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Concurrence déloyale – libéralisme et esclavagisme consentant (1)

Publié le par L'ours

Une mystification est née grâce à Internet 2.0, au téléphone-appareil photo portable : faire du béotien un spécialiste. Du moins le faire accroire. Mirage de la technologie.

Demain, tous journalistes. Demain, tous encyclopédistes*. Demain, tous critiques, chroniqueurs, polémistes... C'est tout, ou on essaie de dresser une liste exhaustive ?

Qu'importe si, ici ou là, on s'abstient de respecter quelques règles de base trop contraignantes, comme vérifier une information en multipliant les sources, en recroisant les propos, comme ne pas retoucher une image, comme citer la source d'une info déjà publiée ailleurs. Qu'importe si on picore sur d'autres sites, là un paragraphe, là une photo, là tout un article pour le reprendre à son compte avec force conviction de pédagogue.

Ce sont là des choses fréquentes dans le monde du blog.

Tant que l'on reste dans l'amateurisme, que l'on ne tire pas de revenus de cette activité, passe encore, vive la liberté d'expression, même si la notion d'honnêteté en est un fondement.

Mais lorsque les professionnels construisent un modèle économique sur ces bases-là, le problème devient grave.

Ainsi, il n'est pas rare le nombre de fois où j'ai repéré le copier-coller de tel dossier de presse, de tel commentaire, de tel site personnel par certains rédacteurs dont j'avais la charge (en tant que secrétaire de rédaction ou RC adjoint).

Ainsi, certains journaux invitent leurs lecteurs à leur fournir du contenu (photos le plus souvent). Quelques-uns de nos concitoyens font profession de paparazzi amateur et cherchent à faire rémunérer leurs clichés de "people". Des agences existent même.

Ainsi des sites Internet proposent d'éditer gratuitement du contenu en contrepartie de quoi, ils diffusent de la bonne grosse publicité dont ils vendent l'espace aux annonceurs.

Le contenu est gratuit. Il ne vaut donc rien. Mais pourquoi s'arrêter au contenu gratuit ? Le travail fourni par les auteurs, pour pertinent qu'il soit, n'est pas forcément exemplaire en tout, et notamment en termes de grammaire et d'orthographe. Si pour certains, l'orthographe est la science des ânes, elle est pour les autres un code qui permet à tous ceux qui la respectent d'être compris de tous, d'user de précision, bref l'orthographe donne la possibilité d'être intelligible et fin.

Pour un média, le respect de la langue est, au minimum, une valeur ajoutée, c'est à mon avis une nécessité incontournable, un impératif. D'autant que la plupart des journalistes ne sont pas (plus) des lumières es matière. Hélas, nombre de journaux cherchent à se dispenser du dispendieux pansement à la coquille et à la bourde. Pan ! le SR ! On va acheter un correcteur orthographique, le maquettiste le passera, va crever, vermine lexicophile.

Le site Le Post.fr que je citais hier, si on se fie à ses dires, possède une rédaction. D'ailleurs, elle fait état de son existence. La preuve ! En-dessous des articles, on peut lire :


Mis à jour par la rédaction du Post

Vous avez une information, une correction, un témoignage ou un document sur ce sujet? Vous avez repéré une faute d'orthographe, de grammaire, une erreur? Ecrivez à faitsdivers@lepost.fr avec votre correction et en indiquant l'url du post.


Bah voyons.

Ecrivez ! Impératif, je vous disais. Et merci qui ? Merci mon cul !

La rédaction du site Le Post.fr chercherait donc à économiser le coût d'un correcteur ou d'un secrétaire de rédaction ou bien si le poste existe au Post, les culs-de-plomb sont surchargés.

Le lecteur-correcteur, il fallait l'inventer. Bientôt lecteur-correcteur-maquettiste ?

Et le bon con d'esclave consentant, tout fiérot de corriger gratuitement les conneries d'un auteur tout content d'avoir gratuitement (et souvent mal) écrit un article**.

Les marchands de tuyaux sont très forts.


Bientôt une loi Hadopi pour mézigue et les collègues ?




___________________

* En ce qui concerne les wikis, et wikipédia en particulier, si l'aspect collaboratif semble intéressant, l'absence de signature des articles (et des révisions) et donc de responsabilité me paraît favoriser le grand danger de verser dans l'idéologie, la communication commerciale, l'enjolivement de carrières ou la mise en veilleuse sur certains détails. La désinformation positive, en quelque sorte.


** Cette phrase n'a pas de verbe. C'est une figure de style.


*** Le lecteur attentif aura noté que le titre de ce papier comportait une numérotation. Perspicace en plus d'être attentif, le lecteur aura compris qu'une suite ou un papier sur le même thème sucèdera à celui-ci dans les jours à venir. Le lecteur a toujours raison. Comme nous vivons dans l'ère de la communication ne négligeons pas l'art du teasing. Prochainement sur vos écrans, je vous dirai comment j'ai bien rigolé en visionnant un reportage sur les vacances vertes. Enfin, peut-être.


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