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Ce présent-là n'a pas d'avenir

Publié le par L'ours

C'est un peu comme si l'obsession du présent obérait notre avenir. Quelle place donnons-nous aux prévisions ? Non pas aux prédictions divinatoires, mais scientifiques, fondées sur les faits, les chiffres, sans tenir compte de l'espoir. Dans un jeu de hasard, au mieux, il y a une chance sur deux pour que l'on n'ait pas de chance. Dans un jeu truqué, dans lequel l'on pense gagner à tous les coups, peut se trouver l'éventualité d'un imprévu qui ruinera le joueur, soit que sa supercherie aura été mise à découvert, soit qu'un impondérable aura faussé la tricherie.
La tragédie qui touche le Japon résonne en nous, qui utilisons la même technologie dangereuse. Elle devrait nous enseigner que la probabilité que tout se déroule bien s'amenuise en fonction de la durée d'une action. L'espoir face au temps n'est pas permis.
L'expérience des précédentes catastrophes ne semble pas apporter les enseignements suffisants pour que l'humanité n'accélère pas sa fin inéluctable.
Malgré l'expérience faite des ravages de l'atome libéré par les bombes Little Boy et Fat Man, on n'hésite pas à exploiter le nucléaire civil comme source d'énergie. Et si, craignant les tremblements de terre, on construit des édifices antisismiques, on n'hésite pas à construire des installations nucléaires sur des zones hautement à risque, confiants dans la technologie.
Aujourd'hui, alors que les Japonais vivent de nouveau le danger de l'irradiation, alors même que nos voisins allemands (parmi d'autres) songent à renoncer à l'exploitation du nucléaire, nos éminents responsables politiques aux couleurs diverses, (Kosciusko-Morizet, Besson, mais aussi Allègre, Royal) balayent d'un revers de manche la question de la dangerosité de nos centrales cocoricantes, en arguant que le grand responsable de la catastrophe n'a pas pour nom « nucléaire » ou « tremblement de terre », mais « tsunami » et que, ce soit le long de la Loire ou dans l'Est de la France on ne doit pas craindre un accident de ce genre. Et bien heureux, le téléspectateur qui ne se sent pas offensé par le petit sourire condescendant de celui qui nie le réchauffement climatique.
Mieux, on s'offusque de la promptitude de réaction des antinucléaires, lâchant les mots « opportunisme », « irrespect », en mère-la-morale, Ségolène Royale parle de « délai de décence ». Indécence du débat qui n'a rien à voir avec la décence qui consiste à aller réconforter une femme handicapée qui pleure face à un candidat à la présidentielle.
Ce qui dans un premier temps a été considéré comme un accident, puis comme une catastrophe n'est dû qu'à un imprévisible coup du sort ! Comme si le caractère imprévisible du cataclysme impliquait une attitude fataliste interdisant route remise en question.
Au Japon, on avait prévu la possibilité d'un tremblement de terre, tout fièrement, on annonçait que les centrales avaient résisté au séisme en respirant fort, toutefois, devant son intensité. On avait oublié de prévoir sa conséquence directe : le tsunami. Et, comme il semblerait que la faille produite entre les plaques terrestres par le tremblement de terre n'est pas complète, l'on continue de craindre son petit frère, le « Big One ».
Le propre de l'imprévisible est qu'on ne peut le prévoir. On ne pouvait prévoir l'effondrement des Twin Towers après que deux Boeing les aient percutées. On ne peut prévoir la météorite tombant sur la centrale nucléaire, ou le commando terroriste (ou autre)  siphonnant l'eau des bassins de refroidissement, on ne peut prévoir la sombre coïncidence, parfois même on ne peut imaginer les choses que rien n'interdit qu'elles se produisent, mais dont l'extravagance nous empêche de percevoir qu'elles sont possibles, alors que nombreux sont ceux à croire en un grand Manitou invisible présidant à notre modeste destinée et lui accorder leur confiance.
Ce dont on a l'assurance, c'est la dangerosité et la persistance de sa radioactivité dans le temps de la matière nucléaire qu'elle soit combustible ou déchet, et qu'on table sur l'avenir pour parvenir à trouver une solution pour s'en garantir, comme si, montant dans un bolide lancé à forte vitesse, on misait sur le temps du voyage pour découvrir où se cache le frein et s'il y en a un. D'une chimère à l'autre.
Ce dont on a également l'assurance, c'est la limitation des quantités des ressources, eau, métaux, matières premières, matières combustibles, terres rares, etc., mais que l'on continue à exploiter sans souci d'économie, dans le seul dessein de satisfaire l'instant présent et le profit immédiat de ceux qui les exploitent programmant et généralisant l'obsolescence, sans songer à demain, qui s'offusquent à l'idée d'avouer qu'ils se sont trompés, riant à l'éventualité que le progrès serait de revenir en arrière, le temps peut-être de trouver des solutions durables non nocives.
Mais nous ne pouvons imaginer ne plus nous déplacer en voiture ou en avion. Le présent nous a tués. Ce présent-là, en tous cas, j'en ai bien peur, n'a pas d'avenir. Nous n'envisageons plus un monde réduit aux limites que l'individu peut atteindre par sa seule force ou par celle de l'animal, nous ne tolérons pas un monde à notre échelle et un temps qui n'est pas compressé. Ne l'évoquez même pas, vous vous feriez aussitôt traiter de fou.
Nous sommes de cyniques petits marquis. Nous sommes Louis XV. Après nous, le déluge.

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Framboise 15/03/2011 16:13



Tout ce que tu as écrit là est bien vu, bien décortiqué . J'ai un faible pour l'argument, très fort, de la croyance en un grand manitou et de la confance que beaucoup lui vouent !!!


Merci M'sieur L'Ours !!!


Framboise