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Casseurs, terroristes, voyous, etc

Publié le par François

Tous les ministres de l'Intérieur ont ceci en commun : ils n'aiment pas la contradiction. La contestation. La protestation. Face à l'énervement, ils ne cherchent pas à calmer, mais à mater. Après que les bleus ont fini d'enfumer, de matraquer, de menotter et de déposer en cellule les trublions, le ministre de la torgnole n'a plus qu'à commenter devant micros et caméras les événements en usant d'un vocabulaire biaisé. Indigné, compassé, inflexible.
Tout ceux qui contestent, qui protestent, qui s'élèvent contre l'ordre établi se retrouvent alors assimilés à des casseurs, des terroristes, des voyous. Des anarchistes, des activistes d'ultra-gauche. Lorsque ce sont des pacifistes qui manifestent, on va faire en sorte qu'ils ne le restent pas et se rebiffent, et dès lors la preuve est faite qu'ils sont tous à mettre dans le même panier. A salade.
Et les médias de reprendre les mêmes termes et d'y apposer les mêmes qualificatifs, jusqu'à en faire des concepts vidés de sens en évitant soigneusement de se demander les raisons des violences, complices du pouvoir ou tellement craintifs de faire accroire qu'ils cautionnent la violence dans une société qui se veut – c'est de la comm, c'est de la comm', c'est de la communication – douce et orientée vers le bonheur. Société cliché. Image, douce image troublée par des sans foi ni loi, fumant et ruminant leur credo en faveur de l'axe du mal.
Ils – les ministres de l'Intérieur et les médias comm'patissants – ne se demandent pas où est la violence, ni pourquoi de sombres individus vêtus de noir, de la tête aux pieds, habités par la noirceur, parce que vivant dans la noirceur du monde, répondent à la violence par la violence. Une violence démultipliée, sans organisation politique, sans mots d'ordre ressassés à longueur de défilés, juste unis pour un temps dans la déflagration.
Terroristes, casseurs, voyous.
Casseurs somme si l'unique projet de vie se résumait à la destruction.
Terroristes, comme si le but recherché à travers leurs actes se bornait à inspirer de la peur au passant débonnaire.
Voyou, comme s'il s'agissait de répandre le chaos afin de s'approprier le bien d'autrui.
Il est si simple de classifier, d'étiqueter un individu, dans un fichier intitulé "associal", "délinquant", "fou" pour qu'une fois séchée l'encre du procureur par procuration que sont tous les flics, on oublie l'individu et son désespoir de vivre dans une société injuste façonnée par une caste.
Mais l'anar – violent ou non, comme il en existe (qu'on se le dise, oui, une bonne fois, tous les anars ne sont pas violents) est un homme qui a la mémoire de l'enfance. Il est né nu. Comme le fils du prince, comme la fille du tâcheron. Et comme eux, le rêve ne leur est pas interdit. Il devient enragé quand il prend conscience que le fils du prince pourra réaliser son rêve à condition de piétiner celui de la fille du tâcheron.
Interrogeons-nous sur la violence de la société, nous trouverons des réponses à la violence des black blocks – ces casseurs, terroristes, voyous, etc.
– Lorsque l'on nous met en demeure de penser de manière binaire : bien ou mal, droite ou gauche, réussite, échec, France d'en haut, France d'en bas, et de s'inscrire dans un camp ;
– Lorsque l'acte d'achat devient une barbarie et surpasse tout autre acte de la vie au point d'imposer quasiment partout la publicité, le marketing, que le commerce règle la vie des individus, hors l'activité de vente (d'objets, de services, de divertissement ou d'art) point de salut ;
– Lorsque pour être considéré dans la société, il n'est qu'un modus vivendi : la soumission. A la loi du plus fort, la loi du plus riche ou la loi du plus cruel ;
– Lorsque l'on est prêt à sacrifier des populations pour quelques barils de pétrole de plus à vendre, pour s'approprier à bon compte des ressources naturelles ou pour satisfaire les désirs de pouvoir de quelques-uns ;
– Lorsque pour parvenir à leurs fins, les pouvoirs n'hésitent pas à bafouer les libertés, à se faire inquisiteurs, à user de tous les moyens de contrôle et de surveillance. Et si cela n'est pas suffisant, on invente la brutalité légale ;
– Lorsque pour nourrir leurs intérêts, les membres d'une classe sociale rayent d'un trait de plume ce qui permet à de pauvres bougres dont ils n'ont plus besoin de subsister ;
Où est-elle la violence ? Chez les couillons qui osent dire non ? Allons, soyons sérieux.

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