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Veau, va voter !

Publié le par François

A y est ! On l'a lancée.
– Quoi ça ? Ariane vingt-douze et le quarante-huit millième satellite de communication dédié à la sécurité étatique, capable de reconnaître un anarcho-syndicaliste dans une manif à ses boutons de chemise ?
– Non !
– La dernière innovation techneuneulogique, un téléphone portable tactile qui prend des photos en 6 milliards de pixels, intègre Twitter, qui donne les dates de menstruation de Rachida et permet de griller les toasts tout aussi bien qu'un cerveau de pré-cancéreux de moins de six ans ?
– Non !
– La toute nouvelle vroumette qui fonctionne au rot de vache laitière ou à défaut au pet de commercial itinérant, tellement plus verte, tellement plus économique, tellement plus fiable ?
– Mais non ! On l'a lancée, et ça rend joyeux et enthousiaste le béat Guetta : la campagne pour les élections législatives européennes.
Le bon Bernard, pro européen à fond qui a oublié ce matin d'enfiler ses beaux habits de journaliste pour revêtir le costume bleu à étoiles jaunes de notre patrie communautaire à vingt-sept à nous qu'elle est belle.
Ça n'a pas l'air, comme ça, vu le préambule de ce petit billet, mais moi-même, je nourrissais beaucoup d'espoir utopique pour la constitution de l'Europe. D'une belle Europe qui aurait ressemblé à une France en plus grand, en plus éclairé, en moins étriqué. Avec un réel partage des ressources, avec une entraide intracommunautaire, débarrassée des égoïsmes nationaux, des sentiments de supériorité des uns par rapport aux autres. Bien évidemment, les amis, (pour reprendre la dialectique de l'autre nouille que l'on a pu apercevoir sur France 4 dans l'émission-concert "Louise attaque" ce week-end depuis le printemps de Bourges avant de zapper vers autre chose) bien évidemment, c'était trop espérer. Comme d'habitude en matière de politique.
Donc le bon Bernard, thuriféraire d'une Europe qui s'élargit comme le postérieur du pauvre accro au fastfood ou au larfeuille d'un patron du caca-rente nous a ce matin sur France Inter invité à voter. Quelle que soit notre sensibilité, que l'on soit libéral, écologiste ou partisan d'un protectionnisme européen, que l'on soit chômeur ou en passe de l'être, il nous invite à voter.
Sa chronique a pour titre Chronique d'un fiasco menaçant, et je dois avouer qu'il est bien choisi. Chronique d'un fiasco annoncé aurait même été plus précis quoique plus attendu, plus cliché. Et "menaçant" permet de ne pas douter de la prise de parti. Mais qui fait écho à la menace de quoi ? De voir une population abstentionniste, qui n'est plus en mesure d'adhérer inconsciemment à ce que dictent les formations politiques ? Car on l'a vu lors du référendum pour le projet du traité sur la constitution de l'Europe, des populations ont voté, et massivement, contre ce projet. Le pouvoir politique a passé outre, soit en faisant adopter ce texte à peine remanié par l'Assemblée, soit en le soumettant de nouveau au vote référendaire en priant poliment et fermement d'acquiescer, au prétexte que la situation était bloquée.
La consultation des peuples est à géométrie variable, ces temps-ci. Qui a réellement voté le Traité de Nice et l'élargissement de l'Europe ? Des parlementaires indépendants de leurs formations politiques ?
S'il y avait une réforme institutionnelle urgente à mener dans notre pays, ce serait celle du pouvoir des parlementaires, de nos soi-disant représentants.
Qu'une loi soit retoquée, comme la loi Hadopi, dernièrement, on la remet à l'ordre du jour quelques temps plus tard de façon à ce qu'elle soit adoptée. Qu'une question au gouvernement d'un député soit notée par le président de l'Assemblée nationale, ce qui traditionnellement implique qu'elle soit traitée, déplaise, comme celle posée par le député Dosière (PS) concernant le train de vie de l'Elysée, elle est vite oubliée et passée à la trappe. Quel crédit accorder aux députés ?
C'est cette démocratie que le bon Bernard craint de voir menacée ? Je n'ose y croire. Elle fait de l'Alzheimer, notre vieille démocratie, elle ne se souvient pas le lendemain ce contre quoi elle a voté la veille et s'en remet systématiquement au Diafoirus du Château. A moins qu'il ne craigne pour l'Europe tant espérée ? Je n'ose y croire non plus, car je l'aime bien le bon Bernard.
Une Europe inégalitaire, où cohabitent des systèmes sociaux, fiscaux et monétaires inéquitables (certains pays ne sont toujours pas passés à l'Euro) devrait résoudre les problèmes économiques des concitoyens ?
Une Europe qui fait la part belle aux empires financiers et économiques, aux lobbyistes de tous poils devrait préserver les peuples d'une soumission socio-économique de tous à quelques membres d'une élite ?
Une Europe où des états pro-USA voisinent des états pro-Russie en fonction de leurs intérêts propres ou de leurs craintes devrait garantir une unité européenne et accessoirement une paix durable lorsque l'Arctique, réservoir pétrolier devient jour après jour une plus grande pomme de discorde ? Que ne ferait-on pas pour quelques barils d'or noir ? Ça s'est vu, ça se reverra ! Je ne joue pas les Cassandre, mais la guerre de Troie aura bel et bien lieu ! D'ailleurs la décision de notre incomparable de rejoindre le commandement intégré de l'Otan est-elle étrangère à ce problème.
Et, mon bon Bernard, la menace serait plus grande encore si l'abstention et le vote blanc ou nul étaient comptabilisés au même titre que les autres bulletins de vote. Mais heureusement pour les pouvoirs en place, ce n'est pas demain la veille que les peuples auront réellement leur mot à dire dans une élection. Ceux qui survivront pourront râler en pleurant "plus jamais ça". Il sera alors grand temps de faire l'Europe. Et de faire gaffe à ne pas la laisser construire par et pour n'importe qui.

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