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Haro sur la chiraquie

Publié le par L'ours

Ah ce n'est pas flamboyant. Pas de quoi tirer de la gloriole de ce haut fait d'arme. Mener un président de la République à la barre d'un tribunal correctionnel, ça devrait vous donner un peu de lustre, ça devrait vous poser en chevalier blanc en lutte contre la corruption, en intransigeant défenseur des intérêts du citoyen. Le problème, c'est que quand le type en question n'est plus président, qu'il n'a plus le pouvoir de vous flinguer, et qu'en outre il approche les quatre-vingts printemps, le haut fait d'arme ressemble au tir de kalach sur une ambulance.

Certes, il doit se trouver peu de gens qui adresseraient à Chirac un brevet de vertu. Certes, quelques-uns doivent considérer qu'il n'y a là qu'un juste retour des choses, que pour une fois, ce n'est pas un lampiste qui endossera les responsabilités et devra répondre de sa conduite passée. Pour le coup, ce n'est pas Juppé qui encaissera à la place de celui qui l'avait adoubé "le meilleur d'entre nous".

Donc le citoyen Chirac, ci-devant président, après avoir longtemps régné à la mairie de Paris va se retrouver devant les tribunaux. Il était temps direz-vous ! Pour quel chef d'accusation ? L'attribution d'emplois fictifs à des personnes lui ayant rendu service ou qui étaient appelées à le faire justement lorsqu'il était en charge des affaires de la capitale.

C'est beau la Justice. Quand l'homme est à terre, il ne faut pas hésiter à sortir de son trou pour lui tataner les côtelettes et l'hypogastre.

Il est vrai que le législateur lui avait fourni un bouclier judiciaire ad hoc qui interdisait à la justice de passer. Ne pas l'attaquer alors que la garde du chef de l'Etat est définitivement baissée, reviendrait à accorder à celui-ci une immunité totale et permanente. On aurait beau jeu, alors, de tomber à bras raccourcis sur les magistrats et la classe politique dans son ensemble en criant à l'oligarchie.

Mais une justice qui ne passe que lorsque l'on veut bien la faire passer et qui choisit ses cibles lorsqu'elles sont désarmées laisse un goût suspect. Je ne plaide pas ici pour l'impunité de nos politiciens indélicats, mais pour un plus grand contrôle des agissements de ceux que l'on est en instance de choisir pour diriger notre nation, et au bon moment, c'est-à-dire avant qu'ils ne se présentent à une élection présidentielle.

Est-ce si grave que d'envoyer (ou ne serait-ce que de tenter de le faire) un ancien président en prison ? D'autant que les Français ne sont pas bêtes et savaient parfaitement qu'à sa réélection Chirac traînait autant de casseroles que peut en proposer le quincaillier du coin. Ils en avaient même fait un slogan lorsqu'ils manifestèrent contre la présence de Le Pen au second tour des présidentielles de 2002. Mais, est-ce bien à la Justice de faire valoir un droit d'inventaire que le peuple serait habilité à réclamer ? N'y aurait-il la possibilité d'agir autrement ? Puisque nous avons par le suffrage universel fait entrer l'homme dans l'Histoire, ne pourrions-nous confier ce droit d'inventaire aux historiens ? 

Ainsi, peut-être aurions-nous une chance de savoir ce que contenait la cassette Méry ?



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