Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La grève comme un bouton

Publié le par L'ours

La grève comme un bouton. Comme une éruption cutanée. Qu'importe le motif. Le motif ne compose que le contexte, un cadre, un prétexte à changer de décor. C'est une pierre d'achoppement. Faut bien buter sur quelque chose de tangible pour s'en prendre à l'air du temps,impalpable, mais empuantissant, et épais, et lourd.
Il y a trop d'arrogance dans cette équipe gouvernementale et chez son représentant en chef,  autocrate en short, trop de cynisme chez ceux qui forment leur clientèle ; trop de délaissement, voire d'abandon de la population dès lors qu'elle ne représente pas une manne de voix pour reconduire Nick the first à son poste tant ambitionné et depuis si longtemps. La valeur des Français est relative alors qu'elle devrait, pour leur président, être absolue. Etre réélu, il y pense toujours quand il nous rase et qu'il nous tond pour le plus grand profit de ses amis et futurs clients de son activité d'avocat d'affaires et de consultant.
Ce que je ressens de cette flambée sociale, cristallisée sur la réforme des retraites, est la méfiance des Français, leur incrédulité, même, quant aux chiffres annoncés, quant au déficit des caisses de retraite, aux dates au-delà desquelles le paiement des pensions ne sera plus assuré et surtout quant à l'aspect inéluctable du remède, à savoir l'allongement de la durée du temps de travail et de cotisation.
Si l'argument de l'allongement de l'espérance de vie était valide, pourquoi n'indexerions-nous pas le nombre de trimestres de cotisations et donc l'âge du départ à la retraite en fonction de l'année de naissance ? En fonction de critères démographiques pointus. Décréter que l'on vit en moyenne deux ans de plus, tous les dix ans, ex abrupto, sans tenir compte d'éventuels problèmes sanitaires touchant une tranche d'âge, en prenant par exemple en considération l'apparition de relativement nouvelles affections comme l'épidémie de Sida, le réchauffement climatique, la multiplication des cancers, la sédentarisation favorisant les maladies vasculaires, cardiaques et autres, des problèmes de santé générés par la pollution, paraît tenir de la prévision au doigt mouillé. Tout ceci est trop flou pour le commun des mortels et trop précis de la part des politiques dont on se dit qu'ils ont intérêt à délivrer une information incomplète. L'argument semble trop péremptoire et pas suffisamment développé. Finalement peut-on attester de cette réalité statistique sans douter ? Et s'est-on seulement posé la question des modalités de la vieillesse ? Que l'on gagne deux ans de plus d'espérance de vie tous les dix ans est une chose, savoir dans quel état en est une autre. Et quel étrange calcul que de répondre par une réalité – celle de devoir travailler plus longtemps – à une simple espérance. Sur ce même principe que n'impose-t-on pas les entreprises sur leurs « espérances » de bénéfices ?
Ce que je ressens de cette vague de rébellion dont le point de crispation est la remise en cause d'un acquis social et qui constitue un retour en arrière, une régression sociale, sans qu'une contrepartie à l'échelle nationale ne soit envisagée, qui serait exigée auprès des détenteurs du pouvoir économique, sans qu'une politique efficace de retour au plein emploi ne soit mise en œuvre. Mais cela passerait sans doute par des sacrifices à effectuer sur les hauts salaires, les avantages liés aux fonctions les plus prestigieuses (stock options, golden hellos, parachutes dorés et retraites chapeau, etc.), les marges bénéficiaires et le profit des actionnaires des sociétés. Cela passerait par un certain protectionnisme honni à Bruxelles et dans les conseils d'administration. Pas touche au grisbi, la braise est brûlante !
Ce que je ressens de ce refus de la réforme des retraites est la lassitude de voir les visages de nos dirigeants politiques tantôt thuriféraires de leurs propres mesures, tantôt offusqués de l'opposition qui leur est faite, de constater impuissant leurs petits arrangements entre amis, d'entendre leurs discours pro domo, leur communication, leur propagande destinée non pas à expliquer une situation, mais à les maintenir au niveau où ils se sont hissés, la lassitude de les voir fonctionner en caste, d'assister à leurs gesticulations, à écouter les promesses qu'ils ne tiendront pas, à constater leurs reculades, à se satisfaire du mépris qu'ils affichent parfois des gens et des idées, la lassitude de leurs prérogatives et de leurs privilèges. Lassitude du choix toujours réitéré de ceux qu'il convient de soutenir et de ceux qu'il s'agit de convaincre qu'il ne le seront pas.
Réforme injuste, clament les manifestants. N'est-ce pas également un cri populaire à l'encontre d'une Justice qui n'en a que le nom inscrit sur ses palais, mais par ailleurs s'avère vidée de son esprit, lorsque pour le profit de quelques-uns, on s'abstient de la mettre en marche.
On ne veut plus les voir, on ne veut plus les entendre. Qu'ils partent, qu'ils se taisent. On parle de remaniement gouvernemental : il ne sera jamais assez vaste. L'exemple de l'équipe de France de football a fait naître un désir, celui de tout changer.
C'est une respiration face à l'obligation quasi permanente de devoir tout accepter, de toujours satisfaire les désirs et se résigner aux décisions des hiérarchies les plus diverses.
C'est pouvoir dire non, une fois, infléchir le pouvoir, c'est réaliser que l'on peut aussi être, résister aux injonctions, faire faillir l'arbitraire communément couvert par une logique à laquelle on a de plus en plus de mal à croire, à force de se sentir berné.
C'est opposer un tonitruant « trop c'est trop » aux stratégies destinées à masquer l'impéritie ou dissimuler de trop voyantes affaires de concussion ou de favoritisme.
Et ces derniers temps, ce n'est pas ça qui a manqué au pays.

La grève comme un bouton, comme une éruption cutanée. Le pays se gratte.

Commenter cet article