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Le grand spectacle de la déchéance au service des egos

Publié le par L'ours

Il y a cataclysme et cataclysme. Faudrait voir à pas trop déconner, tout de même.
Il y a le cataclysme qui te fait dix mille victimes directes, en arrondissant, les médias aiment bien arrondir, auxquelles il faut bien sûr ajouter les proches, familles et amis pleurant le mort et regrettant l'édifice dans lequel ils logeaient qui se retrouve ouvert à tous les vents à l'état de gravats. Et il y a le cataclysme médiatique qui concerne deux personnes auxquelles il convient d'ajouter les proches et amis du présumé agresseur, ceux de la présumée victime et la nation tout entière privée d'un candidat à l'élection présidentielle.
Seuls respirent, silencieusement pour ne pas paraître soulagés, les adversaires de ce candidat tombé au champ de déshonneur. Qu'il doit être intéressant à analyser secrètement, le petit sourire dégueulasse qui naît aux commissures à l'annonce de la nouvelle du jour : DSK arrêté par la police, menotté et conduit devant la justice pour tout un tas de chefs d'inculpation résumant le seul concept d'agression sexuelle. 
Intéressant à analyser, et intéressant à détailler, également le rapide calcul des conséquences et de l'attitude à tenir devant les médias pour pouvoir tirer son propre profit de ce drame humain.
Dès lors, ils sont loin, les protagonistes, dans la pensée de ceux qui vont s'exprimer.
On ne perd jamais une bonne occasion de parler et de prêcher pour sa chapelle.
Sans savoir, sans que ne soit prouvé quoi que ce soit, ici on prend parti pour lui, là on s'indigne que lui soit donnée la faveur du doute et de la présomption d'innocence.
On ressortira la dernière histoire en date, qui fit scandale parce que médiatisée, celle du directeur général du FMI qui a eu une relation avec une collaboratrice. La question était de savoir s'il avait usé de sa position dominante de mâle dominateur et de grand de ce monde. On ressortira cette confession d'une « journaliste » confiant sur un ton badin dans une émission d'Ardisson qu'elle n'avait pas bien vécu une interview de DSK, qui lui aurait demandé de lui tenir la main pour répondre à ses questions, puis passant de la main au bras pour atteindre le soutien-gorge lui avait fait horreur. Demanda-t-on à ladite s'il était fréquent dans le petit monde journalistique d'accepter de tenir la main d'un responsable politique pour qu'il daignât répondre aux questions ?
Pas une fois on argumentera qu'il a une sale gueule, parce que dire cela n'est pas un argument. Il n'en est pas moins tout autant invalide que d'affirmer que le satyre dormait en lui et que tout le monde le savait, ou que les socialistes ont de bien étranges goûts en matière de candidats. Il ferait beau à certains de se souvenir que dans leurs propres rangs, un élu local sortait son calibre pour que fût lustré à grand renfort de salive son engin phallocratique.
On assiste à un déferlement médiatique de nullités et de grande hypocrisie.
Grande hypocrisie surtout à entendre telle ou telle, chienne de garde ou homme politique, proférer que, plutôt qu'à ériger le droit à la présomption d'innocence, il pense surtout à la victime. Ouh la la ! Comme ils y pensent. Quel cauchemar n'ont-ils pas fait, la nuit dernière,  peuplé de femmes de chambre livrées à la bestialité d'un mâle abject.
Honnêtement, ça se saurait, si quelqu'un se préoccupait du sort d'une femme de chambre, noire qui plus est. Tout le monde s'en tape des femmes de chambre, hormis leurs proches, bien sûr, qui regrettent qu'elles ne soient pas actrices de renommée internationale. Comme tous ceux qui ont un statut valorisant dans la société se tapent de ceux qui n'en ont pas, et dont ils ne mentionnent l'existence que lorsqu'ils peuvent en tirer un certain profit.
Qu'elle est terrible cette image du DG du FMI, les mains entravées dans le dos ! gémissent certains. Vite, une cellule d'aide psychologique ! Certes, la situation professionnelle du prévenu n'est pas anodine, mais l'humiliation de celui-ci vaut tout autant celle de n'importe quel péquin conduit menotté sur son lieu de détention.
Et quelle horreur cette prison de Rikers Island, dont tout le monde flatte sa bouche à en bien prononcer le nom (un peu plus facile à articuler que celui du dernier réalisateur couronné de la palme d'or à Cannes*) ! Bien sûr qu'elle est horrible cette prison, comme toutes les prisons, qu'on visite celle de Rouen, pour n'en citer qu'une, et est-elle plus terrible pour qui a les doigts manucurés ?

Enfin, que dire de l'usage que ne manqueront de faire, d'abord à mots couverts, puis par allusion, puis en sortant la grosse artillerie les adversaires politiques – si intègres – de DSK et du PS ?

Le produit est bon, il mousse bien.

Tout ceci me dégoûte profondément. Quand j'y songe. Sinon, je suis comme vous, au fond, je m'en fous, il ne me sert à rien le spectacle de la déchéance de Dominique Strauss Kahn.

* Apitchatpong Weerasethakul, réalisateur de Oncle Boonmee, Palme d'or du 63e Festival de Cannes 2010.

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