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La dette

Publié le par L'ours

C'est cruel ! A la Charité-sur-Loire, ce week-end, c'était la fête des mots. Ah, déjà un anglicisme ! Week-end. Fin de semaine. Après tout, pourquoi pas, pourquoi n'userions-nous pas d'anglicismes dès lors que les Angliches importent des termes français ? Voilà du bon commerce, après tout, qui se fait sans le truchement du trébuchant, mais seulement du sonnant.

Faire la fête des mots que c'est beau. Surtout lorsque dans le même temps, on célèbre la fête des mères. Pétainisme mis à part, dont on se fout par ailleurs – il y a belle lurette que le vieux maréchal est enterré à l'Ile d'Yeu après y avoir été consigné et été déclaré indigne ce qui pour le moins était justifié – il y a un lien entre la langue et la mère, n'était-il naturel que l'on fêtât les deux ensemble.

Le mot de l'année – car il y a un mot de l'année – a quant à lui été choisi par le jury de ce festival de la Charité-sur-Loire, et il n'est pas gai. Il n'est pas gai, car nous ramons. Nous pourrions nous en amuser assez aisément, adverbe choisi à propos, car à la Charité, le mot roi est dette. Après avoir entendu notre líder minimo à nous (mini-mot ?) gloser sur Mitterrand et la retraite à 60 ans, le calembour fait sens, ici, il amusera l'adepte umpiste, ne soyons pas un nain sectaire possiblement de marque Président et déridons les foules sans petit mental. Ah Ah ! Le mot roi est dette ! Assez ri.

Le mot de l'année – fallait-il l'élire – donc, est dette. La dette. La vôtre, la mienne. Celle que l'on a envers l'établissement prêteur, souscrite par d'autres, mais remboursable collectivement par tous (quoique cela reste à vérifier), mais aussi celle que d'autres ont envers vous. Ainsi, pauvre comme Job, mon job me fait l'honneur d'une dette non acquittée. La dette non honorée, quitterai-je mon job ? Car je suis comme qui dirait demandeur. Tributaire, en quelque sorte. Je n'ai plus rien, mais je risque d'avoir encore moins. Pas même l'espoir d'une embellie. Pas même l'espoir. L'espoir serait du crédit ? De nos jours, à qui apporter du crédit ? Tout le monde est débiteur ! Et d'ailleurs, la somme n'est pas si conséquente, en regard de ce que représente réellement, humainement, devrais-je dire, cette dette.

On me dit conjoncture, on me dit problèmes passagers. Pour passagers qu'ils soient, les problèmes ont tendance à stagner – la mode du durable ? – et je reste à ce jour dans le confidentiel. Mais le temps a tendance à user la confiance et la crédulité. La confiance et le sentiment. La fraternité, l'humain.

En est-il de même pour les dettes contractées par l'Etat dues par les citoyens ? A ce jour, le citoyen est encore gentil. Il regimbe, ce gros chat, mais ne sort pas encore les griffes. Il ne faut pas s'y fier. Il vaudrait mieux pacifier et montrer aux citoyens l'intérêt de la dette qui videra dans les années à venir leurs bourses. L'intérêt qu'il y avait à contracter la dette, dois-je préciser. Ne sont-ce pas ceux qui aujourd'hui font que les Bourses se contractent qui ont bénéficié hier de la dette ? Ceux qui ont été renfloués, ceux qui ont été subventionnés, exonérés de charges ? Ici aussi, on se rend compte que l'égalité et la fraternité ne sont pas des vains mots. Qu'ils chargent de sens la société, et qu'ils la cimentent.

Probablement ma vision est simpliste, comme l'est la ligne débit du relevé de compte venant de la banque, qui ne prend pas en compte la dette de celui-ci, les accords verbaux avec celui-là, promesses engageantes qui n'engagent que celui à qui elles sont faites.

Quelle idée que d'élire « dette » le mot de l'année. Car il y en a des dettes ! De toute sorte. Dettes de jeu, dettes d'honneur. Le jeu reste, mais il n'y a plus d'honneur. Le mot honneur n'est plus guère en cour. La dette d'honneur n'a plus cours tout comme la dette de sang, les affaires d'honneur ne se réglant plus dans le sang.

J'ai décidé d'aiguiser mes crocs et me tiens prêt pour mordre.

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