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Faire d'un cas une généralité

Publié le par L'ours

Bouh, la mauvaise manière de populisme, geint-on, du côté où je ne suis pas, à propos des affaires qui agitent Eric Woerth, qui ont ébranlé ou secouent certains des plus hauts personnages de l'Etat à de plus petits.
Gros mot recouvrant une sale idée, le populisme, tout rempli d'arrières-pensées et d'une stratégie dissimulées par un brouillard de mensonges dans lequel ne scintille qu'un lumignon pâlot de vérité que les foules abruties tiennent pour un phare.
Il convient, lorsque l'on est attaqué de la sorte, de crier au populisme.
Mais que faire lorsque l'on est un Rom ? Un de ces nomades dont on voudrait bien qu'il se sédentarise une bonne fois quelque part et précisément ailleurs. La Roumanie semblerait indiquée, non ? Que faire lorsque l'on est manouche ? Que faire lorsque l'on fait partie de ces « gens du voyage » alors que le président de la République tient une réunion tout ce qu'il y a de plus sérieux et de plus officiel sur les « problèmes que pose le comportement de certains parmi les Roms et les gens du voyage ». Que faire ? Crier au populisme ?
Parce que le fait de jeter en pâture à l'animosité d'une population – animosité ou méfiance déjà existantes – une catégorie ou l'intégralité d'une autre population me rappelle un fâcheux précédent. La chose se passait au siècle dernier, dès la fin des années 20, chez nos voisins allemands et pour le coup se réclamait d'un certain populisme.
Et le grand et fantastique débat sur l'identité nationale ouvert l'an dernier prend des teintes nouvelles, un éclairage plus précis, on entrevoit mieux l'œuvre et la volonté de l'artiste.
On s'est interrogé sur la nature « française » du résident. Maintenant, on désigne à une éventuelle vindicte populaire le nuisible et le parasite, le voleur et l'assassin.
Une escarmouche avec la police, dans laquelle du sang fut versé et la mort donnée à un braqueur, suffit pour que la « question rom » soit décrétée d'importance et d'actualité.
Faire d'un cas une généralité et en tirer des conséquences !
Qu'un flic soit la malheureuse victime d'un albinos, une loi serait votée contre les cheveux blancs et seraient fichés ceux qui ont les yeux rouges.
Partout en Europe, cette population Rom (la plus grande minorité en Europe) est la cible des mouvements d'extrême-droite radicaux, néo-nazis, mais aussi des gouvernements. Depuis 2008, le mouvement s'accélère et prend de l 'ampleur.
Ont régulièrement lieu des manifestations anti tsiganes (en République tchèque, en Hongrie), organisées par des partis d'extrême-droite plus ou moins importants, des agressions très violentes de Roms, par des groupes néo-nazis ou de skinheads, des discours de haine raciale (Bulgarie, Croatie, République tchèque, Italie), des incendies de logements ou de campements, des jets de cocktail Molotov, des meurtres (en Hongrie), mais aussi des actes de policiers (France) et des déclarations de personnalités politiques telles celles du ministre de l'Intérieur italien qui voulait « démanteler sur le champ tous les campements roms et les habitants expulsés ou incarcérés » (La Repubblica, 11 mai 2008).
Des actes de ségrégation graves sont perpétrés par les populations, allant de l'érection d'un mur entre populations rom et non rom, jusqu'à l'accès à l'éducation des enfants roms, ceux-ci étant souvent placés dans des écoles spéciales « conçues pour des enfants et des élèves âgés de 3 à 19 ans atteints de handicaps mentaux et (ou) physiques, souffrant de déficiences auditives, visuelles et (ou) de parole, et de troubles du développement » (extrait de Statistical Yearbook of the Czech Republic, Bureau statistique tchèque, 2005). Des réjouissances réservées aux Roms, j'en passe, et beaucoup.
Discriminations de toutes sortes, dans tous les domaines, logement, éducation, travail, santé ont été pointées par la Commission des questions juridiques et des droits de l'homme au sein de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe dans son rapport du 26 février 2010.
Itinérante victime, coupable de tous les maux, accusé d'office, le Rom est un exutoire à la crise. Ah qu'il est libérateur de pointer du doigt, mettre à l'index, le pauvre rom, de l'estampiller voleur de poules, saucissonneur de voitures, violeurs d'enfants, assassin de grand-mères et accessoirement braqueur de casinos. De le marquer, de résumer son engeance à gros traits et de faire régner l'ordre en faisant jouer ses muscles. L'exercice, y a que ça pour lutter contre la déprime !

A quand les brigades d'honnêtes citoyens recrutés pour porter le képi en carton et l'uniforme martial sur une chemise brune impeccablement repassée, pour nettoyer la vermine et faire respecter l'ordre ? Avec tout ce chômage, gageons que les bonnes volontés ne manquent pas, d'autant qu'il ne faut pas négliger le prestige de l'uniforme qui vous place un homme.

Mais que l'on ne crie pas au racisme si d'aventure on était ému de cette réunion sur les « problèmes posés par les Roms et les gens du voyage » ou cette harangue de Pierre Lellouche (secrétaire d'Etat aux Affaires européennes) à ses homologues : «Si nous ne voulons pas nous retrouver à contretemps de mouvements d'opinion publique négatifs, nous devons réagir tous ensemble».

Accuser un ministre, un gouvernement de racisme, ce serait probablement céder à la tentation populiste.


Tears, Pierre Blanchard, Dorado Schmidt

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