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Les chroniques d'un ours, pacifiste mais qui ne perd pas l'occasion de grogner et de filer un coup de griffes ou de crocs quand on menace sa tanière. A noter que les chansons ci-contre sont répertoriées auprès de la SACEM, certaines sont déjà pourvues d'une mélodie, et quiconque souhaitera en ajouter à son propre répertoire peut me contacter, je me ferai un plaisir de lui fredonner la chose.
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Vendredi 9 décembre 2011 5 09 /12 /Déc /2011 10:14

Il ne faudra pas vous étonner. Non, il ne faudra pas. Vous pourrez geindre, chouiner, en criant à la catastrophe, regretter une situation que vous n'aurez pas désirée, toute récrimination sera inutile. Le bureau des plaintes sera fermé. Vos postures diverses n'auront qu'un effet : mettre en évidence leur lamentable inutilité.
Je dis « vous » comme si, nullement concerné, je me plaçais en dehors de vos craintes et de vos souffrances, détrompez-vous, je serai moi aussi contraint de tenter de vivre dans la tourmente qui s'annonce. « Qui s'annonce, vous entends-je réagir, mais on y est déjà dans la tourmente, elle a pour nom la crise ! ».
La crise. Tût, tût, tût. Ce n'est qu'un début, les prémices de la grande tourmente. La crise financière, la crise économique, la crise sociale. Les crises, devrions-nous dire. Et morale, la crise devrions-nous ajouter. Et intellectuelle, aussi. Surtout, peut-être ; et je ne mets pas en cause ceux qui s'expriment ès qualité, les Finkelkraut, BHL, et consorts, mais vous, nous, tous.
Enfants gâtés que nous sommes, nous ne goûtions pas notre bonheur, et le voilà qui file. Vous n'en pleurerez que des larmes plus amères. On le touchait sans le palper. On avalait le nectar sans s'en réjouir, goulûment, comme si nous liquidions un grand cru en s'abstenant d'en admirer la robe, sans en respirer le parfum, sans le grumer, sans le laisser nous emplir le palais de ses arômes les plus subtils, d'un rapide coup de glotte, pressés de passer à autre chose entre deux SMS. Et aussi, et peut-être surtout, sans en connaître l'histoire, sans imaginer les soins répétés apportés à la vigne, le travail consciencieux et de longue haleine qui a permis la transmutation du jus de raisin en breuvage divin, en négligeant l'art et la connaissance qui ne l'ont détourné d'un destin de vinaigre.
Depuis que le grand bourgeois s'est mis à se prendre pour Louis XV, il fut suivi par les moins bourgeois et jusqu'à la masse besogneuse, tous prompts à singer son mépris du déluge à venir, s'est installée la société du droit à tout, sans réflexion, sans discernement, bien pratique pour vendre tout et n'importe quoi, une société que l'on nous serine démocratique, où règneraient liberté et égalité, dans laquelle il est nécessaire d'adorer le dieu travail. Poudre aux yeux, faux semblant. Notre démocratie, poisson mort aux yeux voilés de blanc, chair pourrie, vous vous étonnez encore qu'elle ne s'exporte pas dans les pays nouvellement libérés de leurs tyrans, de la Russie aux pays du Maghreb, du Venezuela à l'Egypte. Mais elle est invendable ! Ceux-là préfèrent la rigueur de la religion (modérée, paraît-il), ceux-là optent pour la dictature marxiste d'un nouveau líder maximo peu regardant sur les visées humanistes de ses amis.
Dix ans tout juste que l'URSS a rendu l'âme, et les Russes pratiquent leur sport favori : la nostalgie. Mais de les savoir regretter le système du goulag, des files d'attente et du KGB après avoir découvert le monde libre vous donne à réfléchir quant à la qualité du produit proposé.
Entre la corruption, la tricherie, le clientélisme, la reproduction des classes dirigeantes avec un fort esprit de caste, la désinformation, le passage sous silence des questions qui nous engagent pour des durées inimaginables dans le domaine de l'énergie, celui du climat, de l'environnement et ses corolaires sanitaires, comment seulement oser penser que notre modèle de vie puisse séduire qui n'appartient pas déjà à l'élite de la société ?
Alors que le constat qu'un quart-monde au sein même des pays les plus « riches » se développe au rythme de l'enrichissement fou de quelques-uns n'est plus à faire et saute aux yeux des moins observateurs, les solutions politiques proposées n'ont pas d'autre dessein que sauvegarder un système qui fait chaque jour les preuves de son inefficacité et de son injustice. Les classes moyennes s'appauvrissent, mais font toujours office de pompe à Phynances, qui n'imaginaient pas un jour ressentir la menace du déclassement.
L'Europe va mal. En crise de nerfs permanente. Elle est au bord de l'implosion. Prise à son propre piège. Elle s'est vendue aux banques, comme une fille des rues, les banquiers en bons barbeaux estiment que l'heure est venue d'encaisser ou de monter les loyers. L'Euro, en dix ans, a propulsé le prix des denrées, pas celui des salaires bas et moyens. Les états sont rincés, leurs dirigeants pratiquent la fuite en avant, manquant à la fois d'imagination et de courage. L'imagination pour trouver des remèdes aux crises, et le courage consistant à habiller d'une camisole les fous de la spéculation.
Comme à chaque crise économique où ils sentent que leur fromage risque de se faire picorer, les rats quittent le navire, laissant à d'autres la responsabilité de compenser les excès de leur enrichissement. Le fromage aurait-il moins de trous en Suisse ? Comme à chaque crise économique, les nations se replient sur elles-mêmes.
Dans la foulée, les peuples auront un regain de grégarisme, les minorités ethniques comme on dit chez les gens savants et hypocrites seront de plus en plus mal considérées, boucs émissaires tout désignés. Jusqu'où ? Jusqu'aux émeutes, jusqu'aux exactions dégueulasses de part et d'autre ? 
Que l'Euro disparaisse, l'Europe se détricotera comme un pull mal ficelé, et les rivalités jusqu'ici camouflées en juste concurrence se réveilleront dans les beaux habits tout neufs des vieilles haines que nous pensions abolies.
Ajouter à cela une perte de souveraineté qui, nous dit-on, pourrait redonner un petit coup de fouet à notre chère Europe ne pourra qu'amplifier le malaise ressenti par des citoyens qui estimeront ne plus avoir leur destin dans leurs mains. Combien de temps s'écoulera-t-il avant que le « couple franco-allemand » ne divorce, que les intérêts des uns et des autres ne s'érigent en barrières, que ne résonnent des bruits de bottes et que l'Europe plonge dans un conflit qui apparaîtra comme une aubaine pour les industriels ?
Alors, à l'horizon, que voyez-vous poindre, ma sœur Anne : une révolution sociale ou une nouvelle guerre ?
Mais sûr, je suis un pessimiste, pourquoi choisir entre l'un et l'autre alors que l'on peut avoir fromage et dessert ?

Par L'ours - Publié dans : Les Carnets de l'Ours
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Commentaires

Excellente analyse et j'aime beaucoup votre façon de la présenter (comme d'hab)

Commentaire n°1 posté par Catherine Melin le 09/12/2011 à 11h40

Merci.

Réponse de L'ours le 09/12/2011 à 12h38

C'est net !

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