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Seniors, la console n'est pas votre amie

Publié le par François

Une publicité passe actuellement sur nos écrans de télévision, qui vante un jeu à utiliser sur une console dont j'ai oublié le nom, consistant à "calculer l'âge de nos cerveaux".
On voit une actrice spécialisée dans les rôles de cruche gentillette, Michèle Laroque, emploi qu'elle tenait dans les deux pièces de Pierre Palmade sur la vie de couple avant et après divorce. Le personnage est léger, pas complètement imbécile, mais on sent bien qu'elle puise davantage son pouvoir de séduction dans les interrogations (et la certitude) qu'elle suscite concernant sa compréhension des choses, que dans celles qu'elle pose sur le sens de la vie. Bref, elle tient à merveille le rôle de ravissante idiote.
Dans le film publicitaire, rebelote. Dans le métier de la communication, quand on tient un poncif on ne le lâche pas. Jamais, il ne faut enlever une étiquette à un acteur, c'est contreproductif.
Revenons au spot.
Cette femme, qui a depuis longtemps évacué ses problèmes d'acné juvénile, joue sur sa console à calculer l'âge de son cerveau. Le questionnaire rempli, le logiciel rend son verdict irrécusable : elle a un cerveau de soixante-deux ans. Elle est stupéfaite, en reste interdite quelques instants, puis, comme elle a de l'humour, elle égrenne un petit rire de femme seule, et prise d'une saine envie de revanche, tente de nouveau une partie sur le thème : "Ah elle est bien bonne, celle-là, soixante-deux ans, on va voir ce qu'on va voir, je vais me la faire, la machine."
D'où on comprend qu'avoir un cerveau de soixante-deux ans est considéré par le "créatif", que dis-je le créatif, le génie, plutôt, qui a pondu cette publicité, par ses responsables, ses patrons, leur client (dont je ne me rappelle pas le nom) qui ont validé ce petit film, correspond à un état de fait, somme toute, assez honteux.
Soixante-deux ans, pour un cerveau, ne semble pas le bon âge. Ca sent l'alzheimer commençant, l'inopiné, mais régulier pipi dans le fauteuil Stannah, le radotage, la branlette insidieuse et mollassonne (pour les hommes) dans le dos de l'assistante ménagère. Soixante-deux ans, ça pue le verre à dominos sur la table de nuit, les épisodes répétés de Derrick que la sieste prive de dénouement, ça évoque le fibrome, les bas de contension, les oeils de perdrix autrement dénommés "hallux valgus".
Jamais il ne serait venu à l'esprit du publicitaire ou du vendeur de consoles que l'âge est synonyme de culture, de sagesse.
L'âge, se vend bien (et cher) pour le vin, le whisky et les assurances de prévoyance-obsèques. En effet,  histoire de ne pas coûter un rond aux "jeunes" le jour où il faut vous envoyer au pourrissoir, on a intérêt à se présenter, avec sa bonne vieille pension, à un marchand de cercueils par anticipation.
Le cerveau à partir de soixante-deux ans, avant peut-être, ne vaut pas tripette.
D'ailleurs, on s'en rend compte facilement, à Noël, c'est toujours à Papy qu'on s'adresse pour se faire offrir la dernière console de jeux à la mode.

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