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Le mariage, c'est pas gai

Publié le par L'ours

Déjà, on sentait que l'idée qui poignait remporterait un vif succès. Le terme trouvé pour la circonstance aussi : mariage pour tous.
Le socialiste, c'est tout lui, ça, il faut qu'il euphémise, qu'il donne dans le sigle ou le slogan, parce que la conscience de gauche se doit d'être bonne et englobante, surtout pas discriminatoire ni stigmatisante. Et puis, il faut que l'action politique soit bien compréhensible, donc on fait un résumé, on le compose en italique dans un petit encadré synoptique et le tour est joué. C'est ça la modernité de la pensée consumériste post-moderne. Ou la pensée de la modernité consumériste post-moderne. Ou... Débrouillez-vous tous seuls, prenez les mots dans n'importe quel ordre, vous aurez dit quelque chose qui semble intelligent.
Revenons au mariage pour tous.
Aussitôt, je parenthétise : autant dire le mariage pour nos amis homosexuels (c'est la règle politique, d'un lobby l'autre, le gouvernement  – quel qu'il soit – cède alangui aux envies des amis persévérants). C'est l'ouverture aux couples homosexuels de la cérémonie civile du mariage afin que des personnes déjà librement unies puissent se lier officiellement. Et socialistement, c'est-à-dire sans discrimination de sexe, ce que les couples hétérosexuels connaissaient depuis 1790 ou 1791.
Hourra, vive le socialisme des esprits et l'esprit socialiste qui disent « pour tous » plutôt que « accordé aux homosexuels », par frilosité, peut-être, par peur de « discriminer » en utilisant un mot clivant (dans les cerveaux socialistes, ce « pour tous » est sans doute un élément réparateur). Il s'agit pour eux d'inclure l'homosexualité dans le mariage, tandis que certains homosexuels souhaitaient juste inclure le mariage dans l'homosexualité. On n'est jamais content, en France.
Passons sur les arguments des ultracatholiques, ayatollahs de la sacro-sainte famille à deux entités différenciées, et Saint-Esprit en sus pour veiller à l'implantation de la tite graine. Ils sont en plein délire paranoïaque, ces gens-là ! Te jetteraient des avions dans des tours s'ils étaient nés avec du poil au menton et des babouches aux petons à la place des sandales. Et ils te molestent les femmes nues, traitent les journalistes de putes et parlent sans arrêt d'inceste et de zoophilie. Fais-toi soigner mon frère, tu as de mauvaises vibrations qui t'occasionnent des pensées morbides et perverses. Ouverture d'une nouvelle parenthèse : il est remarquable de voir comme les plus fervents enfants du grand manitou (qui a plusieurs pseudos) se plaisent à molester les femmes, sans doute un hommage à sa plus belle créature. Fermeture de parenthèse.

Revenons au mariage pour tous. Il était temps. Il semblerait que ce mariage civil, créé au lendemain de la Révolution pour faire la nique aux curés sans éradiquer le rituel chrétien des mœurs, continue de donner de l'eczéma aux catholiques (j'imagine que dans les autres contrées de contrition on doit trouver les mêmes profils). Quelle importance cela peut-il avoir pour des gens qui ne considèrent le mariage que lorsqu'il est consacré ? Que cette mascarade de mariage civil soit accessible aux gens de toute sorte ne devrait pas scandaliser les bonnes ouailles. Bien moins que ces sataniques manœuvres de séduction auxquelles de nombreux enfants de chœur se livrent en direction de nos bons pères.

Toujours est-il que ce mariage effraie une part de la droite et sans doute emmerde une part de la gauche, particulièrement pour ce qui concerne la procréation assistée et l'adoption. Comme toujours, en lieu et place de débat, s'ouvre une polémique. On aurait aimé entendre des philosophes, des scientifiques, des historiens, des étrangers qui ont fait l'expérience de la chose, nous n'avons entendu que des pro et des anti, des militants. Il semblerait d'ailleurs que l'affaire soit entendue. Si l'église met de l'huile sainte sur un feu qui ne la concerne que de loin, la patate chaude échoit entre les mains des maires. Marieront, marieront pas. Copé tel Jeanne d'Arc faisant barrage de son corps pour empêcher les Anglais de débarquer (je sais, ce n'est pas joli joli, cette expression) jure ses grands dieux que jamais il ne poserait la question fatidique, referendum minimorum* appelant un oui massif et unanime à deux moustachus ou deux moustachues. Ah ! Le beau rebelle que voilà ! Entendez-vous cette gronde d'édiles prêts à se jeter dans l'illégalisme. Le premier magistrat d'une commune refusant de remplir son devoir et revendiquant son refus qui plus est. L'horreur républicaine ! Heureusement, nous sommes en terre socialiste, consensuelle, bienveillante, tolérante et imaginative.
Sans doute dans l'espoir d'apaiser le climat, notre grand beau président propose un genre de clause de conscience qui permettrait au maire dégoûté d'échapper à la corvée.
Au bout de combien de temps s'arrête-t-on de réfléchir, au gouvernement, une fois qu'une idée sort d'un cerveau ? Outre la discrimination que représenterait le choix de la part du maire de célébrer l'union de deux personnes et non de deux autres, cette proposition ouvre la réjouissante perspective de voir tel maire refuser au nom de sa conscience de marier un couple qu'il juge mal assorti par la couleur par exemple, ou pourquoi pas pour des raisons morales ou idéologiques, puisqu'il est question de « conscience ». Pour le coup, cette apparition du surmoi municipal comme juge de la conformité matrimoniale risquerait de porter atteinte à la fois à la lutte contre la discrimination et à l'institution, à la fois aux homosexuels et aux hétérosexuels, ce qui disons-le serait une sacrée performance qui nous ferait bien rire, nous autres les rétifs au mariage ! Mais le rire aurait été un peu jaunâtre et nous ne rirons heureusement pas puisque cette clause de conscience n'apparaîtra pas dans le texte de loi.

 

 

* Latin mal cuisiné, le génitif ne devrait pas se trouver là, mais on s'en tape un peu, c'est juste pour l'oreille.


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