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Après les Auvergnats, les anonymes

Publié le par L'ours

C'est à se demander si, en secret, un concours de l'idée la plus con ne serait pas en cours. Le gouvernement a lancé l'expérimentation du recrutement de chômeurs par CV anonyme avec l'aide d'une cinquantaine d'entreprises.

Qu'est-ce donc qu'un CV anonyme ? Il s'agit d'un document détaillant le parcours professionnel d'une personne, sans photo, dont on tait volontairement, le nom, le prénom, l'origine de naissance, le lieu de résidence, l'âge et les références antérieures à quinze ans. Le but de l'entreprise est louable et censé combattre la discrimination, mais outre une méthode de gestion de la société proche de la politique de l'autruche, elle révèle surtout une hypocrisie et une sottise sans nom. Car enfin quoi, les entreprises qui acceptent de recevoir des CV anonymes dans le but de recruter ne se soucient, de fait, pas des caractéristiques hors compétences des candidats, ce qui rend l'anonymat inutile, quant à celles qui seraient contraintes à une telle mesure, elles se verraient, sous peine de devoir subir les foudres de la Halde, acculées à embaucher des salariés qu'elles ne désirent pas. Bon courage, alors, au nouvel employé débarquant en terre hostile.

Poudre aux yeux, solution factice, remède inadapté à un mal que l'on ne sait guérir. Placebo pour électeur, argument qui vise à se déresponsabiliser d'un échec assuré, tendant à faire croire que l'on s'est penché sur le problème, et que s'il perdure en dépit des mesures mises en place, la faute est à rejeter sur l'incapacité (ou le refus) à "s'intégrer" des populations concernées, parce que d'une autre culture ou d'un autre âge.

Humainement, contraindre un individu à l'anonymat pour qu'il puisse vivre "normalement" est parfaitement dégueulasse. C'est lui dire "on veut bien de toi, mais on ne veut pas te voir, notre désir le plus cher est surtout de ne pas te connaître".

S'est-on soucié dans les années soixante-dix de l'identité des ouvriers qui peuplaient les chaînes de montage automobile, des éboueurs, des femmes et hommes de ménage préposés aux vidages des corbeilles à papier et au nettoyage des chiottes de bureau ? L'anonymat était-il requis pour se retrouver dans les rangs des tiirailleurs sénégalais et autres troupes coloniales lorsqu'il s'est agi de défendre la mère-patrie, l'amère patrie. Non, chacun était le bienvenu pour s'esquinter les os et les éponges ou se faire trouer la peau, l'anonymat – et voilà peut-être bien une des causes du souci qui se pose aujourd'hui – n'a été que la récompense offerte pour leurs efforts.

On désirait des citoyens de seconde zone qui devaient accepter sans barguigner les tâches les moins valorisantes, respecter les lois de la République et, non pas se fondre dans la masse, mais s'abstenir de toute visibilité. Pour les postes à responsabilités, le secteur tertiaire, les postes de représentation ou en rapport avec le public, on a voulu une société active à l'image des images de magazines, du beau, du jeune, du teint ivoire et de la taille fine. Exit les bronzés et les vieux et les handicapés. Mais, indécrottables humains, les gens qui venaient d'ailleurs fondent des familles, fabriquent des enfants qui espèrent vivre comme leurs voisins, les adultes vieillissent, comment leur expliquer qu'ils sont de trop ?

En leur disant que leur salut passe par l'anonymat. Par la politique de l'autruche en quelque sorte.

 

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