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Le rire est un souffle qui dégonfle

Publié le par L'ours

Il est un grand désordre : le rire.

On l'a vu récemment avec l'éviction de Didier Porte de France Inter, le rire dérange. Il en a toujours été. Des fous du roi, aux lazzis et quolibets (pub pour un blog bien peu productif) du théâtre italien, le pouvoir a toujours été malmené par le rire. Et il faut bien le dire d'autant plus ridiculisé quand ce dernier s'est mis en tête de le censurer.

Le bon rire hilare. La grosse farce. La moquerie. L'allusion subtile. Le rire. Entier et jouissif. Et qu'opposer d'autre à des gens qui ont cette gueule-là, celle des gens puissants, que le rire ? Car on ne peut rien contre le rire. On pourra le qualifier de tous les adjectifs possibles, rien ne le désarmera. Vous n'avez qu'à faire l'expérience. Aux risques de perdre quelques relations. Commençons doucement et de façon modérée, propice à un retour à une juste neutralité dans la considération que vos proches ont de vous.

Lors d'un déjeuner avec des collègues ou avec des amis, ponctuez chaque phrase de vos interlocuteurs par un bon mot, un calembour, une rime riche, une contrepèterie. Au début on vous prendra pour un homme d'esprit. Persévérez. En manque d'inspiration, ayez même recours au « poil au ceci » ou au « entre les bras, entre les cuisses ». On s'inquiétera pour vous.

Ne faiblissez pas. Intervenez. Ponctuez. Ponctuez. Toujours. Relancez. Blagues à répétitions. Deuxième degré. Réminiscences. Clin d'œil. Grivoiserie. Citations. Surenchère dans le jeu de mots. Vermot et Cioran. Mélange des genres, variété du plaisir ! Oh ! Oh ! Oh ! Ah ! Ah ! Ah ! Gracieux, frivole, grivois, graveleux, énorme, le rire dérangera. L'énervement fera place à la bonne humeur. Le sérieux essaiera de prendre l'avantage. Il n'en ennuiera que davantage. Vous ne l'emporterez sans doute pas, en ce sens que vous auriez converti la tablée à des esclaffements multiples et unanimes, mais vous auriez perturbé, dérangé, déconstruit ou désorganisé le sérieux.

Le rire est révolutionnaire. Il change le cours de la vie instantanément. Lamoureux le savait, qui pour bien faire rire redevenait poète entre deux histoires drôles (au sens où Robert Lamoureux contait des histoires, des tranches de vie et qu'il y instillait le comique). « Pour ne pas lasser, votre rire s'accompagnera de poésie », beau programme électoral,non, pourquoi n'y pense-t-on pas ?

Le rire dérange ceux dont on rit et ceux qui n'ont pas envie de rire, des gens attrapés par le sérieux. Esbaudis seront tous les autres, qui à leur tour riront de ceux qui ne rient pas. Il est terrible, ce rire. Il est fou.

Vous avez bien pourri le déjeuner. Tentez la même expérience lors d'une réunion de bureau, une réunion syndicale, un rendez-vous administratif. Vous dérangerez d'autant plus que les affaires de pouvoir approchent. Ô rire, sale anarchiste !

Quel bonheur lorsque le rire gagne. Quel défoulement ! Quelle libération ! Bain de jouvence que le rire d'autrui mélangé au sien. Les yeux s'illuminent. Le cerveau sourit. Cerf-veau-souris, c'est une ménagerie chez toi ! Ah ! Ah ! Ah !

Communion d'un instant. Chaleur d'un groupe, mais rire individuel. Du collectif non mesurable à l'avance. Un mot, une phrase, et c'est une multitude de rires que l'on n'aurait pressentie l'instant d'avant. Et là danger ! Il ne faut pas prêter à rire. Il pourrait vous le faire payer cher. C'est selon les moyens, selon la position sociale.

Dévastateur. Le rire. Tel un tsunami sur la respectabilité, il est un souffle qui dégonfle les égos comme des baudruches percées. Les personnalités des victimes seraient percées à jour ?

Riez bien ! Et riez les derniers !

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Enchantée 07/07/2010 00:09



Jesus-Christ faisait la fête avec ses potes, à Cana et ailleurs, mais si je ne me trompe pas il n'existe aucune représentation le montrant en train de sourire, qui plus (ou moins ?) est en train
de s'esclaffer. L'Eglise aurait-elle donc considéré de tous temps que rire est un péché ? Un jeune homme qui sait n'avoir à vivre que 33 ans et qui aime comme personne la vie, son Père, les
autres... n'aurait-il pas des envies de dérision, un immense besoin de rire pour profiter de son court passage ? Personnellement je serais bien étonnée.


 



Perrolle Françoise 01/07/2010 23:22



Je suis fan absolue de tes Carnets, François ! Je n'ai pas le temps d'une réponse fûtée je rappelle juste que l'esclaffage avait été, paraît-il, aboli !!!