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Décervelage chronique – Chronique sur le décervelage

Publié le par L'ours

Ainsi nous en sommes là. Nick the First avait décidé de supprimer la publicité aux grandes heures sur le service public. Probablement, pensais-je – je n'étais pas le seul – l'opération servirait favorablement les chaînes amies du réseau hertzien dont les recettes publicitaires chutaient cruellement et celles de la TNT ne demandant qu'à enfler, à savoir TF1, M6, Direct 8.
Bilan, la publicité sur la une et sur la six n'a pas cessé sa dégringolade (en termes de rentabilité) et ne s'est jamais aussi bien portée sur le service public, au point que la dotation de l'Etat a été revue à la baisse.
Horreur, malheur, déconvenues, avanies. Le grand petit commerce se prend les pieds dans le tapis. Le temps de cerveau disponible s'est libéré pour d'autres médias et d'autres occupations. Un sale coup à filer la jaunisse à l'agent orange, Séguéla. Pour un peu, il serait contraint de revendre son stock de Keltons. Il fallait réagir.
Le SNPTV, Syndicat national de la publicité télévisée a réagi avec l'aide de quelques partenaires : TF1, M6, Canal+, Lagardère publicité, M6 Publicité, TMC Régie. Et quoi de mieux pour inciter d'éventuels annonceurs à acheter de l'espace publicitaire que d'inciter les couillons à regarder la publicité TV en les convainquant qu'ils aiment la pub TV. Et que ça ne date pas d'hier.
On connaissait déjà la nuit des publivores, monstrueuse chose qui se déroulait au Grand Rex où les spectateurs s'enfilaient durant une nuit entière les publicités "mythiques", à bramer les slogans, chanter les refrains entêtants des marchands de rêve à prix cassé, dans l'illusion d'appartenir à un groupe, un mouvement, une tribu, la caste pseudo élitiste des communicons, grands avaleurs de soupe tiède étiquetée culture fraîche. Tout ceci parce que des réalisateurs de spots se sont essayés à cette pratique alimentaire avant de devenir de "grands" réalisateurs. Le public publivore pour sa partie la moins atteinte de crétinerie cherchait à y déceler le talent en devenir, les marques déjà présentes d'un univers d'artiste. On prenait le crayonné pour le chef d'œuvre, l'entraînement pour la performance.
On en est réduit aujourd'hui à redorer le blason de la publicité TV. A grands renforts d'images du temps passé, de ces spots qui nous ont marqués, que possiblement, mais les communicants en sont persuadés, nous avons aimés parce qu'il y avait une trouvaille dans celui-ci, ou dans tel autre un gimmick dont on ne parvenait pas à se débarrasser tant il avait été martelé (dans ces conditions, aime-t-on sincèrement ?), on fait de la pub pour la pub.
Belle réussite de la société de communication tant vantée qui se voit contrainte de s'alimenter elle-même.
La pub télé c'est pour ça qu'on l'aime. Titre du slogan de la campagne de pub pour la pub. Insidieuse, elle n'est pas qu'un simple spot. C'est aussi un site qui présuppose que vous et la publicité, c'est une grande histoire d'amour, avec un jeu à l'accroche efficace : «Vous pensiez être incollable sur la pub TV ? Cliquez ici. C'est le jeu du qui est qui ?», avec des infos qui vous font «entrer dans les coulisses de la pubTV, […] à l'attention des professionnels, des enseignants, des étudiants…, pour tout savoir sur les "+" de la publicité et de la publicité TV», avec la vente en ligne d'un DVD «Vu à la télé : de 1968 à nos jours» conçu par la "cinémathèque Jean-Marie Boursicot". Que des gros mots ! Et un lien qui dirige sur le site du SNPTV sur lequel il y a tout un tas de trucs chouettes, des newsletters, des flash, des tableaux de bord, très chic, ça le tableau de bord, en gros, des communiqués du SNPTV. Il y a même un espace membre ! On n'est jamais assez membré pense-t-on chez les mangeux d'pub ! Et des offres d'emploi ! Ô joie sans égale ! Des offres d'emploi pour trouver du travail en ces temps de pénurie ouvragière. Certes, à ce jour, la dernière remonte au 23 décembre 2009, avant que le petit papa Noël ne la mette dans sa hotte, probablement.

Prêts à vider vos têtes ?, vous demandent les fils de pub. Plutôt non, ils nous y incitent. Ils tendent à nous faire croire que nous l'aimons ; c'est comme le Port-salut, c'est marqué dessus, sauf que ce n'est pas un fromage. Vous adhérez ? Normal, c'est comme l'étron, ça colle à la semelle.

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