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A bout de souffle

Publié le par L'ours

Le 22 avril de cette année-là – 1959 – je n'étais pas encore né, ça n'allait pas tarder. Encore un peu plus de trois mois à patienter avant de plonger dans la vie comme dans l'eau de la mer. Splash.  Miles Davis enregistrait le disque mythique. Kind of blue.

Les musiciens : Miles Davis à la trompette, Julian Cannonball Aderley au saxophone alto, John Coltrane au sax ténor, Bill Evans au piano, Paul Chambers à la contrebasse, Jimmy Cobb à la batterie. Excusez du peu !

Miles Davis c'est le souffle et la liberté. La puissante volonté de s'envoler vers les cimes à travers l'improvisation. C'est la vie. Peu importe le moyen de transport, c'est le voyage qui compte. Si on dressait un monument aux notes, son nom y figurerait en première place.


 

 

Le 22 avril de cette année-là – 1915 – ma mémé ne connaissait pas encore mon grand-père, il lui aura fallu attendre deux ans pour qu'il arrive blessé, gazé, trépané, et qu'elle le rencontre convalescent sur les lieux où elle était blanchisseuse. Lui n'avait pas encore mis en joue un de ses supérieurs qui envoyaient ses hommes à la boucherie en prenant bien garde d'y participer en première ligne. Ce 22 avril 1915, les Allemands expérimentaient pour la première fois en situation réelle et massive l'arme chimique à Ypres. Un nuage de chlore dérive des lignes allemandes vers les lignes françaises, brûle les bronches, asphyxie les hommes et les chevaux. L'air manque, Le souffle est court. C'est un abîme qui se profile comme unique avenir. La mort s'abat, fin du voyage. Il y a bien trop de monuments aux morts.

 

 

Printemps, de et par Jean-Pierre Guéno

Extrait de Paroles de poilus. Lettres et carnets du front 1914-1918. © Radio France - Groupe Frémeaux Colombini 1999.

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