Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les mots du vent

Publié le par L'ours

Le vent est un sacré farceur, tonton Georges le savait, qui racontait* quel était celui de la bande à Eole avait chipé le chapeau de Mireille, ou encore celui qui sur le pont des Arts rebrousse les bois, détrousse les toits, retrousse les robes.
Ne le sentez-vous pas, le vent, en ce curieux mois de novembre plus chaud que nature ? Il transbahute avec lui comme un parfum de République.

Vent contre vent.

Le vent de la démocratie a soufflé au Sud. Les foules en manque depuis des décennies se sont ruées sur l'opium. Certains avec plus de prudence que d'autres. Ici, nous n'avons pas le même opium. Il semblerait que le nôtre soit un peu frelaté. Ici, on marche à la laïcité. Curés, rabbins et imams restent les bienvenus tant qu'ils n'envahissent pas le paysage, et chacun chez soi peut croire en ce qu'il veut sans qu'on lui jette des cailloux.
Quand l'opium est un peu trop fort, les pompiers et leur rire énorme, courageux, montent au feu et viennent piétiner les escarbilles. Charlie Hebdo est une caserne de pompiers de cette trempe. Ils ont senti comme une odeur de roussi, du côté de la Tunisie, où les élections ont porté un parti islamiste au pouvoir ou en Libye où, Kadhafi éliminé, on vient de proclamer la loi islamiste, la charia.
Il semblerait (on présume, on suppute, on serait vraiment étonné du contraire) que pour les challahtouilleux, l'équipe de Charlie ait charrié en rebaptisant leur journal Charia Hebdo avec Mahomet comme rédacteur en chef et en dessinant un prophète qui promet 100 coups de fouet à celui qui n'est pas mort de rire. Formidable.. En réaction au blasphème, les locaux de Charlie Hebdo ont été détruits par un cocktail Molotov. A moins qu'il ne s'agisse d'autres toqués du Très-Haut plus croix que croissant, mais tout aussi croassant, qui s'en prennent ces temps-ci au Théâtre de la ville.
Un vent de protestation et de soutien au journal a déferlé de toutes parts, sur les ondes et sur les écrans.
Ailleurs, on manifeste. Des rafales de mécontentement viennent bruisser, sifflantes, aux oreilles des chefs d'états réunis en un G20 sur la Côte d'Azur. Les peuples ne sont pas contents. Pas satisfaits des politiques engagées par leurs représentants. Se demande-t-on encore s'ils représentent ceux qui les ont mis au pouvoir ?
Les raisons de l'exaspération populaire sont multiples. La survenue des crises et leur répétition, mais aussi les réponses proposées, les renflouements de banques, l'impitoyable guerre que nous mènent les financiers, vampires sans foi ni loi, l'ahurissante ampleur des dettes dont on n'a pas le sentiment qu'elles nous aient vraiment profité, la gabegie auxquels participent encore nos dirigeants et dont ils prétendent nous faire supporter les frais, le peu d'estime que les peuples ont pour leurs leaders politiques. Entre l'inculture de celui-ci, l'obsession sexuelle de celui-là, l'adoration de l'argent de tous, les gens s'y reconnaissent-ils ?

Encore au chapitre de l'irritation a prise de conscience que nos désirs importent peu face à l'Europe que nous rêvions différente, que notre existence pèse moins qu'on l'imagine face à l'industrie nucléaire, les entreprises agroalimentaires ou pharmaceutiques. Et les incroyables inégalités dans l'entreprise, dans la Justice, dans la rue, et le délitement de la société, une érosion jour après jour aggravée par la sape des services publics.
Ne le sentent-ils pas, ce vent, nos faiseurs de monde ? Qui s'engouffre dans les esprits, qui semble susurrer « ça suffit, ça suffit ». Les crises sont profondes et nombreuses. Ecologique, politique, économique, sociale, morale. Pensent-ils régir le monde encore longtemps de cette façon ?  Se bouchent-ils les oreilles pour ne pas entendre ? Ils seraient bien les seuls, et ils feraient bien d'écouter les mots du vent.
Car une attention profonde prouve que c'est chez les fâcheux qu'il préfère choisir les victimes de ses petits jeux.


* par la voix de Marcel Amont.

Commenter cet article