans quelque demeure bougeoise et parisienne où la jeune Philippine au pair se voit privée de passeport. Ça s'est vu.
Nous, on cherche. On cherche qui, homme ou femme à la peau sombre pourrait être mis en valeur, pourrait, figure de proue, telle la statue de la Liberté, indiquer au monde émerveillé que la France
n'est pas raciste.
Hortefeux ? Certes, il n'est pas noir. Mais il n'est pas blanc ! Rose, presque rougeaud. Ça ne compte pas ? Bigre, ça se complique.
Alors qui ? Un qui serait issu d'une minorité visible. J'adore ces termes qui fleurent fort la bienpensance. Et merde aux minorités invisibles, alors ! C'est qu'on en veut un, nous aussi de grand
nègre bien habillé au sourire ravageur, symbole d'espoir pour tous ceux qui sont considérés comme des loquedus, des pousse-mégots.
Bon, on a bien un préfet sous le coude, mais les Harry Roselmacq ne se bousculent pas au portillon. Ah ce problème de la représentativité !
Ah bien regarder les étiquettes qu'accrochent à nos revers le service général des ressources humaines, la carrière politique n'est pas un truc pour tout le monde. Pas plus que la haute fonction
publique. Pour un Noir bien bâti, mieux vaut tenter la course à pied, le football, ou éventuellement un autre sport. Ou le rap, pour ceux qui ne supportent pas les drogues trop violentes. Ou
chroniqueur lanceur de vannes dans un talk show. La télé s'y est mise quelques temps après les émeutes de Clichy, embauchant des potiches nouvelle vague, discriminées positivement, reproduisant en
cela la même stratégie d'évitement d'accusation d'ostracisme que nos partis politiques – Front National inclus – qui consiste à exhiber au premier rang d'un rassemblement de cadres, son Noir, son
Maghrébin, son Asiatique, et quelque fois même à le faire s'exprimer. Pour affirmer que le parti en question n'est pas raciste, bien entendu, à chacun sa mission.
Les plus futés d'entre eux, ces partis, vont chercher des responsables d'associations ou d'anciens sportifs.
Mais il ne suffit pas de chercher qui on pourrait faire émerger. Il suffit de regarder dans son entreprise. Ceux qui travaillent dans un restaurant parviendront aisément à constater qu'à la
cuisine, à la plonge et au réchauffage des plats, on ne craint pas d'employer un Noir. Tout comme dans les entrepôts où l'on décharge, on l'on remplit des bidons, des camions. Ou dans les bureaux.
Ne voit-on pas quotidiennement des Noirs arpenter les open-spaces ? Mais si ! Tôt le matin ou le soir. Ils se font précéder d'un chariot muni de balais, chiffons, produits de nettoyage divers.
Et dans nos supermarchés, nos parkings, nos boîtes de nuit, même. Celui qui vous surveille, c'est un Noir.
Moins en salle de restaurant, et moins dans les bureaux à proximité de la direction générale. Et dans nos élites... Où ça ?
Autant dire que la France Black-Blanc-Beur, était aussi éphémère et illusoire qu'une coupe de monde de foot. Un grand moment musical, une symphonie pour pipeau et tambours battants en trois
mouvements.
Plutôt que de chercher la personnalité providentielle, de chercher une recette à base de discrimination positive ou de quotas, qui n'a qu'un effet : marquer les différences, et donner des
illusions, ne devrait-on pas se mobiliser pour l'école et l'éducation. Pousser les enfants plutôt que les traîner. Faire entrevoir un avenir possible à défaut d'être radieux plutôt que de faire
miroiter l'accès à la célébrité et la réussite sociale via une paire de pointes, de gants de boxe, un ballon rond ou un micro. Plutôt que la démagogie à médiatiser les cultures populaires, à en
vanter une fausse excellence, pourquoi ne pas vanter l'excellence en laissant s'exprimer les cultures populaires, sans les encenser pour ce qu'elles ne sont pas ? Respecter, c'est offrir aux autres
les mêmes choix dans le même environnement que le sien.
Et si on veut vraiment lutter contre les inégalités de représentativité, il ne suffit pas de convier des Rachida Dati, Rama Yade et autre Fadela Amara, mais surtout, on s'abstient de sêcher les
obsèques des grands poètes antillais, on évite les sorties du type discours de Dakar. Je dis cela en espérant, bien entendu, que ces trois ministres ne sont pas considérées comme des potiches
prétextes.
Après avoir été tour à tour des Juifs Allemands, des New Yorkais du 11/9, des Américains pro-Obama anti-Alabama, nous sommes tous des Aimé Césaire.
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