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Caste-toi, pauvre con

Publié le par L'ours

Ma chronique de mercredi portait sur la double casquette d'Henri Proglio à la fois PDG non exécutif (ça sert à quoi ?) de Veolia, entreprise privée, et PDG d'EDF, entreprise publique pour encore quelques temps. Sur la double casquette, le double salaire et sur les déclarations faites à ce sujet par Proglio lui-même et la ministre Lagarde. Déclarations symétriquement opposées avec la réalité.
M'était venu à l'esprit un rapprochement de cette actualité avec l'expression "bourrer le mou".
Libre à vous de penser que la teneur de ce papier avait quelques relents "populistes", archaïques. C'est possible et je m'en fous, j'écris aussi pour m'amuser (et vous éventuellement). Voir tout ceci .
Une grosse partie de la droite française se mit à soutenir mordicus que Proglio, en tant qu'exceptionnel patron patronnant, déjà déficitaire en termes de traitement au regard des autres patrons européens et même de ceux de l'hexagonal CAC40, méritait la part de salaire votée par le conseil de rémunération de Véolia en sus de celui d'EDF, personne à part Valérie Pécresse qui sait qu'elle doit séduire l'opinion publique pour les régionales, n'osa tonner contre ce qui allait agacer un peu les Français. Copé en tête, l'UMP estima normal que. Lagarde, qui avait en son temps affirmé haut et fort que nenni, nul salaire n'irait gonfler les poches du dirigeant non exécutif de Véolia, s'en dédit et affirma haut et fort que la chose se comprenait et qu'elle était somme toute (assez rondelette, tout de même la somme) normale eu égard à l'excellence du personnage. De même qu'il ne s'agissait pas d'un salaire, mais d'une indemnité (Gasp ! Plus de 300000 euros par an) on ne se contredit pas, on modernise son point de vue.
Santini, le rigolo de service aussi pas drôle qu'une grosse tête de Bouvard trouva même un synonyme à la polémique naissante : une connerie. Tant il est persuadé que de tels salaires sont justifiés tout comme l'est le fossé entre la classe dirigeante et le reste de la population.
C'est là que je voulais en venir.
Oh, non, pas à Santini qui n'est pas grand-chose en soi, mais à ce vieux machin que l'on appelle lutte des classes, système politico-économique donnant naissance à l'établissement de deux classes sociales, une bourgeoisie et un prolétariat, toutes deux en compétition pour asseoir sa domination sur l'autre. L'aristocratie française en a fait les frais lorsque l'ancien régime fut décapité par la Révolution, Napoléon en fit émerger une autre, une noblesse d'empire, mais la Restauration, avec l'industrialisation naissante, posa les bases d'une lutte des classes dans laquelle la bourgeoisie capitaliste détentrice des moyens financiers s'opposait au prolétariat détenteur de la seule force de travail. L'analyse, sans doute contestable, je ne suis guère spécialiste, est certes un chouïa marxiste, mais exprime bien une division de la société fondée sur la propriété de masse monétaire importante. Pour diriger, il faut détenir l'arme la plus efficacement coercitive : aujourd'hui, l'argent, qui permet de s'acheter des tits nouvriers pas chers, des tits salariés pas tellement plus coûteux. Ne pas oublier, bien sûr de menacer tout ce beau monde plus ou moins bêlant de les priver de picaillons, histoire qu'ils bêlent moins fort.
De surcroît, pour durer, il faut bien marquer les différences, et empêcher la porosité des frontières entre les classes.
Une zone mince et trouble entre les deux classes permet à la classe dominante de dissimuler ce à quoi elle s'emploie, entretenant ceux qui s'y trouvent dans un confort et l'illusion d'appartenir à cette classe dominante.
On s'emploiera, à séparer les hommes des femmes pour que celles-ci ne viennent pas prétendre à un quelconque pouvoir.
On s'emploiera à ne pas mélanger le colonisé avec le colon pour que celui-là demeure l'inférieur.
On s'emploiera à limiter les relations physiques entre dirigeants et salariés, y compris dans le cadre de l'entreprise (je ne parle pas ici des petites entreprises) en mettant sur pied un système hiérarchique de grands cadres, petits cadres, contremaîtres, ou dans l'administration avec de hauts fonctionnaires, des cadres et les agents de base..
On s'emploiera également dès l'enfance à séparer par l'éducation, l'évolution dans un milieu social, par les cadres et niveaux d'enseignement, les "ressortissants" de telle ou telle classe. En outre, seront différenciées les filières permettant d'évoluer à l'âge adulte dans l'une ou l'autre des catégories.
On s'emploiera – on emploie beaucoup n'est-ce pas ? – à différencier culturellement les différentes classes sociales.
Mieux ! On fera en sorte que tous choisissent la "communauté" culturelle à laquelle ils adhèrent.
On s'emploiera par le truchement du prix des denrées, des loisirs à séparer les classes jusque dans leurs façons de se nourrir, de s'amuser, se mouvoir.
Pour durer, la classe sociale dominante a besoin de s'appuyer sur un genre de système de "castes", où l'individu se reproduit dans et par son milieu social. Dans les rares exceptions où l'on peut voir un individu passer d'une classe à l'autre, dans cette zone mince et trouble dont je parlais plus haut, on s'aperçoit premièrement qu'elle endosse le rôle d'exemplarité, de démenti qu'une société de castes existe et que secondement, l'individu en question n'opte pas pour la classe soumise.

Pourquoi voudriez-vous que Santini et ses petits camarades ne soient persuadés que ce que gagnent (parlez d'un jeu !) les grands patrons (mais aussi les grands fonctionnaires, les grands artistes, les grands sportifs) n'est pas justifié.

Et vous, chers lecteurs, à quelle caste appartenez-vous ?
 

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