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Aie confiance

Publié le par L'ours

« Votre premier capital, c'est la confiance », affirme la publicité pour une banque symbolisée par un petit animal sympathique que l'on dit très économe et qui vit dans les arbres. C'est dire s'il est gentil l'écureuil. La publicité, en plus de son message rassurant, la confiance n'a-t-elle pas pour vertu de nous inciter à nous croire en sécurité, comme chez soi, en compagnie d'indéfectibles amis, la publicité, disais-je nous livre de belles images d'un univers blanc. Le paradis.
Une femme de blanc vêtue, qui se tient debout devant un homme au costume immaculé, lui tourne le dos, et se laisse choir vers l'arrière, droite, sereine, comme dans ces exercices dits « de confiance » que l'on pratique dans les groupes de théâtre amateur lorsque le professeur a bien lu Augusto Boal.
La fille s'abandonne, confiante donc, et sans brusquerie, sûr de lui, son compère avance d'un pas, la retient en douceur. Concrètement, il ne la laisse pas tomber. Certainement, il lui a dit : sois sans crainte, je suis avec toi, je ne te laisserai pas tomber. De fait.
La belle image que voilà. Le paradis où la vie s'écoule posément, dans une lenteur calculée pour que l'idée même de stress n'effleure pas l'esprit, et où les hommes prennent soin des autres hommes, ici une femme.
Je n'insisterai pas sur l'aspect bancaire du capital confiance qui, me semble-t-il, ne suffit pas pour ouvrir un compte, même chez le sympathique petit animal perché et soucieux de son stock de noisettes.
La confiance érigée en condition sine qua non d'un bonheur édénique par les « creativus narcississicus rolexiferus », comme Philippe Meyer* aime à nommer les créatifs des agences de communication, résonne comme un tambour en cette période où l'actualité se fait tragédie.
La question est bien celle-là : à qui devons-nous faire confiance, jusqu'à quel point, et dans quels domaines ?
Est-il bien raisonnable que d'écouter et croire, que de se laisser guider aveuglément. Faut-il fustiger le Saint-Thomas qui sommeille en nous et éradiquer le doute en notre for intérieur pour atteindre le paradis sur terre ? Doit-on oublier les termes mensonge, duplicité, inconscience, égoïsme, mépris, intérêt, communication.
Faut-il accorder du crédit aux discours de ceux qui disent détenir la vérité économique, la sécurité énergétique, la panacée socio-sécuritaire et l'innocuité de leurs solutions, particulièrement lorsqu'ils raillent ceux qui doutent.
Le rationnel se niche-t-il dans la crédulité ? Et le discernement dans un univers tout blanc où l'on n'y voit goutte ?


(*) Philippe Meyer, sur France Culture

 

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