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Aujourd'hui, quand il y a une grève, personne ne s'en aperçoit

Publié le par François

Faraud. Hâbleur. Va de la gueule. Grande victoire sur les syndicats caca que le service minimum lors des grèves dans le service public. Fallait qu'on s'en aperçoive, nous autres citoyens yenyen. "Aujourd'hui, quand il y a une grève, plus personne ne s'en aperçoit", qu'il a dit le phare du XXIe siècle
J'adore ce genre de phrase. Elle est digne du XV d'Angleterre dans ses meilleurs jours. Une provocation faite pour humilier ; mais une moquerie dont on sent confusément l'absence totale de finesse.
Précisément, j'entends en imagination le commentaire et le rire carnassier de la vieille sorcière qui boit son café au bistrot "Le Chevillard" à Puteaux et qui n'aime pas qu'on parle des petites affaires embrouillées des élus des Hauts-de Seine, mais qui, en revanche ne manque de jeter haineuse, les noms des "socialos" qui se distinguent eux aussi par quelques petites affaires.
"Ah Ah ! Comment qu'il  leur a mise dans la gueule, celle-ci. Ah Ah !"
Quelle vieille sorcière ?
C'était il y a environ trois semaines. Je buvais également un café au comptoir. J'avais caressé son petit chien.
"Ah vous avez de la chance qu'elle ne vous morde pas" m'a-t-elle dit, une fois le mimi au toutou prodigué.
En mon for intérieur, je me disais que sachant que son york avait un goût prononcé pour le machouillis de phalanges, elle aurait pu me prévenir plutôt que de constater l'extraordinaire pacifisme de sa bête.
Elle lisait les nouvelles dans le Parisien et les commentait à l'intention de la serveuse qui s'occupait à autre chose, mais ne pipait mot. En substance et en plus distingué, elle fustigeait les gens de gauche qu'elle appelait les "socialos". Mutin – je suis une ordure – j'orientai la conversation sur Puteaux et l'excellente gestion de la ville et les fraternels rapports humains qui distingue Mâme le maire, Joëlle Ceccaldi-Raynaud avec tout ce qui ne lui dit pas amen. J'embrayai aussitôt avec quelques considérations sur d'autres magnifiques élus de ce département majestueux.
La cliente se facha sévèrement. En définitive, le chien-chien s'avérait beaucoup moins hargneux que la mémé. L'élève, en tout point, n'arrivait pas à la cheville de la maîtresse, y compris en termes d'aboiements.
Mon petit noir englouti, je disais poliment au revoir et allait, enjoué par l'algarade verbale, vaquer à de grandes occupations : réclamer mon licenciement à un directeur général qui pensait qu'arrêter la parution d'un magazine papier au bénéfice d'une diffusion par le Web, permettait de ne plus se soucier davantage du pigiste qui en assurait la correction.
Mais tout ceci n'est qu'une digression.
"Aujourd'hui, quand il y a une grève, plus personne ne s'en aperçoit"
C'était avant la Guadeloupe et le mouvement des chercheurs et des universités. C'était avant le "dur" de la crise. Leït motiv à la mord-moi l'nœud, en ce moment tout le monde dit qu'on "entre dans le dur" de la crise. La phrase fait mouche comme un slogan, elle plait, elle est à la mode, sûrement qu'elle est bonne. Va donc, eh benêt, on n'est pas des perceuses !
Et pourtant, il y en a eu des manifs. La preuve, c'est que la dernière en date a mobilisé plus d'un million de gens dans la rue. Et il y en aura d'autres. Et elle se laisseront apercevoir. Mais d'autres actions sont encore possibles.
Dans un esprit de civisme pacifiste Les Carnets de l'Ours vont au fil de cette semaine qui verra s'organiser le G20 dont on nous dit qu'il va remettre d'aplomb un capitalisme débarrassé de ses scories immorales, proposer au bon peuple qui en ressent la nécessité, quelques entreprises pour faire entendre son mécontentement sans prendre le risque de se retrouver menotté ou de perdre une trop grande part de son salaire.
Et m'est avis que cela ne passera pas inaperçu.

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