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Honte à vous, soyez maudits !

Publié le par L'ours

Les mauvais sentiments n'attendent jamais très longtemps avant de s'exprimer. Particulièrement lorsque ce sont précisément de bons sentiments que l'on veut mettre en avant. La chose est paradoxale ? C'est parfait, j'adore le paradoxe.
Quand je dis mauvais sentiments, je sous-entends ici erronés, comme lorsque l'on parle de faute face à un écrit qui ne respecte pas l'orthographe. C'est un lieu commun, car la connotation de culpabilité du mot "faute" n'a guère raison d'exister dans la manière d'écrire des mots, des phrases. A moins, bien sûr, en toute connaissance de l'orthographe, de volontairement émailler son texte d'incorrections, voire qu'après mûre réflexion on le truffe d'inexactitudes, ajoutant la préméditation à la faute.
Le sentiment général éprouvé à l'égard du peuple d'Haïti qui vient de subir un énième cataclysme, un abominable tremblement de terre dont on ne sait encore calculer le nombre des victimes, détruisant aux trois-quarts la ville de Port-au-Prince, est qu'il accumule les catastrophes. Chacun se fait alors comptable des tourments que les Haïtiens ont endurés : colonisation, esclavage, séismes, dictature, cyclones, misère chronique, instabilité politique... Une telle liste amène les journaux qu'ils soient de papier, de voix ou d'images télévisées à user de gros mots, en particulier celui-ci : malédiction.
Et voilà le grand manitou de nouveau convoqué à notre perception des événements.
Les Haïtiens seraient donc maudits ! Une main aussi puissante qu'invisible aurait au fil des siècles déchaîné les éléments, fait rompre la croute terrestre, comme elle aurait fait venir de violents conquérants, des voleurs d'hommes des violeurs de femmes et d'enfants, tout autant, cette volonté divine aurait installé au pouvoir une sinistre dynastie de despotes armés des redoutables tontons macoutes.
Haïti serait une île maudite, pointée par un doigt impitoyable, pour qu'une condamnation divine s'exerce sur un peuple coupable ou que la force du destin animée par un esprit surpuissant s'acharne à abattre le malheur sur lui.
Certes, le peuple haïtien est un peuple empreint de mysticisme, mêlant volontiers le Vaudou au Christianisme. Mais n'est-ce pas en raison même de son malheur que l'homme tente de se réfugier dans le surnaturel, parce que ne pouvant influer sur la réalité, il le justifie par une puissance invisible ? N'est-ce parce que le soleil, l'océan, la mort sont incontrôlables qu'on en a fait jadis, universellement, des divinités ?
Devons-nous pour autant continuer à donner crédit à ces vieilles lunes ? Véhiculer dans les reportages, à chaque catastrophe qui se produit, cette notion superstitieuse de la religion, à donner à la crédulité du lecteur ou du spectateur de la "malédiction" ici, du "miraculé", de l'"épargné", de la "bénédiction" là quand tel ou tel est rescapé ou n'a pas été touché ?
Voire même, en rajouter, à l'instar de TF1, (jité de vendredi à 13 H) avec ces reportages (Chapitre 3 : une miraculée sous les décombres de l'hôtel Montana), (Chapitre 12 Les missionnaires français en deuil, "Parmi les 1400 Français qui se trouvent en Haïti, il y a un certain nombre de religieux et notamment des Bretons comme ces prêtres de la Congrégation Saint-Jacques"), et dans les autres "sujets" parsemés ici ou là de ces commentaires de journaliste ou de victimes : "touchés, broyés, mais vivants, ce sont les miraculés du séisme...", "il y a des jours, on se dit si Dieu existe ou n'esiste pas, pour ceux qui sont dans cet avion, Dieu a existé pour eux ce jour-là",  "Dieu merci, je suis en vie"...
Ou ce reportage sur les représentants des associations Haïtiennes en France [...] parmi ces participants, le pasteur Luc Saint-Louis, il représente l'association des églises évangélistes haïtiennes en France. Nous nous retrouvons ce matin dans son église. Beaucoup d'Haïtiens sont très croyants et se réfugient actuellement dans la prière..."
Comme on le voit, les affaires marchent pour les assistants de l'âme. Et puis, rien ne vaut une bonne messe pour que les familles et les survivants puissent apaiser leur douleur au fil du temps et continuer à faire vivre l'Eglise. L'Eglise, c'est-à-dire les petites églises qui s'occupent des petits problèmes et le Vatican qui s'occupe des grands.

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ceriselibertaire 19/01/2010 17:49


Il doit être miraculé le haïtien que l'on a expulsé et qui est toujours dans un centre de rétention. Saloperie de traitement médiatique et politique de la catastrophe.


Cari Li 17/01/2010 15:41



Quand j'ai entendu dire que "beaucoup d'Haïtiens sont très croyants et se réfugient dans les chants et les prières...", j'ai pensé qu'en cas de séisme, il serait plus astucieux de se
réfugier dans les champs !