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La croix et la bannière

Publié le par L'ours

Voilà une nouvelle qui me réjouit par l'ampleur du problème qu'elle sous-tend. A la lecture de cet article sur Slate.fr, on réalise que l'on ne devrait plus dire Jésus-Christ. Et pourquoi se priverait-on de ce petit plaisir ? Parce que Jésus, peut-être, oui, sûrement, mais Christ, plus. On l'a dit, on l'a cru, on avait tort.
Fait établi, Jésus est mort. Pourquoi, comment... Laissons-le « pourquoi » aux chrétiens, s'est dit Gunnar Samuelsson, chercheur de l'université de Gothenburg, en Suède, intéressons-nous au « comment ». Et il déduit de ses travaux que rien n'est moins sûr que le héros chrétien a péri sur la croix. Aucune preuve que les Romains pratiquaient ce supplice à l'époque, pas de références de clous ou de croix dans la Bible, affirme le chercheur ; des textes mentionneraient un mot « staurus » sans qu'il soit nécessairement question de croix...
Evidemment, ce genre d'information, issue d'une thèse de ce monsieur Samuelsson qu'il faudrait avoir lue pour en dire quelque chose, ce qui n'est pas mon cas, est à prendre avec des pincettes.
Parce que, d'une part ça va agacer les chrétiens, la symbolique va changer de forme, il faudra modifier les panoplies, les mitres, les chasubles, que sais-je, il faudra songer à changer la décoration des églises, et jusqu'au clocher, c'est très perturbant.
D'autant que l'on ne sait pas très nettement quoi mettre à la place de la croix. On reste dans le flou. Que va-t-on suspendre au cou de la communiante pas encore nubile et à celui de la vieille grenouille décrépite de bénitier, qui n'a rien connu de l'amour depuis qu'elle l'est devenue ? Du flou ?
Une chaîne en or avec un bout de flou qui pendouille ? Allons, soyons sérieux.
Nombre d'érudits ou supposés tels, ne serait-ce que par eux-mêmes pourront sûrement citer des textes contredisant l'absence d'usage de la croix aux dates concernées, la polémique peut durer mille ans.
Outre le décorum, le rite lui-même risque d'en prendre un coup. Plus de signe de croix, la Sainte Trinité, elle repose sur quoi, alors ? La croix, finalement, si elle n'était que symbolique, qu'elle n'ait pas existé, mais qu'elle soit non pas la représentation du supplice, mais un simple support à la ritualisation de la foi commune des chrétiens. A travers un signe simple, facile à reproduire dans le geste ou à l'écrit.
Si le fait était attesté incontestablement, beaucoup de choses changeraient et des questions passionnantes (note le jeu de mots, pépère, il est bien venu, celui-là) seraient mises à l'ordre du jour. Comment expliquerait-on les stigmates apparaissant aux paumes et aux pieds de certains mystiques ? Il faudrait bien se résoudre à envisager la piste psychologique.
Que ferait-on du stock de ces infâmes croix devenues inutiles et sans valeur ? Dans les églises, dans les maisons, dans les cimetières ! Des épouvantails à corbeaux, pour les plus grandes, à moineaux pour les plus petites.
Et que faire du pauvre bonhomme qui y était suspendu et dont il aurait fallu le décrocher ? On ne va pas le laisser les bras tendus sur la pointe des pieds, ça n'aurait aucun sens, ce n'est plus un supplice, c'est un calvaire. Et puis il ne tiendrait pas ! Comment faire ? Le planter en terre ? Ad vitam æternam les bras tendus sans support, c'est inhumain. On ne pourrait adorer ça !
Je provoque. Oh pas méchamment. C'est mon côté irrévérencieux.
Quoi qu'il en soit, Staline était plus facile à déboulonner. Il lui suffisait de mourir pour disparaître à peu près totalement. Jésus, c'est le contraire. Peut-être bien parce que lui ne voulait pas être une idole !

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