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La droite est morte

Publié le par L'ours

Allez zou, le voilà expédié, le premier tour de la présidentielle avec d'approximatifs résultats dévoilés par nos voisins francophones. Bilan de l'opération, la surprise vient de la grosse participation au scrutin. La deuxième surprise, feinte, je pense de la part des analystes, la place qu'occupe le Front national sur l'échiquier politique.
L'estimation des scores de chacun enfin délivrée au téléspectateur, vient le moment des réactions des déclarations des candidats et de leurs soutiens.

Face aux « on a gagné », les « on n'a pas perdu ». Celui qui de toute évidence a gagné, c'est « le peuple qui souffre », tout le monde n'a que son nom à la bouche.
Bayrou et Joly font peine à voir. Ni l'un ni l'autre ne méritait une telle humiliation et un tel mépris pour leur pondération. Leur échec indique la teneur hautement épidermique de cette élection. Et les 2,3% d'EELV mis en perspective avec les accords passés avec le PS constituent une épine dans le pied du candidat socialiste que les pittbulls de l'UMP, Copé et NKM attaquant en meute ne manquent pas de titiller dès leur prise de parole face à Martine Aubry. Gageons qu'ils rivaliseront de méchanceté durant la suite de la campagne. Ça va saigner hallal, sans coup d'étourdissement !
La première évidence est que ce vote a traduit l'irritation des Français, qui se trouve dans le score du sortant, siphonné par Le Pen. Il n'y a d'ailleurs pas de quoi s'en étonner.
Sarkozy l'avait annoncé : « Je creuse mon sillon avant de semer », avait-il dit en substance, j'en avais parlé dans un précédent papier. Durant ces cinq dernières années, avec l'aide de la Droite populaire, émanation de l'UMP, il a en effet tracé le sillon populiste de la xénophobie, pensant vider le FN de sa substance, il a décomplexé à la fois cette droite dure et injuste, antisociale, et ouvert des opportunités de prise de parole de banlieusards saturés d'émigrés, de gens perdus dans l'idéologie du libéralisme mondialiste. Eh oui, il faudra bien s'en rendre compte le vote FN est multiple. Et je crains qu'à gauche on ne sache l'interpréter.
Double et insidieux, perfide, antinomique. D'une part celui, archaïque, d'une réaction nostalgique du pétainisme, aux souches ancrées dans l'action française, antisémite, antimaçonnique, puis celui des partisans de jadis pour une Algérie française et colonialiste, abhorrant les Arabes et enfin, celui d'un peuple qui ne reconnaît plus sa souveraineté ni celle de la France dans une Europe informe, sans culture, sans échanges humains, uniquement présente à travers les décisions d'une Commission désincarnée dévouée aux grands marchands. Ce serait si simple s'il n'y avait qu'un visage à apposer sur celui qui vote FN.
Ah ! Elle avait de quoi se réjouir Marine Le Pen, avoir engrangé le plus grand nombre de voix que sa formation n'en avait jamais récolté, y compris lorsque son père se retrouvait au second tour face à Chirac en 2002. Il suffisait d'entendre son discours aux accents patriotiques, révolutionnaires, tour à tour gaullistes, communistes pour terminer par le slogan le plus marquant de mai 68 : « Ce n'est qu'un début, continuons le combat ». Elle a beau jeu de masquer son idéologie autoritaire dans des critiques de l'établissement que tout un chacun partage facilement dès lors que l'on ne fait partie que de la masse des consommateurs, des contribuables et de la chair à travail. Il est si facile de tomber d'accord sur quelques-uns des reproches qu'elle adresse à l'encontre de Sarkozy, des élites, de ceux qui ont un quelconque pouvoir, un quelconque poids dans la société lorsque ceux-ci se montrent hautement critiquables. La stratégie du FN consiste à étayer la bassesse des sentiments par des vérités.
Le clan Sarkozy n'a pas compris une chose, qu'en allant sur les idées du FN à propos de l'émigration et en renforçant son action et son discours contre les émigrés – ce qui correspondait déjà à une part de son électorat – il légitimait l'extrême droite lui laissant le champ libre pour le laminer sur le reste de son bilan, qui reconnaissons-le n'est pas fameux !
Que Sarkozy soit réélu ou non, cette droite-là, celle de l'UMP est morte, pari est tenu que la Droite populaire ne tardera à se diluer dans le nouveau parti lepéniste qui se donnera les airs patriotiques d'union nationale. Cette droite-là est morte, je ne crierai pas vive la droite.

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