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L'expression du jour : bourrer le mou

Publié le par L'ours

Certes, elle est populaire, voire familière, mais en aucun cas il ne s'agit d'une impropriété, l'expression du jour, inspirée par l'actualité est : bourrer le mou. Il m'a bourré le mou. Elle nous a bourré le mou.
Mais qu'est donc le mou ? Et qui donc bourre, et à qui ?
Bourrer le mou est l'adaptation populaire de l'expression bourrer le crâne. Le mou étant ce qui se trouve normalement à l'intérieur du crâne : la cervelle. Il faut reconnaître que le populaire a ce talent d'adapter (et la nécessité de s'adapter) sous peine de quoi, il ne comprendrait plus rien à rien et ne saurait comment s'en sortir. Le grand patron et le ministre, à quelques exceptions près, n'ont pas cette nécessité. L'exception en la matière pourrait, par exemple, être représentée par un Bernard Tapie, qui a eu besoin, à certaines heures de sa carrière, de l'adhésion du populaire pour mener à bien ses entreprises d'enrichissement personnel, tant pécuniaire que politique, mais la question n'est pas là, bien que grand bourreur de mou.
Le grand patron et le ministre, n'ayant pas la nécessité de bourrer le mou, bourrent les crânes avec cette délicatesse de langage et l'élégance qui siéent à leur condition. Le populaire adaptera en parlant de standing, voire de standinge ; il est rigolo, le populaire.
Ces dernières années, pour ne pas fâcher le populaire, on a demandé aux ministres de ne pas cumuler leurs mandats d'élus et de ministres, au prétexte qu'ils devaient s'atteler pleinement à la tâche qui leur est dévolue. Il serait incompréhensible (en effet, au populaire à qui on demande de se donner au maximum, voire à 120, 150, 200 % de ses possibilités ce qui représente, notons-le, une grande performance en plus d'être excessif) qu'un ministre administre à mi-temps son ministère.
Le grand patron pour mériter ce grand qualificatif se doit d'être extrêmement travailleur et extrêmement talentueux. Les patrons, ne nous le serinent-ils pas assez souvent, ne se contentent pas de 35 heures, pas de quarante heures, même pas de 48 heures de travail hebdomadaire, mais, ils s'en vantent, de bien plus, il n'est pas rare de les entendre témoigner qu'ils font 35 heures en deux jours, qu'ils travaillent 72, 80 heures par semaine. Ils sont grands, forts et peu économes de leur temps. Et tout ceci n'est rien en regard de l'immense responsabilité qui les accable, celle de faire croître l'entreprise, ce Graal moderne, celle de préserver l'emploi, celle de protéger leurs salariés. Ce n'est pas rien !
Les grands patrons se doivent d'être bien payés. Et même très bien ! En récompense des années de sacrifice passées à étudier dans une grande école. Et sans même bénéficier d'une bourse ! Il faut se souvenir de ces heures sombres, pendant lesquelles ils se privaient des spectacles habituels pour jeunes boutonneux lorsqu'ils devaient souffrir, frustrés, d'une discrimination les contraignant à ne pas fréquenter le populaire.
Et que ne dit-on pas d'eux pour la simple raison qu'ils sont de grands patrons ! Ah société ingrate !
L'actualité porte aujourd'hui ses feux vers un grand patron. L'homme dirige Véolia. Dès sa sortie de l'école, Henri Proglio, c'est son nom, a intégré la Compagnie générale des eaux. Par la force du poignet, il en devient PDG. La société se transforme en Vivendi, puis l'une de ses branches en Véolia environnement. Ça s'occupe de traitement, transport et vente de l'eau du robinet, de traitement des déchets, d'énergie et transport d'énergie. Tout ceci faisait partie du service public. Vulgaire et peu européen, on l'a ouvert à la concurrence pour que ça se vende mieux, moins cher et rapporte plus d'argent.
Le poste est lourd, Henri passe de longues heures à bosser dur, à sacrifier son casse-croûte du midi avec les copains du bistrot pour de longs et fastidieux déjeuners de travail dans de grands restaurants, où il faut bien se tenir et où la bouteille d'eau coûte jusqu'à des 15 euros ! Lui qui en vend pour pas cher ! Son salaire vaut bien sa peine ! Et de surcroît, il ne se plaint pas.
En novembre 2009, on le nomme à la tête d'EDF, un sombre et vulgaire service public. Encore du travail pour Henri !
Mais l'homme n'est pas paresseux. D'ailleurs, il n'est même pas syndiqué à la CGT comme bon nombre de ces collaborateurs. Patron un jour, patron toujours se dit-il, résigné. Il est né avec sa croix, il ira patronner à EDF, pas pour privatiser, mais parce qu'une synergie est nécessaire entre marchands de tuyaux privés et publics. Mais, foi de coquin qui s'en dédit, il ne prendra pas un sou de plus, bien payé qu'il est. Chez Véolia il ne sera que président non exécutif. Il l'a promis juré à la ministre Lagarde de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi. La ministre, qui n'est pas une buse puisqu'elle a été avocate à Paris et dans le plus grand cabinet d'avocats aux USA, conseillère dans une grande multinationale financière, puis plusieurs fois ministre, la ministre, donc, entend bien ce que'Henri affirme promis-juré. Comme le populaire aime la transparence et qu'il ne comprendrait pas qu'un patron deux fois à mi-temps soit payé deux fois un plein-temps, la ministre Lagarde de l'Emploi, de l'Industrie et de l'Economie clame au populaire que promis-juré le bon Henri ne percevra qu'un petit million d'Euros (et sans doute les tickets-restaurants, mais ça, on ne le dit pas vraiment).
Patatras.
Henri aura deux salaires.
Quelqu'un a bourré le mou à quelqu'un.
Mais qui ?
Qui donc a la cervelle si molle ?

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Cari Li 22/01/2010 10:48


"J'ai décidé de renoncer à toute rémunération en tant que président non exécutif de Veolia", a-t-il déclaré. Il ne touchera donc plus que 1,6 million d'euros. Une bagatelle !


L'ours 22/01/2010 10:52


Attends, la suite arrive !