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Hybris et Némésis - Pan metron, de la mesure en toute chose

Publié le par L'ours

De la mesure en toute chose.
Les Grecs anciens avaient un destin. Il était fait de bonne et mauvaise fortunes, de bonheur et de malheur, répartis en fonction de ses rapports avec les dieux, avec les hommes, avec la société. Chacun selon son rang avait son lot. Bien loti, mal loti, fallait faire avec, et assumer.
Certains, aux dents longues, aux appétits gigantesques et féroces en voulaient plus que ce que le destin leur avait attribué.
Cette propension a désirer plus que sa part, fautive, était l'hybris. Les dieux châtiaient l'hybris par la némésis, une peine qui avait pour dessein la rétractation du fautif à de justes limites, pouvant aller jusqu'à la destruction en passant par la malédiction, la proscription, la déchéance, illustrée par des joyeusetés comme se faire dévorer le foie par un aigle ou voir le ruisseau s'assécher au moment où on veut s'y désaltérer, d'où les notions de morale de la mesure et de justice. Pan metron, de la mesure en toute chose.
Eric Woerth, qui n'a pas une tête de voyou, connaît depuis cet été quelques petits problèmes. La presse, qui est là pour informer le démocrate moyen des faits honorables et des turpitudes de ceux qu'il a élus, de ceux qui administrent l'espace public, s'est fait longuement l'écho d'affaires de financement, de soupçons de prérogatives accordées à des proches, de récompenses honorifiques ressemblant à des renvois d'ascenseur pour mauvaise conduite y mêlant le nom de ce ministre. Bref, il y a agitation dans le marigot et on s'aperçoit que l'eau y est boueuse.
En Iran, une veuve, Sakineh Mohammadi-Ashtiani, a été accusée d'avoir eu des rapports sexuels hors mariage avec un homme, puis condamnée à mort par lapidation, c'est à dire tuée par jets de pierre, le corps enterré jusqu'à la tête. Ce verdict soulève l'émotion internationale et va toucher jusqu'à la femme de notre président qui, il n'y a guère longtemps accordait dans une interview de sérieuses vertus de bien-être à une polyandrie moderne et bien assumée. Elle pourrait de nouveau chanter Tonton Georges et fredonner « Ne jetez pas la pierre à la femme adultère, je suis derrière ». Et ce n'est pas moi qui lui reprocherais.
Eric Woerth, qui n'a pas une tête de voyou, en a assez de l'agitation qui se fait autour de son nom et des mises en cause de sa probité. Et il le fait savoir.
« Je subis depuis deux-trois mois une sorte de lapidation médiatique assez impressionnante... C'est un peu une chasse à l'homme, comme il existe ici des chasses à courre. Sauf que c'est moi qui joue le rôle du cerf ».
Ah quelle envolée ! On est dans la tragédie !
Imaginez-vous, ce pauvre homme, traqué et promis à la curée d'une meute de chiens – c'est ainsi que l'homme politique meutri nomme les journalistes – acculé, forcé au sacrifice, voué à la dague du veneur, tremblant pour ses daintiers.
Quelle exaltation dans la métaphore ! Quel à propos ! Lapidation médiatique.
Certes, la presse parle, mais c'est surtout la Justice qui est concernée, puisque la Cour de justice de la République va peut-être être saisie pour juger des éventuelles infractions de prise illégale d'intérêts et de favoritisme auxquelles se serait livré le ministre.
Eric et Sakineh, même combat ? Même abominable châtiment, même issue ?
Ne dépasserait-il pas un tantinet la mesure dans son commentaire ? Ne l'a-t-il déjà dépassée dans ses actes passés et ces cris retentissants, « Taïaut, taïaut », résonnant encore à ses oreilles ne sont-ils pas la manifestation de l'antique némésis ?
Si ça se trouve, il attend secrètement que Carlita lui vienne en aide pour lui épargner la lapidation. 

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fafa 29/08/2011 08:12