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Ces lycéens qu'on manipule, c'est tout un peuple qu'on embrouille

Publié le par L'ours

Bon sang que la grève est pénible. Non pas que je me sente otage de quiconque, non pas que le gel des transports me gène, je n'ai nul endroit où le devoir me mène, non pas que de garder mes enfants me dérange, c'est l'avantage de ne pas avoir de boulot. Ne cherchez pas, il n'y en a pas énormément d'autres.
Le souci, c'est les oreilles. Ce que reçoivent les oreilles et ce qui se trouve entre. Mes oreilles sont habituées aux informations de France Inter, et quand grève il y a, France Inter il n'y a pas.
Faute de Radio nationale, il faut se rabattre sur Europe numéro 1, j'essayerais bien RTL, mais il faudrait tourner la molette de la radio trop longtemps, en outre, je ne connais pas la fréquence. Va pour Europe n°1 et l'affreux Fogiel. Il nasille de plus en plus.
Quoi ! On ne dit pas « numéro 1 », ça fait vieillard has been ! Je sais, je le dis juste pour agacer. Juste pour faire le naïf : – Vous voulez dire par là que Europe n'est plus numéro 1 ?
Le souci c'est les oreilles, disais-je. Les auditeurs d'Europe 1 particulièrement. Pour être précis les auditeurs qui s'expriment sur Europe 1. Chez Morandini entre autres, et qui aujourd'hui s'offusquaient, suffoquaient à l'idée que des lycéens s'affirment haut et fort « concernés » par la réforme des retraites.
Les lycéens, je le précise pour les ignares qui ne se sont pas reproduits sont des choses informes à mèche et qui ne bougent leur cul du canapé que pour s'empiffrer de merdouilles sucrées, une oreille vissée au téléphone, un œil planté sur un écran, et qui s'usent les doigts à appuyer frénétiquement sur des touches. Touches de claviers d'ordinateur, de téléphone  ou de jeux électroniques.
Le lycéen est stupide. Moins que le collégien, mais plus durablement persuadé que son âge abrite des merveilles que le monde des adultes s'ingénie à ne pas laisser éclore.
Les lycéens, à écouter les commentaires des auditeurs qui s'expriment sur Europe 1, sont trop jeunes pour se sentir concernés par la réforme de la retraite, pour faire grève, bloquer les lycées et emmouscailler un gouvernement qui fait tout pour notre bien. Pour que notre bien soit libre et aille confortablement se pelotonner dans la poche de plus riches que nous, veuillé-je dire. Les lycéens ne devraient-ils se préoccuper de ce qui les regarde : la branlette et la drogue ? Les lycéens, téléphonent les auditeurs qui s'expriment sur Europe 1, sont « instrumentalisés » (très chouette comme verbe ! Six syllabes, c'est pas à la portée de tous les ânes) par les partis de gauche, ils sont manipulés par les syndicats de gauche, etc. de gauche.
C't'honteux de manipuler ainsi nos chères petites têtes vides. Et j'applaudis à cette défense du bon sens, de la démocratie et de la vacuité réunis.
Sauf, les auditeurs qui s'expriment sur Europe 1 oublient de le signaler, lorsque dans une publicité pour je ne sais quelle compagnie d'assurance, on les voit (ils sont jeunes, ils sont beaux, sans doute très polis, en tout cas très blancs) armés de bombes de peinture en train de confectionner des slogans sur des banderoles en remplissant de couleur gaie les vides laissés par des pochoirs. Notez que ces petits ânes que l'on nous présente ne font pas une seule faute d'orthographe ! Probablement des extra-terrestres.
Beau travail graphique ! N'oubliez pas, le jeune est un génie de l'art graphique et de mille autres choses encore, et son imagination débordante nous ouvre le chemin vers des lendemains riants, un bonheur au zénith et une pensée épastrouillante.
Les slogans sont des questions vachement concernantes. « Quel sera notre avenir ? Que fait-on pour nous les jeunes, etc., tout est du même acabit. On est loin du « no future » des années punk (les jeunes se seraient assagis au point qu'on se prend à peser le pour et le contre sur les bienfaits de la lobotomie).
L'art ayant parlé, on voit les jeunes se rejoindre dans la rue, toujours polis, toujours jolis, toujours blancs. Fagotés comme des jeunes, c'est-à-dire n'importe comment, mais c'est génial, ils sont jeunes, pas très vifs, pas très pressés, mais souriants, amicaux, presque fraternels, et toujours très blancs. Le meneur est une meneuse, comme au Medef, preuve que le monde change et que la femme a enfin toute sa place dans notre société.
Où vont-ils ces petits sacripants enjoués ? A la manif ? Non ! Ils vont à l'école. Probablement le lycée. Oui, puisque sur le plan suivant, ils sont face au tableau, ne défouraillent pas de sinistres et assourdissants coups de kalachnikov en direction du professeur (jeune, cool et tellement tolérant). Les jeunes, comme s'ils lui avaient fait une bonne blague vachement concernante, ont simplement tracé à la craie sur le tableau avec force décorations de jeunes ces quelques mots : « Et pour demain, on fait quoi ? ». « Que fait-on » auraient-ils dû écrire, mais on leur excuse la licence prise avec la forme interrogative, ils en sont encore loin (de la licence).
Ah ! Ah ! Ah ! Le professeur jeune cool et tolérant sourit de son bon sourire de bon professeur. Ces jeunes, quelle fraîcheur ! Leur monde imagé est celui des bisounours.
Et pour demain, que fait-on ? La réponse est toute trouvée : on investit son petit pognon dans un plan de retraite par capitalisation ! Parce que par répartition, si vous voulez, comment dire... C'est pas jeune !
Et dire qu'aujourd'hui, 12 octobre, ces sales mômes (probablement de banlieues rouges et issus d'on ne sait quel croisement plus ou moins contre-nature) se laissent manipuler par des syndicalistes qui défilent le couteau entre les dents et s'en prennent à la réforme phare d'un gouvernement qui fait tant pour le capital des honnêtes sociétés d'assurance, des braves établissements bancaires et du fleuron de l'entrepreneuriat français.

Ces lycéens qu'on manipule, c'est tout un peuple qu'on... embrouille.

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cruella 12/10/2010 18:44



Excellent!